Vendre l'immeuble de la SCI : la procédure complète, étape par étape (2026)
Vendre le bien de sa SCI, ce n'est pas vendre son bien. Le propriétaire, ce n'est pas vous : c'est une personne morale. Elle ne décide pas toute seule. Elle ne signe pas toute seule. Elle encaisse sur son compte à elle, et le lendemain de l'acte, cet argent ne vous appartient toujours pas. Entre le moment où l'on se dit « on vend » et celui où les fonds sont réellement disponibles, il faut formaliser une décision collective, vérifier des pouvoirs, signer un mandat, faire signer un compromis par la bonne personne, justifier un prix, puis affecter le produit.
Ce que fait ce guide. Il déroule la procédure de bout en bout, dans l'ordre réel des opérations, avec à chaque étape la question qui bloque et la pièce qu'il faut avoir sous la main. Il ne recalcule pas votre impôt de plus-value et n'écrit pas vos écritures : ces deux sujets ont leurs guides dédiés, je vous y renvoie au bon moment. Ici, on pilote.
Rédigé par Quentin Hagnéré, fondateur de sci-ai.app, à jour du Code civil, du Code de commerce, du CCH, du Code de l'urbanisme et du CGI au 30/07/2026. La question du pouvoir du gérant a son guide à part : le gérant peut-il vendre le bien de la SCI tout seul ?. Le calcul de l'impôt aussi — plus-value en SCI à l'IR et plus-value en SCI à l'IS.
À retenir en 30 secondes
- Commencez par relire vos statuts, pas par appeler l'agence. C'est la clause d'autorisation préalable et la rédaction de l'objet social qui déterminent qui décide et qui signe.
- Tenez l'assemblée et rédigez le procès-verbal avant de signer le mandat, pas la veille de l'acte. Sans PV, beaucoup de notaires refusent de rédiger.
- Le gérant signe ès qualités. Dénomination, siège, SIREN, qualité du signataire, référence au PV : la mention doit figurer sur le mandat, sur le compromis et sur l'acte.
- Un prix minoré se paie cher. À l'IS, la décision Croë Suisse (CE plén., 21 décembre 2018, n° 402006) présume l'acte anormal de gestion dès l'écart significatif non justifié.
- Tout DPE antérieur au 1er juillet 2021 est périmé. Et l'audit énergétique réglementaire vise désormais les logements en monopropriété classés E, F ou G.
- Le prix va sur le compte de la SCI, point. Jamais sur un compte personnel d'associé, même « en attendant ».
- À l'IS, le notaire ne prélève rien. La totalité du net vendeur arrive sur le compte, alors que l'impôt sur la plus-value professionnelle reste dû : il faut geler la trésorerie.
Avertissement. Cet article est informatif et pédagogique ; il ne remplace pas un conseil personnalisé. Les références sont à jour des textes en vigueur au 30/07/2026. Une vente immobilière engage des montants importants et une chaîne de pouvoirs dont la moindre faiblesse se paie au comptant : faites relire vos statuts, votre procès-verbal d'autorisation et votre projet de compromis par votre notaire avant toute signature.
Références mobilisées dans ce guide
- Article 1848 du Code civil — pouvoirs du gérant dans les rapports entre associés : à défaut de détermination statutaire, il peut accomplir tous les actes de gestion que demande l'intérêt de la société.
- Article 1849 du Code civil — rapports avec les tiers : le gérant engage la société par les actes entrant dans l'objet social ; les clauses statutaires limitant ses pouvoirs sont inopposables aux tiers.
- Article 1852 du Code civil — les décisions excédant les pouvoirs du gérant sont prises selon les statuts ou, à défaut, à l'unanimité des associés.
- Articles 1853 et 1854 du Code civil — décision en assemblée, consultation écrite si les statuts le prévoient, ou consentement de tous les associés exprimé dans un acte.
- Article 1850 du Code civil — chaque gérant est responsable individuellement envers la société et envers les tiers des infractions aux lois et règlements, de la violation des statuts et des fautes commises dans sa gestion ; si plusieurs gérants ont participé aux mêmes faits, leur responsabilité est solidaire à l'égard des tiers et des associés.
- Article 1844-7, 2° du Code civil — dissolution par la réalisation ou l'extinction de l'objet social.
- Article 1865-1 du Code civil, créé par l'article 68 de la loi n° 2026-534 du 25 juin 2026 — depuis le 27 juin 2026, la cession de parts d'une personne morale à prépondérance immobilière doit, à peine de nullité, être constatée par acte notarié, par acte d'avocat contresigné (article 1374) ou, dans les seuls cas où il y est légalement habilité, par acte sous signature privée rédigé par un expert-comptable. À connaître si vous arbitrez entre vendre l'immeuble et vendre les parts.
- Articles 2429 et 2430 du Code civil — date extrême d'effet de l'inscription hypothécaire (un an au plus après la dernière échéance prévue) et péremption faute de renouvellement. Ces textes portaient les numéros 2434 et 2435 avant leur renumérotation par l'ordonnance n° 2021-1192 du 15 septembre 2021, en vigueur depuis le 1er janvier 2022 : beaucoup de sources en ligne citent encore l'ancienne numérotation.
- Loi n° 70-9 du 2 janvier 1970 (loi Hoguet) et article 78 du décret n° 72-678 du 20 juillet 1972 — mandat de vente écrit obligatoire, mentions et registre des mandats ; clause d'exclusivité dénonçable passé un délai de trois mois, moyennant un préavis de quinze jours par lettre recommandée avec accusé de réception.
- Article 1589-2 du Code civil — la promesse unilatérale de vente d'immeuble est nulle si elle n'est pas reçue en la forme authentique ou enregistrée dans les dix jours de son acceptation par le bénéficiaire.
- Articles L271-1 et L271-4 du CCH — délai de rétractation de dix jours de l'acquéreur non professionnel ; dossier de diagnostic technique annexé à la promesse et à l'acte.
- Articles L721-2 et L721-3 du CCH — documents de copropriété à remettre à l'acquéreur d'un lot (L721-2) ; à défaut, le délai de rétractation ou de réflexion ne court qu'à compter du lendemain de leur communication (L721-3).
- Articles L126-35-2 et suivants du CCH — carnet d'information du logement, transmis à l'acquéreur au plus tard à la date de signature de l'acte authentique.
- Article L126-28-1 du CCH — audit énergétique réglementaire : logements en monopropriété classés F ou G depuis le 1er avril 2023, classés E depuis le 1er janvier 2025, classés D à compter du 1er janvier 2034.
- Article 15-II de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 — congé pour vendre valant offre de vente au profit du locataire, six mois avant le terme du bail ; en cas de vente ultérieure à des conditions plus avantageuses, notification par le notaire à peine de nullité, l'offre étant alors valable un mois.
- Articles 10 et 13 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 — durée du bail d'habitation nue de six ans lorsque le bailleur est une personne morale, trois ans lorsqu'il s'agit d'une SCI familiale ; le congé pour reprise n'est ouvert à une SCI familiale qu'au profit d'un associé.
- Articles 10 et 10-1 de la loi n° 75-1351 du 31 décembre 1975 — droit de préemption du locataire lors de la première vente consécutive à la division de l'immeuble, et en cas de vente en bloc d'un immeuble de plus de cinq logements.
- Articles 1743 du Code civil et 22 de la loi du 6 juillet 1989 — poursuite du bail avec l'acquéreur et transfert du dépôt de garantie.
- Article L145-46-1 du Code de commerce — droit de préférence du locataire commercial : un mois pour se prononcer, deux mois pour réaliser la vente, quatre mois en cas de recours à un prêt. Le texte ne le dit pas lui-même, mais la Cour de cassation juge ces dispositions d'ordre public : une renonciation anticipée du locataire est sans effet. Exceptions énumérées par l'article, dont la cession globale d'un immeuble comprenant des locaux commerciaux, la cession au conjoint, à un ascendant ou à un descendant du bailleur ou de son conjoint, et — depuis la loi ELAN du 23 novembre 2018 — le cas où il est fait application d'un droit de préemption du code de l'urbanisme. La loi n° 2026-403 du 26 mai 2026 y a ajouté une définition du local à usage commercial et du local à usage artisanal, qui exclut les locaux à usage exclusif de bureau et les entrepôts, applicable aux mutations postérieures à sa promulgation.
- Articles L213-1, 3° et L213-2 du Code de l'urbanisme — sont soumises au droit de préemption urbain les cessions de la majorité des parts d'une société civile immobilière dont le patrimoine est constitué d'une unité foncière préemptable, sauf SCI constituée exclusivement entre parents et alliés jusqu'au quatrième degré inclus ; délai de deux mois du titulaire pour répondre à la déclaration d'intention d'aliéner, son silence valant renonciation.
- Article 20 de la loi n° 65-557 du 10 juillet 1965 et articles 5 et 6-2 du décret n° 67-223 du 17 mars 1967 — opposition du syndic sur le prix dans les quinze jours de l'avis de mutation, état daté, répartition des provisions entre vendeur et acquéreur. Plafond d'honoraires de l'état daté : 380 € TTC (article 10-1 de la loi de 1965 et décret n° 2020-153 du 21 février 2020).
