SCI et sinistre : le traitement fiscal de l'indemnité d'assurance
Un incendie, un dégât des eaux, une tempête : le chèque de l'assureur arrive, et avec lui une question que presque tous les gérants me posent. Faut-il payer de l'impôt dessus ? Je vais être clair : la réponse n'est ni « toujours » ni « jamais ». Tout se joue sur deux paramètres — ce que l'indemnité vient remplacer (une charge, un loyer perdu, ou un mur qui s'est effondré) et le régime de la SCI (IR ou IS). Le reste de ce guide décortique la qualification de l'indemnité, son imposition régime par régime, la plus-value professionnelle et son étalement à l'IS, les écritures à passer et le traitement de la TVA. Deux exemples chiffrés, un à l'IR, un à l'IS, ferment la marche.
Rédigé par Quentin Hagnéré, fondateur de sci-ai.app, et vérifié contre les sources officielles (CGI, BOFiP, Legifrance). Mis à jour le 24 juillet 2026. Cet article est informatif et ne remplace pas un conseil personnalisé.
Sommaire
- Le principe directeur : la symétrie fiscale
- Qualifier l'indemnité : réparation, exploitation ou capital
- SCI à l'IR : imposition en revenus fonciers
- SCI à l'IS : la plus-value professionnelle
- L'étalement de la plus-value (art. 39 quaterdecies 1 ter)
- Les écritures comptables à l'IS
- L'indemnité pour perte de loyers
- Le sort de la TVA
- Deux exemples chiffrés (IR et IS)
- Les erreurs fréquentes
- FAQ
1. Le principe directeur : la symétrie fiscale
Rangez la calculatrice une minute. Avant de compter quoi que ce soit, il faut saisir une idée toute simple : une indemnité d'assurance n'a pas de fiscalité « à elle ». Elle emprunte celle de ce qu'elle remplace. Les fiscalistes appellent ça le principe de symétrie, et c'est une constante du droit fiscal français. Retenez-le, tout le reste en découle.
- Une indemnité qui remplace un produit imposable (des loyers perdus) est imposable.
- Une indemnité qui rembourse une charge déductible (des réparations locatives) est imposable — mais la charge correspondante reste déductible, ce qui neutralise l'opération.
- Une indemnité qui reconstitue un élément de capital non déductible (le bâtiment lui-même) suit le régime des plus-values, et non celui des revenus courants.
Tout se joue donc au moment de qualifier l'indemnité. Un même chèque de 100 000 € peut être imposable en totalité, pour moitié, ou pas du tout — selon ce qu'il vient réparer. C'est l'étape que je vois le plus souvent expédiée, et c'est précisément celle qu'il ne faut jamais expédier.
2. Qualifier l'indemnité : réparation, exploitation ou capital
En pratique, une indemnité de sinistre versée à une SCI se range dans l'une de ces trois catégories :
| Type d'indemnité | Ce qu'elle remplace | Nature fiscale |
|---|---|---|
| Indemnité de réparation | Des travaux de remise en état (charge) | Suit le régime de la charge : imposable si travaux déductibles |
| Indemnité d'exploitation | Des loyers non perçus | Imposable (revenu de remplacement) |
| Indemnité de capital | Un bâtiment ou un composant détruit | Non imposable à l'IR / plus-value à l'IS |
Attention, un même sinistre peut cumuler plusieurs indemnités. Un incendie détruit le bâtiment et empêche de louer pendant huit mois : vous touchez à la fois une indemnité de reconstruction (capital) et une indemnité pour perte de loyers (exploitation). Deux natures, deux traitements. Le décompte de l'assureur ventile en général ces montants poste par poste — partez de ce décompte, c'est votre pièce maîtresse. S'il reste flou, c'est à la SCI de justifier l'affectation de chaque euro, alors gardez tout.
3. SCI à l'IR : imposition en revenus fonciers
Dans une SCI à l'impôt sur le revenu, les résultats sont imposés dans la catégorie des revenus fonciers (article 14 du CGI), et les charges déductibles sont limitativement énumérées par l'article 31 du CGI. C'est cette liste qui commande le traitement de l'indemnité.