- Article 14-2-1 de la loi du 10 juillet 1965 — les sommes versées au fonds de travaux sont attachées au lot et définitivement acquises au syndicat : elles ne sont pas remboursées au vendeur.
- Articles 1400 et 1415 du CGI — la taxe foncière est établie au nom du propriétaire et pour l'année entière d'après les faits existants au 1er janvier ; le prorata inscrit dans l'acte est une convention entre les parties, inopposable au Trésor.
- Article 150 VA, III du CGI et article 41 duovicies H de l'annexe III au CGI — le prix de cession est réduit, sur justificatifs, des frais supportés par le vendeur à l'occasion de la cession, selon une liste limitative : commission d'intermédiaire, diagnostics obligatoires, indemnité d'éviction versée au preneur pour vendre libre, honoraires d'architecte, frais de mainlevée d'hypothèque.
- CE, plén. fisc., 21 décembre 2018, n° 402006, Sté Croë Suisse — cession d'un actif immobilisé à un prix significativement inférieur à la valeur vénale : l'administration est réputée apporter la preuve de l'anormalité, sauf justification du contribuable.
- Article L64 du LPF — abus de droit ; article 111, c du CGI — revenus réputés distribués.
Sommaire
- La décision de vendre l'immeuble de la SCI : qui décide, et comment on le prouve
- Le mandat de vente : qui signe, quelle durée, quel coût
- Le compromis ou la promesse : ce qui change quand le vendeur est une SCI
- Fixer le prix : valeur vénale, prix minoré et risque fiscal
- Diagnostics, information du locataire et droits de préemption
- L'acte authentique et l'encaissement du prix
- Le calendrier réaliste de la procédure et la facture des frais annexes
- Après la vente : que devient l'argent ?
- Les 9 erreurs qui font dérailler la vente d'un immeuble en SCI
1. La décision de vendre l'immeuble de la SCI : qui décide, et comment on le prouve
Tout part de là, et l'ordre compte. La faute la plus fréquente n'est pas juridique, elle est chronologique : on met le bien en vente, on trouve un acheteur, on signe un compromis — et c'est le notaire qui, en réclamant le procès-verbal d'autorisation, apprend au gérant que ses statuts en exigeaient un. La vente ne s'écroule pas forcément. Elle prend trois semaines, l'acheteur commence à poser des questions, et la position de négociation du vendeur s'abîme.
On prend donc la question dans le bon sens. Avant le premier rendez-vous d'agence, on ouvre les statuts.
1.1 — Ce que dit la loi par défaut
Le Code civil raisonne sur deux plans qu'il ne faut jamais confondre. C'est précisément là que la plupart des explications trouvées en ligne dérapent.
Le plan interne, c'est l'article 1848 du Code civil. Dans les rapports entre associés, le gérant peut accomplir tous les actes de gestion que demande l'intérêt de la société — mais le texte se referme sur une réserve décisive, que l'on cite rarement : « Le tout, à défaut de dispositions des statuts sur le mode d'administration. » Autrement dit : les statuts commandent, la loi ne fait que combler leur silence.
Le plan externe, c'est l'article 1849 du Code civil. Dans ses rapports avec les tiers, le gérant engage la société par les actes entrant dans l'objet social. Et l'alinéa 3 précise que les clauses statutaires limitant ses pouvoirs sont inopposables aux tiers. Une clause d'autorisation préalable protège donc les associés entre eux ; elle ne suffit pas, à elle seule, à faire tomber une vente conclue avec un acquéreur.
La vraie ligne de partage : l'objet social
Ce n'est pas la clause d'autorisation qui décide de la validité de la vente à l'égard de l'acheteur : c'est l'objet social. Si l'objet vise « l'acquisition, la gestion, l'administration et la disposition » des biens, la vente y entre. S'il se limite à « la gestion et l'administration », la vente — surtout celle de l'unique immeuble — peut être regardée comme excédant l'objet, et dans une société civile un acte hors objet n'engage pas la société.
D'où le réflexe du notaire : il lit l'objet social avant de rédiger quoi que ce soit. Si le vôtre est trop étroit, corrigez-le — nos guides sur l'objet social de la SCI et sur la façon de changer l'objet social donnent la marche à suivre. La modification se décide en assemblée et se publie ; comptez trois à quatre semaines de calendrier en plus, pas davantage.
1.2 — Les quatre configurations qu'on rencontre en pratique
| Ce que disent vos statuts | Qui décide | Ce qu'il faut produire |
|---|---|---|
| Clause expresse : « le gérant ne peut vendre sans autorisation des associés » | Les associés, à la majorité prévue par la clause | PV d'assemblée autorisant la vente, avec désignation du bien et prix plancher |
| Objet social large (« disposition »), statuts muets sur l'autorisation | Le gérant seul, juridiquement | PV recommandé malgré tout : le notaire le demandera |
| Objet social étroit (« gestion et administration » seulement) | Les associés, à l'unanimité (art. 1852) | PV unanime, et souvent modification préalable de l'objet |
| Le bien vendu est l'unique actif de la SCI | Les associés, décision à traiter comme structurante | PV unanime + décision sur l'avenir de la société |
Le tableau se lit de haut en bas : d'abord la clause d'autorisation, ensuite l'objet, enfin le poids du bien dans le patrimoine social. Trois lectures, trois minutes chrono. Si la première ligne s'applique, les suivantes n'ajoutent qu'un supplément de prudence.
1.3 — L'assemblée et le procès-verbal : comment on les tient vraiment
L'article 1853 du Code civil pose que les décisions collectives se prennent en assemblée, sauf si les statuts autorisent la consultation écrite. L'article 1854 ouvre une troisième porte, souvent la plus commode en SCI familiale : la décision peut résulter du consentement de tous les associés exprimé dans un acte. En clair, un document unique daté et signé par chacun, sans convocation ni réunion. Sa limite saute aux yeux dès qu'un associé traîne des pieds : il faut la signature de tous, sans exception.
Le procès-verbal d'autorisation de vente n'est pas un exercice de style. Cinq mentions, au minimum :
- L'identification précise du bien : adresse, références cadastrales, numéro de lot en copropriété. « Autoriser la vente d'un bien de la société » ne vaut rien.
- Un prix plancher, ou une fourchette. C'est votre garde-fou : sans lui, l'autorisation est un chèque en blanc et le gérant peut vendre à n'importe quel prix sans violer formellement le PV.
- Un mandat exprès au gérant de signer le mandat de vente, le compromis, l'acte authentique, de recevoir le prix, de consentir aux conditions suspensives usuelles et de donner mainlevée. Cette liste évite d'avoir à revoter à chaque étape.
- Le résultat du vote, associé par associé, avec le nombre de parts. C'est ce que le notaire recompte pour vérifier que la majorité statutaire est atteinte.
- La date, antérieure à la signature du mandat et du compromis. Un PV daté après le compromis se voit et se discute.
Le PV se consigne dans le registre des décisions de la société. La mécanique complète — convocation, quorum, rédaction — est détaillée dans notre guide sur l'assemblée générale de SCI. Et si la vente ne fait pas l'unanimité chez vous, lisez abus de majorité et abus de minorité : un blocage systématique et contraire à l'intérêt social n'est pas une fatalité.
1.4 — Le cas particulier du bien qui est l'unique actif
La majorité des SCI que je vois ne détiennent qu'un seul immeuble. Vendre cet immeuble, c'est vider la société de sa substance, et cela soulève une question que presque personne n'anticipe : l'objet social survit-il à la vente ?
L'article 1844-7, 2° du Code civil prévoit que la société prend fin par la réalisation ou l'extinction de son objet. Une SCI dont les statuts visent « l'acquisition et la gestion d'un immeuble sis 12 rue des Lilas à Rennes » et qui vend précisément cet immeuble n'a plus d'objet : la dissolution guette. Rédigez au contraire l'objet de façon générique — acquisition, gestion, administration et disposition de tous biens immobiliers — et la société reste parfaitement vivante après la vente. Elle peut réinvestir, placer, ou ne rien faire du tout.
Trois issues s'ouvrent le jour où l'unique actif part. Mieux vaut avoir tranché avant de signer :
| Projet après la vente | Ce qu'il faut décider | Quand |
|---|---|---|
| Réinvestir dans un autre bien | Vérifier que l'objet couvre l'acquisition future ; sinon le modifier | Avant le compromis |
| Conserver la trésorerie sans projet immédiat | S'assurer que l'objet ne se réduit pas au bien vendu ; envisager une mise en sommeil | Dans les mois qui suivent |
| Arrêter l'aventure et partager | Dissolution puis liquidation, avec liquidateur et clôture des comptes | Décidé avant, exécuté après l'encaissement |
Chacune de ces voies a son guide : modifier les statuts, mettre une SCI en sommeil, dissolution et liquidation d'une SCI. Retenez surtout ceci : la décision sur l'avenir de la société se prend en même temps que celle de vendre, idéalement dans le même procès-verbal. Faute de quoi la SCI s'installe pour deux ou trois ans dans un entre-deux qui ne rapporte rien et coûte quand même — comptabilité à tenir, déclaration annuelle à déposer, et plus aucun loyer en face.