L'indemnité qui couvre des réparations déductibles est imposable
Prenez une indemnité qui sert à financer des travaux de réparation ou d'entretien, ceux que l'article 31 I 1° a du CGI autorise à déduire. Cette indemnité est un revenu foncier imposable l'année où vous l'encaissez. La symétrie, encore elle : la dépense de réparation est déductible, donc l'argent qui la rembourse est imposable. Dans le concret, ça donne trois lignes :
- L'indemnité perçue est portée en recette foncière imposable.
- Les travaux payés sont portés en charge déductible.
- Sur la durée, l'opération est neutre lorsque l'indemnité est intégralement consacrée aux travaux.
Un piège classique : le décalage dans le temps. L'indemnité tombe en décembre, les travaux sont payés en mars de l'année suivante. Résultat, le produit imposable est sur un exercice, la charge déductible sur le suivant — et votre revenu foncier gonfle artificiellement la première année. Rien d'irrattrapable, mais il faut l'anticiper. Pour le détail, notre guide des charges déductibles en SCI et, côté écritures, le guide des écritures de travaux.
L'indemnité qui reconstitue le capital n'est pas imposable
Renversez maintenant la situation. Une indemnité qui sert à reconstruire un immeuble détruit ne rembourse aucune charge déductible : bâtir un immeuble, ce n'est pas de l'entretien, c'est de l'investissement, et un investissement ne se déduit pas des revenus fonciers. Conclusion logique — cette indemnité n'est pas un revenu foncier et passe donc à travers les mailles de l'impôt sur le revenu.
Pas de plus-value des particuliers : un sinistre n'est pas une cession à titre onéreux. La perception de l'indemnité ne déclenche donc pas de plus-value des particuliers (article 150 U du CGI), quel que soit son montant par rapport au prix d'acquisition — la doctrine confirme que les indemnités d'assurance consécutives à un sinistre ne sont pas prises en compte au titre des plus-values immobilières des particuliers. Le seul événement subi assimilé à une cession par l'article 150 U est l'expropriation. Le mécanisme de « cession forcée » déclenché par une destruction ne vise, lui, que les biens inscrits à l'actif d'une entreprise — soit le régime de la SCI à l'IS traité plus bas. Voir notre guide de la plus-value en SCI à l'IR.
La SCI à l'IR déclare ses résultats sur la déclaration 2072, chaque associé reportant ensuite sa quote-part sur sa 2044. L'indemnité imposable rejoint les recettes de la SCI ; l'indemnité de capital n'y figure pas.
4. SCI à l'IS : la plus-value professionnelle
Passez à l'IS, et tout bascule. L'immeuble n'est plus un simple bien du patrimoine : il figure à l'actif immobilisé du bilan et il s'amortit année après année (article 39 C du CGI). Du coup, quand un sinistre en détruit tout ou partie, le fisc raisonne comme si vous l'aviez vendu. Et qui dit cession dit plus-value professionnelle.
Le calcul de la plus-value
Bonne nouvelle, le calcul tient en une ligne :
où VNC = valeur brute de l'immobilisation − amortissements déjà pratiqués
Le mécanisme est mécanique, si j'ose dire. Chaque année d'amortissement a rogné la VNC, qui finit bien en dessous de la valeur d'origine. Pendant ce temps, l'assureur, lui, vous rembourse au coût de reconstruction — donc au prix du neuf, ou presque. Deux courbes qui divergent : l'écart entre les deux, c'est votre plus-value taxable.
Cette plus-value se décompose fiscalement en deux fractions, distinction essentielle pour l'étalement :
- Plus-value à court terme : la fraction correspondant aux amortissements déjà déduits sur le bien détruit. C'est en quelque sorte une reprise des amortissements passés.
- Plus-value à long terme : la fraction qui excède la valeur brute d'origine (indemnité − prix d'acquisition), lorsque le bien était détenu depuis plus de deux ans.