Gardez la trace de chaque décision
sci-ai.app conserve vos procès-verbaux, vos statuts et vos pièces sociales au même endroit que votre comptabilité — et enregistre les écritures de cession quand la vente est signée. Le jour où le notaire réclame le dossier, il est déjà prêt.
2. Le mandat de vente : qui signe, quelle durée, quel coût
La décision est prise et formalisée. Reste à choisir : vendre par vos propres moyens, ou confier la commercialisation à un professionnel. Dans le second cas, un contrat très encadré entre en scène — et il est presque toujours signé trop vite : le mandat de vente.
2.1 — Un mandat écrit, signé par le gérant ès qualités
La loi Hoguet du 2 janvier 1970 et son décret d'application du 20 juillet 1972 imposent un mandat écrit, établi en autant d'exemplaires que de parties, portant un numéro d'inscription au registre des mandats de l'agence et une durée déterminée. L'agent immobilier qui fait visiter avant d'avoir un mandat signé travaille gratuitement : aucune commission ne lui est due.
Côté SCI, une seule règle, mais elle est absolue : c'est le gérant qui signe, ès qualités. Le bloc signature fait apparaître la dénomination sociale, le siège, le SIREN, la mention « représentée par [nom], gérant » et, si les statuts l'exigeaient, la référence au procès-verbal d'autorisation. Un mandat signé par un associé qui n'est pas gérant ? Une bombe à retardement. Un mandat signé par un gérant révoqué mais resté inscrit au registre parce que personne n'a déposé la formalité ? La même bombe, avec une mèche plus courte. Régularisez avant de commercialiser : changer de gérant en SCI explique la procédure.
2.2 — Simple, exclusif, semi-exclusif : ce que ça change
| Type de mandat | La SCI peut-elle vendre elle-même ? | Plusieurs agences ? | Points de vigilance |
|---|---|---|---|
| Simple | Oui | Oui | Risque de doublon d'acquéreur entre agences : tracez qui a fait visiter qui |
| Semi-exclusif | Oui | Non | Une commission réduite est parfois due même en vente directe : lisez la clause |
| Exclusif | Non | Non | Clause pénale fréquente ; dénonciation encadrée après trois mois |
L'exclusivité, elle, obéit à l'article 78 du décret du 20 juillet 1972. La clause doit résulter d'une stipulation expresse, en caractères très apparents, dans un mandat dont un exemplaire a été remis au mandant. Surtout : passé trois mois à compter de la signature, chacune des parties peut dénoncer le mandat à tout moment, en avisant l'autre au moins quinze jours à l'avance par lettre recommandée avec accusé de réception. Voilà votre porte de sortie quand la commercialisation s'enlise. Encore faut-il savoir qu'elle existe, et respecter le formalisme à la lettre.
La clause qui coûte le plus cher
Cherchez la clause de commission après expiration du mandat. Beaucoup de mandats prévoient qu'une commission reste due si la SCI vend, dans les douze ou vingt-quatre mois suivant la fin du mandat, à un acquéreur présenté par l'agence. La clause est valable — à condition que l'agence prouve la présentation. Donc : à la fin de chaque mandat, réclamez par écrit la liste datée des personnes ayant visité. Sans ce document, la preuve est difficile à rapporter. Avec, vous savez exactement à quoi vous en tenir le jour où l'un d'eux revient frapper à votre porte en direct, six mois plus tard.
2.3 — Les honoraires et leur traitement fiscal
Les honoraires d'agence sont libres. Dans les faits, on tourne entre 3 % et 7 % du prix selon la région, le montant et le type de bien : plutôt 3 à 4 % sur un appartement parisien à 600 000 €, plutôt 6 à 7 % sur une maison de 150 000 € en zone détendue, parce que le travail est le même et l'assiette plus faible. Le mandat doit préciser qui les supporte, vendeur ou acquéreur — cela change le prix affiché, et donc l'assiette des droits de mutation.
Leur sort fiscal dépend du régime de la SCI. C'est un point que je vois régulièrement traité de travers :
- SCI à l'impôt sur le revenu. Les honoraires de vente ne sont pas une charge déductible des revenus fonciers : la liste de l'article 31 du CGI est limitative et ne les vise pas. En revanche, l'article 150 VA, III du CGI permet de réduire le prix de cession des frais supportés par le vendeur à l'occasion de la cession, sur justificatifs et selon la liste limitative de l'article 41 duovicies H de l'annexe III au CGI — commission versée à un intermédiaire ou à un mandataire, coût des diagnostics rendus obligatoires, indemnité d'éviction versée au preneur pour vendre libre d'occupation, honoraires d'architecte, frais de mainlevée d'hypothèque. Ils réduisent donc la plus-value imposable, pas le revenu foncier de l'année.
- SCI à l'impôt sur les sociétés. Les honoraires sont une charge de l'exercice, déductible dans les conditions de droit commun de l'article 39 du CGI, dès lors qu'ils sont engagés dans l'intérêt de la société et justifiés. Ils viennent donc mécaniquement en diminution du résultat imposable de l'exercice de la vente.
Dans les deux cas, exigez la facture au nom de la SCI. Établie au nom du gérant à titre personnel, elle n'est ni déductible ni imputable — erreur banale, coûteuse, et parfaitement évitable en relisant l'en-tête avant de payer. La logique d'ensemble de ce qui se déduit et de ce qui ne se déduit pas est dans notre guide des charges déductibles en SCI.
3. Le compromis ou la promesse : ce qui change quand le vendeur est une SCI
C'est l'étape de l'engagement. Le compromis signé, la SCI est tenue. L'acheteur, lui, garde son délai de rétractation. Cette asymétrie vaut la peine d'être comprise avant de tendre le stylo.
3.1 — Compromis ou promesse unilatérale ?
Le compromis de vente, ou promesse synallagmatique, lie les deux parties : le vendeur à vendre, l'acquéreur à acheter, sous réserve des conditions suspensives. La promesse unilatérale de vente n'engage que le vendeur, qui réserve le bien à un bénéficiaire pendant un délai d'option, moyennant une indemnité d'immobilisation. Plus souple pour l'acheteur, moins protectrice pour vous. Et un formalisme redoutable : l'article 1589-2 du Code civil frappe de nullité toute promesse unilatérale de vente d'immeuble qui n'est ni reçue en la forme authentique, ni enregistrée dans les dix jours de son acceptation par le bénéficiaire.
Aucune règle spéciale ne s'impose à la SCI sur ce choix. Sur le terrain, le compromis l'emporte très largement, et il est le plus souvent signé chez le notaire plutôt que sous seing privé. Ce n'est pas un hasard : il y a des pouvoirs à contrôler, et mieux vaut les contrôler tôt.
Le conseil que je donne systématiquement
Faites signer le compromis chez le notaire, pas à l'agence. Le surcoût est nul ou marginal ; le bénéfice est énorme. Le notaire contrôle les pouvoirs, l'objet social et la chaîne des procès-verbaux avant l'engagement, et non trois semaines plus tard, quand l'acheteur a déjà donné congé de son logement et que tout le monde a fait ses plans. Sur une vente en SCI, aucun autre réflexe n'offre un rapport sécurité/effort comparable.
3.2 — Le dossier de pièces sociales : la check-list du notaire
Une vente par une personne morale déclenche une collecte de pièces qu'une vente entre particuliers ignore totalement. Anticipez-la. Quand une date d'acte glisse, c'est presque toujours là que ça a coincé.
| Pièce | Ce que le notaire y cherche | Où l'obtenir |
|---|---|---|
| Extrait Kbis de moins de 3 mois | Existence, SIREN, siège, identité du gérant en fonction | Greffe / portail des sociétés |
| Statuts à jour, certifiés conformes | Objet social, clause d'autorisation, règles de majorité | Vos archives sociales |
| PV de nomination du gérant | Que le signataire est bien habilité, et depuis quand | Registre des décisions |
| PV autorisant la vente | Bien désigné, prix plancher, majorité atteinte, date antérieure | Registre des décisions |
| Liste des associés et bénéficiaires effectifs | Vigilance LCB-FT : qui contrôle réellement la société | Statuts, registre des parts, guichet unique INPI |
| Pièces d'identité du gérant et des associés | Identification des personnes physiques | — |
| Titre de propriété et acte de prêt | Origine de propriété, inscriptions hypothécaires à purger | Notaire ayant reçu l'acte d'achat, banque |
| RIB du compte bancaire de la SCI | Que le prix sera versé au vendeur, et pas ailleurs | Banque de la SCI |
Deux mots sur la dernière ligne du tableau. La SCI doit disposer d'un compte bancaire à son nom. Aucune obligation légale au sens strict pour une société civile — mais une nécessité pratique absolue le jour de la vente : aucun notaire ne virera 300 000 € sur le compte personnel du gérant. Quant aux bénéficiaires effectifs, souvenez-vous que le notaire est assujetti aux obligations de vigilance anti-blanchiment. Il compare ce que vous déclarez avec ce qui figure au registre tenu à l'INPI. Une déclaration jamais actualisée depuis une cession de parts de 2019, et c'est un aller-retour, une régularisation au guichet unique, une semaine perdue.
3.3 — La signature ès qualités, mot pour mot
La mention type tient en deux paragraphes. Recopiez-la telle quelle, il n'y a aucune raison de faire preuve d'originalité ici :
Bloc signature vendeur
La SCI [DÉNOMINATION], société civile immobilière au capital de [montant] €, dont le siège social est situé [adresse], immatriculée au registre du commerce et des sociétés de [ville] sous le numéro [SIREN],
représentée par M./Mme [Nom], agissant en qualité de gérant, dûment habilité aux fins des présentes en vertu de l'article [X] des statuts et de la décision collective des associés du [date], dont une copie certifiée conforme demeure ci-annexée.
Trois vérifications avant de parapher ce bloc. Le SIREN correspond-il bien à celui du Kbis ? Le gérant nommé est-il celui en fonction ce jour-là ? La décision citée existe-t-elle vraiment, et porte-t-elle la bonne date ? Cela paraît trivial, presque insultant. Ce sont pourtant ces trois lignes qui bloquent des ventes à quinze jours de l'acte.
3.4 — Les conditions suspensives, côté vendeur
Les conditions suspensives protègent d'abord l'acquéreur : obtention du prêt, absence de servitude d'urbanisme, purge d'un droit de préemption. Le vendeur a néanmoins quelques lignes à surveiller de près.
- La condition de prêt. Chiffrez-la : montant maximal emprunté, taux maximal, durée. Rédigée en termes vagues, elle offre à l'acheteur une sortie trop facile — il lui suffit de solliciter une banque à des conditions qu'aucune n'accepterait. Fixez un délai bref, quarante-cinq à soixante jours, et exigez la production des lettres de refus.
- Le délai de réalisation. C'est votre horloge. Fixez-le en tenant compte du temps de purge des préemptions et de collecte des pièces sociales, pas sur un optimisme d'agence.
- La clause pénale. Elle sanctionne la défaillance fautive d'une partie, en général à hauteur de 10 % du prix. Vérifiez qu'elle joue dans les deux sens et que son montant correspond au séquestre.
- La condition de purge du droit de préemption urbain ou du droit de préférence du locataire commercial. Elle n'est pas facultative : sans elle, vous vous engagez sur un calendrier que vous ne maîtrisez pas.
- La condition de mainlevée des inscriptions. Elle rassure l'acquéreur et vous oblige à sortir votre décompte bancaire tôt, ce qui est une bonne chose.
3.5 — Le séquestre : ni chez vous, ni sur le compte de la SCI
L'acquéreur verse en général un dépôt de garantie de 5 à 10 % du prix à la signature du compromis — 21 000 à 42 000 € sur un bien à 420 000 €, ce n'est pas anecdotique. Cette somme est séquestrée chez le notaire rédacteur ou chez l'agent immobilier titulaire d'une garantie financière. Elle ne transite jamais par le compte de la SCI, pour une raison simple : à ce stade, elle n'appartient encore à personne. Elle s'imputera sur le prix le jour de l'acte, ou repartira chez l'acquéreur si une condition suspensive défaille.
J'insiste, parce que la tentation est réelle — surtout quand la trésorerie sociale est courte et qu'une échéance d'emprunt tombe le 5 du mois. Encaisser un séquestre sur le compte de la SCI, c'est prendre le risque de devoir le restituer sans l'avoir. Et si les fonds ont été dépensés entre-temps, on ne parle plus de risque civil.
La SCI vendeuse n'a aucun délai de rétractation
Le délai de dix jours de l'article L271-1 du CCH est réservé à l'acquéreur non professionnel. Le vendeur n'en bénéficie jamais, quelle que soit sa forme juridique. À la seconde où le gérant signe le compromis, la SCI est engagée à vendre. Seules la défaillance d'une condition suspensive ou la bonne volonté de l'acheteur pourront l'en délier. Prix, calendrier, sort du produit, régime fiscal de la plus-value : tous ces arbitrages se font avant, jamais après.
4. Fixer le prix : valeur vénale, prix minoré et risque fiscal
Entre particuliers, le prix est libre et personne ne vient le discuter. Dès que le vendeur est une société, le raisonnement bascule : la SCI a un patrimoine propre, des associés, parfois des créanciers — et l'administration fiscale part du principe qu'une personne morale ne s'appauvrit pas sans raison. Vendre trop bas n'est plus seulement une mauvaise affaire. C'est un risque juridique.
4.1 — Établir la valeur vénale, avec des sources opposables
La valeur vénale, c'est le prix qu'accepterait de payer un acquéreur ordinaire, dans un marché normal, pour un bien de mêmes caractéristiques, à la date de la cession. Trois sources permettent de l'objectiver. Elles se cumulent :
- La base DVF (« Demandes de valeurs foncières »), publiée par la direction générale des finances publiques et librement consultable en ligne : elle recense les mutations réelles avec adresse, surface et prix. C'est la même source que celle utilisée par les vérificateurs.
- Le service Patrim, accessible depuis votre espace personnel sur impots.gouv.fr, qui permet de rechercher des termes de comparaison pour une estimation. Il est prévu pour les besoins de déclaration et de contentieux fiscal.
- Une expertise immobilière écrite, réalisée par un expert indépendant. C'est le seul document qui vous met vraiment à l'abri en cas de discussion, parce qu'il est daté, motivé et opposable.
Deux ou trois avis de valeur d'agences ne valent pas une expertise. Mais deux avis écrits et concordants valent infiniment mieux que rien du tout. Archivez tout dans le dossier de vente. Le jour où l'on vous demandera de justifier ce prix, on sera en 2029, l'agence aura fermé et plus personne ne se souviendra de l'état du marché en 2026.
4.2 — Le prix minoré : le risque n'est pas le même à l'IR et à l'IS
SCI à l'IS : la présomption d'acte anormal de gestion
Par sa décision de plénière fiscale Sté Croë Suisse du 21 décembre 2018 (n° 402006), le Conseil d'État a posé une règle de preuve redoutable. S'agissant de la cession d'un élément d'actif immobilisé, lorsque l'administration soutient que la cession a été réalisée à un prix significativement inférieur à la valeur vénale qu'elle a retenue et que le contribuable n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause cette évaluation, l'administration est réputée avoir apporté la preuve du caractère anormal de l'acte.
Il ne reste alors au contribuable qu'une porte de sortie : démontrer que l'appauvrissement a été décidé dans l'intérêt de l'entreprise — parce qu'elle se trouvait dans la nécessité de céder à ce prix, ou parce qu'elle en a retiré une contrepartie. Cette démonstration se prépare avant la vente. Pendant le contrôle, il est trop tard : on ne fabrique pas rétroactivement une expertise datée.
À l'impôt sur le revenu, la théorie de l'acte anormal de gestion ne s'applique pas telle quelle : elle a été bâtie pour les entreprises relevant des BIC et de l'IS, tandis qu'une SCI à l'IR relève des revenus fonciers. Le danger vient d'ailleurs. Il porte deux noms : la donation déguisée, avec droits de mutation à titre gratuit pouvant atteindre 60 % entre personnes non parentes, lorsque l'écart de prix trahit une intention libérale ; et l'abus de droit de l'article L64 du LPF, si le montage n'a d'autre motif que d'éluder l'impôt.
Quand l'acquéreur est un associé ou un proche, les risques s'empilent. Dans une SCI à l'IS, l'avantage consenti se requalifie en revenus réputés distribués sur le fondement de l'article 111, c du CGI, et l'impôt frappe le bénéficiaire. Dans toutes les SCI, un prix de faveur voté par la majorité contre l'intérêt social et au détriment des minoritaires ouvre une action pour abus de majorité — et met en jeu la responsabilité personnelle du gérant au titre de l'article 1850 du Code civil. Une seule décision, trois angles d'attaque.
Vendre à un associé : les quatre précautions minimales
- Une expertise indépendante antérieure à la décision, qui fixe la valeur vénale.
- Une autorisation expresse des associés, dans un PV qui mentionne l'identité de l'acquéreur et le lien avec la société.
- L'abstention du bénéficiaire au vote lorsque les statuts le permettent, ou à défaut une transparence totale sur son intérêt.
- Un prix conforme à l'expertise, sans « geste » entre associés. Le geste, c'est exactement ce que l'administration appelle une libéralité.
Le pouvoir de signer une telle vente — le gérant qui vend à lui-même, ou à une société qu'il contrôle — relève d'un autre débat, traité dans notre guide le gérant peut-il vendre le bien de la SCI ?. Ne mélangez pas les deux. Pouvoir et prix sont deux contrôles distincts, et il faut passer les deux.
4.3 — Vendre plus cher que la valeur : le risque symétrique
On y pense rarement, et pourtant l'excès inverse existe. Une SCI qui achète trop cher, ou qui vend trop cher à une société liée pour y loger un profit, s'expose au même raisonnement retourné. Dans un groupe familial où trois ou quatre sociétés se cèdent des biens entre elles, la vigilance doit être maximale : l'administration regarde ces flux à la loupe. Et l'argument « tout le monde était d'accord » n'a jamais convaincu personne. Le seul argument recevable, c'est la valeur de marché, documentée.
5. Diagnostics, information du locataire et droits de préemption
Trois obligations d'information se superposent ici. Ni les mêmes destinataires, ni les mêmes délais, ni les mêmes sanctions. On les prend une par une : ce que vous devez à l'acquéreur, ce que vous devez à l'occupant, ce que vous devez à la collectivité.