À l'IS, ces deux fractions sont imposées au taux normal de l'impôt sur les sociétés (15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice sous conditions, 25 % au-delà) — le régime du taux réduit des plus-values à long terme ne s'applique pas aux immeubles. La distinction court terme / long terme ne sert donc pas ici à réduire le taux, mais à déterminer ce qui peut être étalé. Pour le détail du régime, voir notre guide de la plus-value en SCI à l'IS.
5. L'étalement de la plus-value (art. 39 quaterdecies 1 ter)
Voilà le passage qui fait vraiment la différence sur votre trésorerie. Une plus-value de sinistre peut vite atteindre plusieurs dizaines de milliers d'euros, et par défaut, tout tombe la même année. L'addition d'IS pique. Sauf que le législateur a prévu une soupape, taillée exprès pour les sinistrés : l'étalement de l'article 39 quaterdecies 1 ter du CGI.
Ce que dit le texte
La plus-value nette à court terme réalisée à la suite de la perception d'indemnités d'assurances ou de l'expropriation d'immeubles peut être répartie, par parts égales, sur plusieurs exercices. Pour les biens amortissables, l'étalement s'opère sur la durée moyenne d'amortissement déjà pratiquée sur le bien détruit, pondérée selon le prix d'acquisition — sans pouvoir excéder 15 ans.
Trois points à retenir :
- Seule la plus-value à court terme est étalable par ce mécanisme. La fraction à long terme (excédent sur la valeur brute) est imposée au taux normal de l'IS ; son imposition n'est ni étalée ni différée : le différé de deux ans de l'article 39 quindecies du CGI relève du régime des plus-values à long terme des entreprises soumises à l'impôt sur le revenu, un régime qui ne s'applique plus aux immeubles des sociétés à l'IS (article 219 I a quater du CGI).
- La durée d'étalement est celle de l'amortissement déjà couru sur le bien, plafonnée à 15 ans. Un immeuble amorti sur des composants de longue durée verra donc son étalement plafonné.
- L'étalement est un traitement extra-comptable : la plus-value est comptabilisée en totalité l'année du sinistre, puis déduite fiscalement et réintégrée par fractions égales sur la liasse fiscale des exercices suivants.
Ne confondez pas ce régime avec l'étalement de droit commun des plus-values à court terme (article 39 quaterdecies 1), qui est beaucoup plus court. Celui du 1 ter est réservé aux sinistres et aux expropriations, et la raison est logique : dans ces deux cas, la SCI n'a rien choisi. Elle n'a pas décidé de vendre, elle a subi. Le fisc lui accorde donc un traitement de faveur.
6. Les écritures comptables à l'IS
Concrètement, comment ça se passe dans les comptes ? Deux temps. On sort d'abord l'immobilisation détruite, puis on constate l'indemnité. Prenons un cas chiffré pour dérouler : une construction inscrite à 240 000 € de valeur brute, amortie à hauteur de 60 000 € (soit une VNC de 180 000 €), face à une indemnité de 260 000 €.
Étape 1 — Sortir l'immobilisation détruite
| Compte | Libellé | Débit | Crédit |
|---|---|---|---|
| 28131 | Amortissements des constructions | 60 000 | — |
| 657 | Valeurs comptables des immobilisations incorporelles et corporelles cédées | 180 000 | — |
| 2131 | Constructions (valeur brute) | — | 240 000 |
Étape 2 — Constater l'indemnité d'assurance
| Compte | Libellé | Débit | Crédit |
|---|---|---|---|
| 462 | Créances sur cessions d'immobilisations (assureur) | 260 000 | — |
| 757 | Produits des cessions d'immobilisations incorporelles et corporelles | — | 260 000 |
À l'encaissement, on solde la créance : débit 512 (banque) / crédit 462 pour 260 000 €. La plus-value de 80 000 € (757 − 657 = 260 000 − 180 000) apparaît alors au compte de résultat, au sein du résultat d'exploitation — depuis le règlement ANC n° 2022-06 (exercices ouverts à compter du 1er janvier 2025), les cessions et sorties d'immobilisations ne relèvent plus du résultat exceptionnel.