5.1 — Le dossier de diagnostic technique
L'article L271-4 du CCH impose d'annexer à la promesse puis à l'acte un dossier de diagnostic technique. Son contenu varie selon la nature du bien, sa date de construction et sa localisation. Le tableau ci-dessous couvre le cas standard du logement.
| Diagnostic | Quand il est dû | Durée de validité à la vente |
|---|---|---|
| DPE | Toujours (dès l'annonce) | 10 ans — tout DPE antérieur au 1er juillet 2021 est périmé |
| Audit énergétique réglementaire | Logement en monopropriété classé E, F ou G | 5 ans |
| Amiante | Permis de construire délivré avant le 1er juillet 1997 | Illimitée lorsque le constat conclut à l'absence d'amiante. En pratique, un constat antérieur au 1er janvier 2013 est presque toujours refait : les arrêtés du 12 décembre 2012 ont élargi le périmètre du repérage |
| Plomb (CREP) | Immeuble d'habitation construit avant le 1er janvier 1949 | 1 an si positif, illimitée si négatif |
| Termites | Zone couverte par un arrêté préfectoral | 6 mois |
| Gaz et électricité | Installation intérieure de plus de 15 ans | 3 ans |
| État des risques (ERP) | Zone à risques ; information due dès l'annonce | 6 mois |
| Assainissement non collectif | Absence de raccordement au tout-à-l'égout | 3 ans |
| Surface Carrez | Lot de copropriété | Pas de durée, à refaire si travaux modifiant la surface |
Deux lignes de ce tableau font rater des ventes chaque semaine. Arrêtons-nous dessus.
Le DPE d'abord. Tous les diagnostics de performance énergétique établis sous l'ancienne méthode, avant le 1er juillet 2021, sont morts. Si le vôtre date de la mise en location du bien il y a huit ans, il faut le refaire — et préparez-vous : la nouvelle méthode est plus sévère et a dégradé une majorité de logements d'une classe, surtout les petites surfaces et les logements chauffés à l'électricité. Un bien classé D en 2018 ressort fréquemment en E aujourd'hui, parfois en F. Or un E, et a fortiori un F ou un G, change la valeur, déclenche l'audit énergétique et donne un levier de négociation à l'acheteur. Notre guide SCI et passoire thermique mesure l'ampleur du sujet.
L'audit énergétique ensuite. Article L126-28-1 du CCH : il vise les bâtiments à usage d'habitation appartenant à un seul et même propriétaire — logement individuel ou immeuble collectif en monopropriété — mis en vente. Le calendrier est déjà bien avancé : classes F et G depuis le 1er avril 2023, classe E depuis le 1er janvier 2025, classe D à partir du 1er janvier 2034. Traduction pour une SCI qui détient un petit immeuble de rapport en entier : vous êtes très probablement concerné. L'audit se remet dès la première visite, donc il se commande avant la mise en vente. Tout est dans audit énergétique en SCI.
Pour un local commercial ou professionnel, le dossier s'allège : amiante, état des risques, DPE tertiaire lorsqu'il est requis, termites selon la zone. En revanche l'information due au preneur en place, elle, s'alourdit franchement. On y arrive.
Deux obligations que l'on oublie, et qui décalent la date de l'acte
Les documents de copropriété (articles L721-2 et L721-3 du CCH). Lorsque le bien est un lot de copropriété, le vendeur doit remettre à l'acquéreur, en plus du dossier de diagnostic technique, le règlement de copropriété et l'état descriptif de division avec leurs modificatifs publiés, les procès-verbaux des assemblées générales des trois dernières années, le carnet d'entretien de l'immeuble, la fiche synthétique, les informations financières prévues au texte et, le cas échéant, la notice d'information et le diagnostic technique global. La sanction n'est pas la nullité : c'est le report du point de départ du délai de rétractation, qui ne court qu'à compter du lendemain de la remise. Une pièce manquante décale donc mécaniquement le calendrier.
Le carnet d'information du logement (articles L126-35-2 et suivants du CCH). Créé par la loi Climat et résilience du 22 août 2021, il concerne les logements dont le permis de construire a été déposé à compter du 1er janvier 2023 et ceux ayant fait l'objet, depuis cette date, de travaux ayant une incidence significative sur la performance énergétique. Il se transmet à l'acquéreur au plus tard à la date de signature de l'acte authentique, celui-ci l'attestant dans l'acte. Si votre SCI a fait réaliser une rénovation énergétique, constituez ce carnet au fil des travaux — pas en catastrophe la veille du rendez-vous chez le notaire. Nos guides sur la rénovation énergétique en SCI et sur l'archivage numérique des pièces donnent la méthode.
5.2 — Vendre libre : le congé pour vendre
Le logement est loué et vous le voulez libre d'occupation ? Il faut délivrer un congé pour vendre au titre de l'article 15-II de la loi du 6 juillet 1989. Trois choses à savoir — et une contrainte de calendrier qui commande tout le reste du projet.
- Le congé se donne six mois avant le terme du bail, jamais en cours de bail. Si votre bail expire dans dix-huit mois, votre vente libre ne peut pas intervenir avant. Et attention à la durée : lorsque le bailleur est une personne morale, le bail d'habitation nue est en principe de six ans (article 10 de la loi de 1989) — seule la SCI familiale, au sens de l'article 13, peut consentir un bail de trois ans. Une SCI classique attend donc statistiquement plus longtemps qu'un bailleur particulier.
- Le congé vaut offre de vente au profit du locataire, au prix et aux conditions qui y sont indiqués. Le locataire dispose des deux premiers mois du préavis pour l'accepter ; s'il accepte, il a deux mois pour réaliser, portés à quatre s'il indique recourir à un prêt.
- Un second droit de préemption se déclenche si vous vendez ensuite à des conditions ou à un prix plus avantageux que ceux notifiés. Le notaire doit alors, à peine de nullité de la vente, notifier ces nouvelles conditions au locataire ; cette notification vaut offre de vente, valable un mois à compter de sa réception. Conséquence très concrète : après un refus du locataire à 300 000 €, vous ne pouvez pas signer à 280 000 € avec un tiers sans repasser par lui.
Un point propre aux SCI, qu'on confond sans arrêt. La loi de 1989 ne traite pas les personnes morales comme les particuliers. Le congé pour reprise n'est ouvert à une SCI que si elle est familiale, et au seul profit d'un associé. Le congé pour vendre, lui, appartient à tout bailleur, SCI comprise. Le premier sert à récupérer le logement pour l'habiter, le second à le vendre libre : ce ne sont pas deux variantes du même outil. Procédure, formalisme de la notification, pièges de délai — notre guide le congé pour vendre en SCI les passe en revue, et le congé pour reprise traite l'autre branche.
5.3 — Vendre occupé : plus simple qu'on ne croit
Vendre occupé n'exige aucun congé, aucune notification préalable au locataire d'habitation et aucun droit de préemption à purger — sous deux réserves importantes, prévues par la loi n° 75-1351 du 31 décembre 1975 : la première vente d'un logement consécutive à la division ou à la subdivision de l'immeuble ouvre au locataire ou à l'occupant de bonne foi un droit de préemption (article 10), et la vente en bloc d'un immeuble de plus de cinq logements en ouvre un autre (article 10-1). Hors ces cas, le bail se poursuit de plein droit avec l'acquéreur — l'article 1743 du Code civil le protège dès lors que son bail a date certaine — et le dépôt de garantie lui est transféré, la restitution incombant au nouveau bailleur en application de l'article 22 de la loi de 1989 : il faut donc le décompter du prix ou le virer, et l'acte doit le mentionner.
La décote d'un bien vendu occupé tourne autour de 10 à 20 % par rapport au même bien libre. Sur 300 000 €, cela fait 30 000 à 60 000 € de moins. L'écart se creuse encore quand le bail est ancien, le loyer sous le marché et le locataire protégé par son âge et ses ressources. La contrepartie n'est pas négligeable pour autant : vous vendez plus vite, sans mois de vacance, sans avoir à jouer la partie du congé. Faites l'arbitrage avec le guide vacance locative en SCI ouvert à côté.
Détail pratique que presque tout le monde néglige : préparez le dossier locatif destiné à l'acquéreur. Bail signé, avenants, états des lieux, trois dernières quittances, décompte du dépôt de garantie, historique des révisions de loyer, attestation d'assurance du locataire. Un dossier complet rassure l'acheteur et coupe court aux renégociations de dernière minute. Nos guides quittances de loyer et révision du loyer détaillent le contenu attendu. Et si le bail est en impayé, ne le dissimulez pas — cela finit toujours par se savoir : lisez gérer les impayés de loyer en SCI et traitez le sujet dans le compromis.
5.4 — Le locataire commercial et son droit de préférence
La SCI vend un local commercial ou artisanal loué ? L'article L145-46-1 du Code de commerce lui impose d'informer d'abord son locataire de l'intention de vendre, par lettre recommandée avec accusé de réception ou remise en main propre. Cette notification vaut offre de vente — ce n'est pas une simple information de courtoisie.
- Le locataire dispose d'un mois à compter de la réception pour se prononcer.