Cas d'un sinistre partiel : si seul un composant est détruit (une toiture, par exemple), on ne sort que ce composant et ses amortissements propres, sans toucher au reste de l'immeuble. L'indemnité de réparation qui finance le remplacement immobilisé vient créer un nouveau composant amortissable. Voir notre guide des écritures de travaux et le guide des amortissements par composants.
Une comptabilité de SCI rigoureuse distingue soigneusement la part « capital » (qui déclenche la plus-value) de la part « exploitation » de l'indemnité.
7. L'indemnité pour perte de loyers
Vient le cas le plus piégeux, parce qu'il se cache derrière une indemnité qu'on croit exonérée. Après un gros sinistre, le logement reste vide le temps du chantier — parfois six mois, parfois deux ans. La garantie « perte de loyers » (ou « pertes d'exploitation ») vous verse alors de quoi compenser les loyers envolés. Et là, aucune place au doute :
- À l'IR : l'indemnité est un revenu foncier imposable. Elle remplace des loyers qui auraient été imposés — la symétrie joue pleinement.
- À l'IS : elle constitue un produit d'exploitation courant (compte 7587 « Indemnités d'assurance » depuis le PCG 2025 issu du règlement ANC n° 2022-06, qui a supprimé l'ancien compte 791 « transferts de charges »), imposé au taux normal de l'IS l'année de son rattachement.
Et n'espérez pas l'étaler : c'est impossible. L'article 39 quaterdecies 1 ter ne concerne que les plus-values sur immobilisations, jamais les indemnités d'exploitation. La totalité tombe l'année de rattachement, point.
C'est l'un des faux pas que je rencontre le plus souvent : le gérant range mentalement tout le chèque de l'assurance dans la case « non imposable », et oublie la part « loyers perdus » qui, elle, l'est toujours. Le fisc, lui, ne l'oublie pas.
8. Le sort de la TVA
Deux réflexes à avoir côté TVA, et deux seulement : l'indemnité est-elle taxable, et faut-il rendre au fisc la TVA qu'on avait déduite sur le bien parti en fumée ?
L'indemnité n'est pas soumise à la TVA
Non, la SCI ne collecte aucune TVA sur l'indemnité. La raison est limpide : cet argent ne paye ni une livraison de bien ni une prestation de service, il répare un préjudice. Pas d'opération taxable, donc hors du champ de la TVA. Peu importe que la SCI soit assujettie sur ses loyers ou pas : l'indemnité, elle, reste en dehors.
Pas de régularisation de la TVA déduite
Voilà où beaucoup se font peur pour rien. Quand une SCI a récupéré la TVA à l'achat ou à la construction d'un immeuble (immeuble neuf, option TVA sur des locaux pro), cette déduction reste sur la sellette pendant 20 ans : si le bien sort du champ taxable, il faut en reverser une partie. On imagine donc qu'un sinistre déclenche ce reversement. Eh bien non. L'article 207 III de l'annexe II au CGI range la destruction parmi les cas dispensés de régularisation — au même titre qu'un vol ou une mise au rebut — à condition, bien sûr, de pouvoir la prouver.
En clair : un sinistre destructeur ne provoque aucun reversement de TVA, contrairement à une cession classique en cours de délai de régularisation. Conservez toutefois les justificatifs du sinistre (rapport d'expertise, décompte d'assurance, arrêté de catastrophe naturelle le cas échéant). Pour le cadre général, voir notre guide de la TVA en SCI.