- En cas d'acceptation, il a deux mois à compter de l'envoi de sa réponse pour réaliser la vente.
- S'il indique dans sa réponse vouloir recourir à un prêt, son acceptation est subordonnée à l'obtention du financement et le délai de réalisation est porté à quatre mois. À défaut de réalisation dans ce délai, l'acceptation devient caduque.
Le texte prévoit plusieurs échappatoires : cession unique de plusieurs locaux d'un ensemble commercial, cession unique de locaux commerciaux distincts, cession d'un local commercial à un copropriétaire d'un ensemble commercial, cession globale d'un immeuble comprenant des locaux commerciaux, et cession au conjoint du bailleur ou à un ascendant ou descendant du bailleur ou de son conjoint. L'article écarte aussi expressément le droit de préférence lorsqu'il est fait application d'un droit de préemption des chapitres Ier et II du titre Ier du livre II du code de l'urbanisme, ou à l'occasion d'une aliénation fondée sur l'article L213-11 du même code — cette exclusion n'est pas nouvelle, elle remonte à la loi ELAN du 23 novembre 2018. Ce que la loi n° 2026-403 du 26 mai 2026 a apporté, c'est une définition : le local à usage commercial s'entend de tout local destiné à titre principal au commerce de détail ou de gros ou à une prestation de service à caractère commercial, réserves et emplacements attenants compris, à l'exclusion des locaux à usage exclusif de bureau et des entrepôts ; le local à usage artisanal renvoie à une liste fixée par décret en Conseil d'État, entrepôts exclus. Cette définition ne vaut que pour les mutations postérieures à la promulgation de la loi, soit le 26 mai 2026. Sur le terrain, cette notification s'imbrique donc avec la déclaration d'intention d'aliéner : le notaire purge d'abord le droit de préemption d'urbanisme, dont l'exercice prive de tout objet le droit de préférence du preneur. Cas fréquent : votre SCI détient un immeuble mixte, commerces au rez-de-chaussée et logements au-dessus, et le vend en bloc — l'exception de cession globale joue souvent. Faites trancher par le notaire plutôt que de décider seul : une notification omise à tort ouvre au locataire une action en nullité. Le cadre général est dans SCI et bail commercial et dans acheter un local commercial en SCI.
5.5 — Le droit de préemption urbain et les autres purges
Quand le bien se trouve dans un périmètre de droit de préemption urbain, le notaire adresse à la commune une déclaration d'intention d'aliéner. L'article L213-2 du Code de l'urbanisme laisse alors deux mois au titulaire du droit pour notifier sa décision ; passé ce délai, son silence vaut renonciation. Attention au mécanisme de suspension : une demande unique de communication de documents, ou une demande de visite du bien, arrête le compteur, qui repart à la réception des pièces — et si le temps restant est inférieur à un mois, le titulaire retrouve un mois plein pour se prononcer. Voilà, très concrètement, le premier facteur d'allongement imprévu du calendrier.
Une subtilité propre aux SCI
L'article L213-1, 3° du Code de l'urbanisme soumet au droit de préemption les cessions de la majorité des parts d'une société civile immobilière, ou les cessions conduisant un acquéreur à détenir la majorité des parts, lorsque le patrimoine de cette société est constitué par une unité foncière, bâtie ou non, dont la cession serait elle-même soumise au droit de préemption. Le texte réserve une exception aux sociétés civiles immobilières constituées exclusivement entre parents et alliés jusqu'au quatrième degré inclus. Retenez donc ceci : vendre les parts au lieu de l'immeuble ne fait pas disparaître la préemption comme par magie. Si vous hésitez entre les deux voies, notre guide sur la cession de parts de SCI pose la comparaison complète — qui, du reste, ne se joue pas seulement sur ce terrain.
Et depuis le 27 juin 2026, la voie des parts s'est alourdie : l'article 1865-1 du Code civil, créé par l'article 68 de la loi n° 2026-534 du 25 juin 2026, impose que la cession de parts d'une personne morale à prépondérance immobilière soit constatée par acte notarié, par acte d'avocat contresigné ou, dans les seuls cas où il y est légalement habilité, par acte sous signature privée rédigé par un expert-comptable — à peine de nullité. Ce n'est plus une condition d'opposabilité comme sous l'article 1865, c'est une condition de validité : l'acte « fait maison » entre associés n'est plus valable.
D'autres purges peuvent s'ajouter selon le bien : droit de préemption de la SAFER pour un terrain à usage ou à vocation agricole — sujet traité dans SCI ou GFA —, droit de préemption dans un espace naturel sensible, servitude de préemption commerciale. Le notaire les repère à la lecture des documents d'urbanisme. Votre rôle se limite à deux choses : accepter que la condition suspensive correspondante figure au compromis, et ne pas promettre à l'acquéreur une date d'acte que la purge rend matériellement impossible.
6. L'acte authentique et l'encaissement du prix
Entre le compromis et l'acte, c'est le notaire qui travaille. Il purge les préemptions, sollicite les documents d'urbanisme, interroge l'état hypothécaire, réclame le décompte de remboursement à la banque, réunit les pièces sociales, relance le syndic en copropriété. Vous, vous fournissez et vous attendez. Puis arrive le jour de la signature.
6.1 — Qui signe, et comment quand on n'est pas là
Le gérant signe au nom de la SCI, ès qualités, avec exactement la même mention que sur le compromis. Empêché ? Deux solutions : la procuration authentique reçue par un autre notaire, ou l'acte authentique électronique à distance, devenu banal. L'une comme l'autre s'anticipent d'une bonne semaine. Une procuration réclamée l'avant-veille de l'acte, c'est un report pur et simple.
Statuts prévoyant plusieurs gérants ? Relisez la clause. Certaines cogérances exigent la signature conjointe pour les actes de disposition. C'est rare, mais cela existe — et cela se découvre invariablement au pire moment. Notre guide le gérant de SCI couvre le statut et les obligations du dirigeant.
6.2 — Ce qui se passe sur le prix, ligne par ligne
Le prix ne tombe pas d'un bloc sur le compte de la SCI. Le notaire opère une série de prélèvements avant de virer le solde. L'ordre ci-dessous est aussi celui de votre plan de trésorerie.
| Prélèvement sur le prix | Bénéficiaire | Remarque |
|---|---|---|
| Remboursement du capital restant dû | La banque prêteuse | Sur décompte arrêté à la date de l'acte |
| Indemnité de remboursement anticipé | La banque prêteuse | Montant fixé par le contrat de prêt |
| Mainlevée des inscriptions | Notaire / service de la publicité foncière | Inutile si l'inscription est déjà périmée |
| Commission d'agence si à la charge du vendeur | L'agence mandataire | Réglée par le notaire sur présentation du mandat |
| Opposition du syndic de copropriété | Le syndicat des copropriétaires | Charges impayées ; opposition dans les 15 jours de la notification |
| Impôt sur la plus-value (SCI à l'IR uniquement) | Le Trésor public | Déclaration n° 2048-IMM-SD établie et impôt prélevé par le notaire |
| Solde | Le compte bancaire de la SCI | 8 à 15 jours quand il n'y a aucune inscription à purger ; plutôt 2 à 4 semaines dès qu'un prêt est soldé et qu'une mainlevée doit être publiée |
L'asymétrie IR / IS qu'il faut absolument avoir en tête
SCI à l'impôt sur le revenu : le notaire établit la déclaration n° 2048-IMM-SD (cerfa n° 12359) et prélève l'impôt de plus-value sur le prix, le jour même. Lorsque le cédant est une société relevant des articles 8 à 8 ter du CGI, une déclaration unique est déposée pour l'ensemble des impositions établies au nom des associés présents à la date de la cession. Ce qui atterrit sur le compte de la SCI est donc déjà net d'impôt. Confortable — et cela explique aussi pourquoi le virement est systématiquement inférieur à ce que le gérant avait calculé de tête la veille.
SCI à l'impôt sur les sociétés : le notaire ne prélève rien. La plus-value est professionnelle, elle remonte dans le résultat de l'exercice avec réintégration des amortissements pratiqués, et l'impôt se paiera au solde, plusieurs mois plus tard. Le compte affiche donc un solde flatteur qui contient une dette fiscale invisible. J'ai vu des associés distribuer ce solde en janvier et découvrir la note en mai. Provisionnez et gelez la trésorerie le jour même de l'acte.
Le calcul proprement dit n'a pas sa place ici. Abattements, exonérations, surtaxe : tout est détaillé dans nos guides plus-value immobilière en SCI à l'IR et plus-value en SCI à l'IS. Vente rapprochée de l'acquisition ? Ajoutez vendre moins de 5 ans après l'achat à votre lecture : la durée de détention change beaucoup de choses à l'IR, presque rien à l'IS.
6.3 — Les comptes de répartition entre vendeur et acquéreur
Le notaire arrête plusieurs prorata dans l'acte. Petits montants, grandes discussions — c'est souvent là que la tension monte à quinze jours de la signature.