9. Deux exemples chiffrés (IR et IS)
Exemple 1 — SCI à l'IR : dégât des eaux et réparations
La SCI Les Tilleuls, à l'IR, deux associés, loue un appartement nu. Une canalisation lâche : dégât des eaux, sols gondolés, peintures fichues, une cloison à reprendre. L'assureur verse 15 000 € pour la remise en état — que des réparations déductibles au sens de l'article 31 du CGI. La même année, la SCI dépense ses 15 000 € en travaux.
| Poste | Montant | Traitement |
|---|---|---|
| Indemnité perçue | + 15 000 € | Recette foncière imposable |
| Travaux de réparation | − 15 000 € | Charge déductible (art. 31 CGI) |
| Résultat foncier net | 0 € | Opération neutre |
Bilan : zéro impôt supplémentaire. L'indemnité imposable et les travaux déductibles se neutralisent au centime près. Changez un chiffre et tout bascule : des travaux à 12 000 € seulement, et la SCI garde 3 000 € de revenu foncier imposable (15 000 − 12 000). Des travaux à 18 000 €, à l'inverse, et elle dégage un déficit foncier de 3 000 €, imputable dès cette année sur le revenu global de chaque associé (dans la limite de 10 700 € par an, art. 156 I 3° CGI). D'où l'importance de soigner la 2072 l'année du sinistre : c'est là que le sort fiscal de l'opération se décide.
Exemple 2 — SCI à l'IS : incendie et destruction du bâtiment
La SCI Rivoli Invest, à l'IS, a acheté un immeuble 300 000 € : 60 000 € de terrain (qu'on n'amortit jamais) et 240 000 € de construction. Dix ans passent, la construction est amortie à hauteur de 60 000 € — sa VNC est retombée à 180 000 €. Un incendie ravage le bâtiment. L'assureur indemnise la reconstruction : 260 000 €. Le terrain, lui, est toujours là.
| Élément | Montant |
|---|---|
| Indemnité perçue | 260 000 € |
| Valeur brute de la construction | 240 000 € |
| Amortissements pratiqués | 60 000 € |
| Valeur nette comptable (VNC) | 180 000 € |
| Plus-value totale (260 000 − 180 000) | 80 000 € |
| — dont plus-value à court terme (amortissements repris) | 60 000 € |
| — dont plus-value à long terme (260 000 − 240 000) | 20 000 € |
Imposition :
- La plus-value à long terme de 20 000 € est imposée au taux normal de l'IS l'année du sinistre (pas de taux réduit pour un immeuble) — sans différé possible : le différé de deux ans de l'article 39 quindecies du CGI est réservé aux entreprises relevant de l'impôt sur le revenu.
- La plus-value à court terme de 60 000 € peut être étalée au titre de l'article 39 quaterdecies 1 ter. La durée moyenne d'amortissement déjà pratiquée sur la construction ressort ici à 10 ans : la SCI réintègre 6 000 € par an (60 000 ÷ 10) au lieu d'être taxée sur 60 000 € d'un coup.
Comparez les deux scénarios. Sans étalement, la SCI paie l'IS sur 80 000 € d'un seul coup l'année de l'incendie. Avec étalement, elle n'expose que 20 000 € l'année du sinistre — la seule plus-value à long terme. La plus-value à court terme de 60 000 € est, elle, intégralement neutralisée cette année-là, puis réintégrée par tranches de 5 000 € à compter de l'exercice suivant (N+1), soit sur douze exercices (N+1 à N+12). À 25 % d'IS, ce sont 15 000 € d'impôt différé sur la première année (60 000 € × 25 %). Rien d'agressif, rien de limite : juste le texte appliqué correctement.
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10. Les erreurs fréquentes
Erreur 1 : croire que toute indemnité est non imposable
La reine des idées reçues. « L'assurance, c'est exonéré, tout le monde le sait. » Non. Dès qu'une indemnité remplace un loyer ou rembourse une charge déductible, le fisc la taxe. Seule la pure reconstitution de capital passe entre les gouttes, et uniquement à l'IR. Partir du principe inverse, c'est se préparer un joli redressement.
Erreur 2 : oublier la plus-value à l'IS
À l'IS, ne pas comptabiliser la sortie de l'immobilisation détruite fausse le bilan et masque une plus-value taxable. L'administration la reconstituera en cas de contrôle, avec majorations. La sortie de l'actif est obligatoire, même si le bien a « disparu ».