- La taxe foncière. L'article 1400 du CGI l'établit au nom du propriétaire et l'article 1415 la fixe pour l'année entière d'après les faits existants au 1er janvier : le redevable légal reste le propriétaire au 1er janvier, c'est-à-dire la SCI, même si elle vend le 2 janvier. Le prorata inscrit dans l'acte n'est qu'une convention entre les parties, parfaitement inopposable au Trésor. D'usage courant, il n'a rien d'obligatoire, et il se négocie. Notre guide sur la taxe foncière en SCI creuse le sujet.
- Les charges de copropriété. L'article 6-2 du décret n° 67-223 du 17 mars 1967 met le paiement de la provision exigible du budget prévisionnel à la charge du vendeur et celui des provisions hors budget prévisionnel à la charge de celui, vendeur ou acquéreur, qui est copropriétaire au moment de leur exigibilité. Le syndic établit un état daté (article 5 du même décret), dont les honoraires sont plafonnés à 380 € TTC par le décret n° 2020-153 du 21 février 2020 pris pour l'application de l'article 10-1 de la loi de 1965 — plafond confirmé par le Conseil d'État en mars 2026. Le syndic peut former opposition sur le prix dans les quinze jours de la réception de l'avis de mutation, pour les sommes restant dues. À creuser dans charges de copropriété en SCI et appels de fonds.
- Le fonds de travaux. Mauvaise nouvelle pour le vendeur : les sommes versées au fonds de travaux sont attachées au lot et définitivement acquises au syndicat. Aucun remboursement. C'est l'article 14-2-1 de la loi du 10 juillet 1965, et c'est la déception classique du gérant qui a alimenté ce fonds pendant six ans. La parade consiste à l'intégrer au prix de vente plutôt qu'à espérer le récupérer. Détails dans le fonds de travaux ALUR.
- Le loyer et le dépôt de garantie en cas de vente occupée : prorata du loyer du mois de la vente, et transfert du dépôt de garantie à l'acquéreur.
7. Le calendrier réaliste de la procédure et la facture des frais annexes
Les six étapes précédentes s'enchaînent rarement aussi proprement qu'on l'imagine au départ. Avant de promettre une date à un acquéreur, ou pire, d'engager le remploi des fonds sur un autre projet, posez deux choses à plat : le temps que prend réellement la procédure, et ce qu'elle coûte au vendeur avant même que l'on parle d'impôt.
7.1 — Combien de temps, vraiment
Les délais annoncés au démarrage sont optimistes d'un bon tiers, presque toujours. Le calendrier ci-dessous est calé sur des ventes réelles, pour un bien standard sans difficulté particulière.
| Étape | Durée | Ce qui peut faire déraper |
|---|---|---|
| Décision des associés et PV | 1 à 3 semaines | Un associé injoignable ; objet social à modifier |
| Diagnostics et audit énergétique | 1 à 3 semaines | Délai de rendez-vous du diagnostiqueur ; classement F ou G découvert tard |
| Congé pour vendre (si vente libre) | 6 mois avant le terme du bail | Terme du bail éloigné : c'est le facteur bloquant n° 1 |
| Commercialisation | 3 semaines à 6 mois | Prix mal calibré au départ |
| Compromis → purge des préemptions | 2 mois | Demande de pièces ou de visite par la commune : le délai repart |
| Compromis → acte authentique | 3 à 6 mois | Pièces sociales manquantes ; prêt de l'acquéreur ; syndic lent |
| Acte → versement du solde | 8 à 15 jours sans inscription à purger 2 à 4 semaines avec mainlevée | Opposition du syndic ; décompte bancaire tardif ; attente de la publication de la mainlevée au fichier immobilier |
Ce que dit ce tableau : la contrainte lourde, ce n'est presque jamais l'acheteur. C'est le terme du bail quand on veut vendre libre, et la collecte des pièces sociales quand on s'y prend la veille. Deux facteurs entièrement sous votre contrôle — à condition de les attaquer en premier, pas en dernier.
7.2 — La facture des frais annexes
| Poste | Ordre de grandeur | À la charge de |
|---|---|---|
| Diagnostics techniques (lot d'habitation) | 300 à 900 € | Vendeur |
| Audit énergétique réglementaire | 500 à 1 500 € selon la taille | Vendeur |
| Honoraires d'agence | 3 à 7 % du prix | Selon le mandat |
| Mainlevée d'hypothèque | 0,3 à 0,7 % du capital emprunté à l'origine | Vendeur |
| Indemnité de remboursement anticipé | Selon le contrat de prêt | Vendeur |
| État daté (copropriété) | Plafonné à 380 € TTC | Vendeur |
| Frais d'acte (« frais de notaire ») | Environ 7 à 8,5 % dans l'ancien en 2026 — DMTO à 5,81 % ou 6,32 % selon que le département a usé de la majoration ouverte par l'article 116 de la loi de finances pour 2025 (88 départements majorés à 6,32 %, 11 restés à 5,81 %, l'Indre et Mayotte à environ 5,09 %). La majoration est temporaire, du 1er avril 2025 au 31 mars 2028, et ne s'applique pas aux primo-accédants éligibles, qui restent à 5,81 % même en département majoré | Acquéreur |
| Expertise de valeur vénale (facultative) | 600 à 2 500 € | Vendeur |
Deux points techniques sur les frais bancaires
La mainlevée n'est pas toujours due. L'article 2429 du Code civil — l'ancien article 2434, renuméroté par l'ordonnance n° 2021-1192 du 15 septembre 2021 — fixe la date extrême d'effet de l'inscription à un an au plus après la dernière échéance prévue ; l'article 2430 en tire la péremption. Passé ce délai, l'inscription ne produit plus effet et aucune mainlevée n'a lieu d'être. Vous vendez un bien dont le prêt est soldé depuis 2015 ? Faites vérifier l'état hypothécaire avant de budgéter cette ligne. Une facture de mainlevée inutile, cela se refuse.
L'indemnité de remboursement anticipé est contractuelle. Le plafonnement légal — la valeur d'un semestre d'intérêts sur le capital remboursé au taux moyen du prêt, sans pouvoir excéder 3 % du capital restant dû avant le remboursement — figure à l'article R313-25 du Code de la consommation et protège les emprunteurs relevant du crédit immobilier au sens du Code de la consommation. Son application à une SCI, personne morale, dépend de l'objet du prêt : le régime protecteur est écarté quand le crédit finance une activité professionnelle, et les juridictions raisonnent au cas par cas pour les SCI patrimoniales. Ne présumez donc pas ce plafond acquis. Ressortez votre offre de prêt et lisez la clause : c'est elle qui commande. Dernier point, souvent ignoré : l'indemnité se négocie, particulièrement quand vous êtes client de la banque depuis quinze ans et que vous y laissez d'autres encours. Notre guide renégocier le crédit de la SCI détaille cette logique de négociation, qui vaut aussi pour le remboursement anticipé.
8. Après la vente : que devient l'argent ?
C'est la question que tout le monde pose en premier, et celle qu'il faut traiter en dernier — parce que la réponse dépend de tout ce qui précède. Un principe ne bouge jamais : le prix appartient à la SCI, pas à ses associés. Des chemins existent pour le faire descendre jusqu'à eux. Chacun a son coût fiscal et son formalisme. Aucun ne ressemble à un virement improvisé un dimanche soir.
8.1 — Le cas chiffré, de bout en bout
Prenons la SCI Les Tilleuls : impôt sur le revenu, deux associés à 50/50, un immeuble vendu 420 000 € en 2026. Voici la cascade telle qu'elle apparaît sur le décompte du notaire.
| Ligne | Montant | Commentaire |
|---|---|---|
| Prix de vente | 420 000 € | Acté |
| Honoraires d'agence (4 %, charge vendeur) | − 16 800 € | Réduit aussi le prix de cession retenu pour la plus-value |
| Diagnostics et audit énergétique | − 1 250 € | Réglés en amont : ils ne figurent pas sur le décompte du notaire, mais pèsent bien sur la trésorerie |
| Remboursement du capital restant dû | − 168 000 € | Décompte bancaire au jour de l'acte |
| Indemnité de remboursement anticipé | − 5 040 € | Hypothèse haute : 3 % du capital restant dû, soit le plafond maximal. Le plafond légal retient le plus faible des deux termes (semestre d'intérêts ou 3 % du CRD) : sur 168 000 € à 2 %, le semestre d'intérêts serait d'environ 1 700 €. Voir le §7.2 |
| Mainlevée d'hypothèque | − 900 € | Non due si l'inscription était périmée |
| Impôt de plus-value prélevé par le notaire | − 18 600 € | Montant illustratif — calcul détaillé dans notre guide plus-value |
| Trésorerie nette dégagée par l'opération | 209 410 € | Le notaire vire 210 660 € — ici sous 2 à 4 semaines, le temps de publier la mainlevée ; les 1 250 € de diagnostics ont déjà été décaissés |
Attention à la lecture de ces 209 410 €. Une partie n'est pas du bénéfice : c'est le remboursement de sommes que les associés avaient avancées. Mettons que l'associé A dispose d'un compte courant créditeur de 30 000 €, constitué au fil des années pour financer une toiture et une chaudière. Lui rendre cet argent, c'est éteindre une dette, sans aucune fiscalité. Restent 179 410 € de trésorerie sociale, dont le sort dépend du régime fiscal de la société.
La même vente dans une SCI à l'IS
Le notaire n'aurait rien prélevé : la trésorerie nette monte à 228 010 €, soit 18 600 € de plus. Séduisant sur le relevé bancaire, trompeur sur le fond. La plus-value professionnelle se calcule par différence entre le prix de cession et la valeur nette comptable, c'est-à-dire le prix d'acquisition diminué de tous les amortissements pratiqués depuis l'origine. Quinze ans d'amortissement du bâti plus tard, cette valeur nette comptable est au plancher — et la plus-value taxable s'envole, souvent très au-delà de la plus-value économique que ressentent les associés. L'IS correspondant tombera au solde de l'exercice. Estimez-le le jour de l'acte, bloquez la somme, sinon elle partira ailleurs. Nos guides plus-value en SCI à l'IS, amortissement en SCI et acomptes et solde d'IS détaillent le mécanisme et le calendrier de paiement.
8.2 — Les quatre chemins pour faire descendre l'argent
Le sort du produit de la vente vaut un guide à lui seul — nous lui consacrons un article distinct, « distribuer le prix de vente de la SCI », qui compare les voies et chiffre leur coût. En synthèse, quatre canaux, et ce qu'ils impliquent.
| Canal | Conditions | Coût fiscal |
|---|---|---|
| Remboursement de compte courant | Solde créditeur réellement constitué et tracé | Aucun — c'est une dette qu'on rembourse |
| Distribution du résultat | Décision d'affectation en assemblée | À l'IR : rien de plus, l'associé a déjà été imposé sur sa quote-part. À l'IS : PFU de 31,4 % sur le dividende |
| Réduction de capital | Décision collective, modification des statuts, publicité, délai d'opposition des créanciers | Régime à examiner au cas par cas |
| Dissolution puis partage | Décision de dissolution, liquidateur, clôture des comptes | Boni de liquidation, droit de partage sur l'actif net partagé |
L'ordre de priorité est évident, et pourtant : on rembourse d'abord les comptes courants. C'est gratuit fiscalement, et c'est de l'argent que la SCI doit à ses associés. Encore faut-il que ces comptes courants existent en comptabilité, chiffre par chiffre, pièce par pièce. La scène que je vois trop souvent : une SCI qui n'a jamais tenu ses comptes découvre le jour de la vente qu'elle ne peut pas justifier les 60 000 € avancés par le gérant en 2018. Ce qui aurait été un remboursement en franchise totale d'impôt se transforme en distribution taxable. Nos guides compte courant d'associé et écritures du compte courant expliquent comment le construire et le prouver ; côté affectation, lisez l'affectation du résultat, et à l'IS les dividendes de SCI à l'IS.
8.3 — Les écritures comptables de la cession
La vente d'un immeuble est l'opération comptable la plus lourde de la vie d'une SCI à l'IS : sortie de l'immobilisation par composants, solde des comptes d'amortissement, constatation du produit de cession, solde de l'emprunt et des intérêts courus, comptabilisation des frais. Ce n'est pas le sujet de cet article, et je préfère ne pas le survoler que le survoler mal. Tout est détaillé, écriture par écriture et numéro de compte par numéro de compte, dans notre guide les écritures de vente d'un immeuble en SCI. Lisez-le avant la clôture, pas après.
Le reflet dans les comptes annuels est spectaculaire. Le bilan perd son actif principal et se remplit de trésorerie ; le compte de résultat encaisse la plus-value d'un seul coup. Prévenez vos associés en amont : un résultat multiplié par dix sur un exercice, cela se commente en assemblée, et mieux vaut avoir préparé le commentaire. La clôture comptable et l'approbation des comptes déroulent la marche à suivre.
8.4 — Et si la SCI ne conserve rien ?
Si la vente marque la fin du projet, enchaînez proprement : dissolution décidée en assemblée, nomination d'un liquidateur, réalisation de l'actif, apurement du passif, comptes de liquidation, partage, radiation. Comptez plusieurs mois. C'est long, mais c'est linéaire et sans surprise. Le guide dissolution et liquidation d'une SCI déroule chaque étape. Autre configuration, autre solution : un seul associé veut sortir tandis que les autres continuent — la dissolution n'est alors pas la voie, il faut passer par le retrait ou la cession de parts. Lisez sortir d'une SCI et le rachat de parts par la SCI.
Un dernier mot, et il compte : ne laissez pas la SCI en sommeil de fait, sans décision formelle. Tant qu'elle existe, elle doit déclarer chaque année. Une SCI qui cesse de déclarer accumule les difficultés en silence pendant trois ans, puis reçoit du courrier — SCI jamais déclarée et que faire en cas de retard décrivent la sortie de crise. Une mise en sommeil formalisée coûte quelques centaines d'euros et évite tout cela.
9. Les 9 erreurs qui font dérailler la vente d'un immeuble en SCI
Terminons par les neuf fautes que l'on retrouve, toujours les mêmes, dans les ventes qui s'enlisent. Prise isolément, aucune n'est irrattrapable. Empilées, elles ajoutent des mois de délai et parfois cinq chiffres d'impôt. Elles suivent l'ordre de la procédure : lisez-les comme une check-list de relecture avant de signer quoi que ce soit.
Erreur 1 — Mettre en vente avant d'avoir lu les statuts
Trois minutes de lecture contre trois semaines de retard : le calcul est vite fait. Deux choses à chercher, pas une de plus — une clause soumettant la vente d'un immeuble à autorisation, et la présence du mot « disposition » ou « vente » dans l'objet social. Tout le reste en découle.
Erreur 2 — Un procès-verbal daté après le compromis
Une autorisation postérieure à l'engagement ressemble à une régularisation de circonstance. C'en est une, et cela se voit. Tenez l'assemblée avant de signer le mandat, et inscrivez dans le PV un prix plancher ainsi qu'un mandat exprès de signer tous les actes de la vente.
Erreur 3 — Signer en son nom personnel
Le gérant signe pour la SCI, jamais pour lui-même. Un mandat, un compromis ou un acte dépourvu de la mention ès qualités jette un doute sur l'identité du vendeur. Or le vendeur, c'est la personne morale inscrite au fichier immobilier — pas le monsieur qui tient le stylo.
Erreur 4 — Découvrir le classement énergétique en cours de commercialisation
Le DPE se fait avant la première annonce, pas après la troisième visite. Un F ou un G déclenche l'audit énergétique, modifie la valeur, arme la négociation de l'acquéreur, et peut vous contraindre à baisser le prix en pleine commercialisation — la pire position qui soit. Autant le savoir dès le premier jour : la rénovation énergétique en SCI aide à anticiper.
Erreur 5 — Promettre une vente libre sans regarder le terme du bail
Le congé pour vendre se donne six mois avant le terme du bail, pas au moment qui vous arrange. Un bail qui court encore deux ans interdit la vente libre à court terme, point final. Reste la vente occupée, avec sa décote de 10 à 20 %.
Erreur 6 — Oublier de notifier le locataire commercial
Le droit de préférence de l'article L145-46-1 du Code de commerce est d'ordre public : le méconnaître ouvre une action au locataire. Des exceptions existent, à commencer par la cession globale d'un immeuble comprenant des locaux commerciaux. Mais elles se vérifient auprès du notaire. Elles ne se supposent pas au coin d'une table.
Erreur 7 — Faire un prix d'ami à un associé sans expertise
La plus coûteuse du lot, de loin. Acte anormal de gestion à l'IS, donation déguisée à l'IR, requalification en revenus distribués, abus de majorité : un prix de faveur non documenté coche toutes les cases à la fois. Une expertise à 1 200 € neutralise le sujet. Faites le rapport coût/risque.
Erreur 8 — Virer le prix sur un compte personnel
Même « en attendant ». Même « parce que la SCI n'a pas encore de compte ». C'est l'un des indices les plus caractéristiques de la SCI fictive, et cela fragilise l'ensemble de la construction patrimoniale, pas seulement la vente. Les critères sont détaillés dans SCI fictive : les critères et les risques.
Erreur 9 — Distribuer avant d'avoir provisionné l'impôt
Propre à l'IS, et redoutable. Le notaire ne prélève rien, le solde paraît généreux, on rembourse les comptes courants, on distribue le reste — et l'impôt sur la plus-value professionnelle tombe au solde de l'exercice, quand les fonds sont partis. Estimez-le le jour de l'acte, isolez la somme sur un support dédié, ne distribuez que le reliquat. Nos guides cash-flow en SCI et placer la trésorerie de la SCI aident à organiser cette attente.
Pour aller plus loin
Les 3 choses à retenir
- La vente commence dans les statuts, pas dans l'agence : clause d'autorisation, rédaction de l'objet social, majorité applicable. Tenez l'assemblée et rédigez le procès-verbal avant de signer quoi que ce soit.
- Le gérant signe ès qualités, le prix va sur le compte de la SCI : dénomination, SIREN, qualité, référence au PV sur chaque acte — et jamais un euro sur un compte personnel, même provisoirement.
- À l'IS, le notaire ne prélève rien : la totalité du net vendeur arrive sur le compte alors que l'impôt sur la plus-value professionnelle reste dû au solde de l'exercice. Estimez-le le jour de l'acte et gelez la somme avant toute distribution.
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