Erreur 3 : ne pas opter pour l'étalement
Personne ne cochera la case à votre place. L'étalement de l'article 39 quaterdecies 1 ter ne se déclenche pas tout seul : il faut le demander noir sur blanc, via une note jointe à la déclaration de résultats de l'exercice du sinistre. Oubliez cette note, et vous réglez l'IS sur toute la plus-value à court terme la même année — quand vous auriez pu l'étaler sur dix ou douze exercices. Une case oubliée qui peut coûter cher en trésorerie.
Erreur 4 : ne pas ventiler capital et exploitation
Une indemnité globale mêlant reconstruction et perte de loyers doit être ventilée. À défaut, on risque soit de sous-déclarer la part imposable (perte de loyers), soit de sur-déclarer la part de capital. Le décompte de l'assureur est la pièce maîtresse.
Erreur 5 : régulariser la TVA à tort
À l'inverse de l'erreur 3, celle-ci vous fait payer trop. Par excès de prudence, un gérant — ou un logiciel mal réglé — reverse la TVA déduite après la destruction. Geste inutile : la destruction dispense de toute régularisation (art. 207 III annexe II CGI). C'est de la trésorerie qui part chez le Trésor sans aucune raison, et qu'il faudra ensuite se battre pour récupérer.
11. FAQ — Indemnité de sinistre en SCI
Une indemnité d'assurance perçue par une SCI est-elle imposable ?
Cela dépend de sa nature et du régime. Une indemnité couvrant des charges déductibles (réparations) ou une perte de loyers est imposable. Une indemnité reconstituant le capital n'est pas imposable à l'IR, mais génère une plus-value à l'IS. Le principe directeur : l'indemnité suit le régime de ce qu'elle remplace.
Comment est traitée une indemnité de réparation en SCI à l'IR ?
Si elle finance des travaux déductibles (art. 31 CGI), elle est un revenu foncier imposable l'année de sa perception, tandis que les travaux réglés sont déduits. Sur la durée, l'opération est neutre lorsque l'indemnité est intégralement consacrée aux réparations.
L'indemnité pour reconstruire un immeuble détruit est-elle taxée à l'IR ?
Non en principe : reconstituer un bâtiment n'est pas une charge déductible, donc l'indemnité correspondante n'est pas un revenu foncier. Et comme un sinistre n'est pas une cession à titre onéreux, il ne génère pas non plus de plus-value des particuliers (art. 150 U CGI), quel que soit le montant de l'indemnité ; seule une expropriation ferait exception.
Comment calcule-t-on la plus-value de sinistre à l'IS ?
Plus-value = indemnité perçue − valeur nette comptable (valeur brute − amortissements). Exemple : 260 000 € d'indemnité − 180 000 € de VNC = 80 000 € de plus-value imposable à l'IS. Elle se décompose en une part court terme (amortissements repris) et une part long terme (excédent sur la valeur brute).
Comment fonctionne l'étalement de l'article 39 quaterdecies 1 ter ?
La plus-value nette à court terme d'un sinistre (ou d'une expropriation) peut être répartie par parts égales sur la durée moyenne d'amortissement déjà pratiquée sur le bien détruit, plafonnée à 15 ans. C'est un traitement extra-comptable optionnel, demandé sur la liasse fiscale. La part à long terme est imposée au taux normal de l'IS dès l'année du sinistre.
Quelles écritures pour un sinistre destructeur à l'IS ?
D'abord la sortie de l'immobilisation : débit 28 (amortissements) et 657 (VNC), crédit 21 (valeur brute). Puis l'indemnité : débit 462 ou 512, crédit 757 (produit de cession). La plus-value apparaît comme différence entre 757 et 657 au compte de résultat (comptes du PCG 2025, qui remplacent les anciens 675 et 775).
L'indemnité pour perte de loyers est-elle imposable ?
Oui, toujours. C'est un revenu de remplacement : elle remplace des loyers imposables. À l'IR, elle est un revenu foncier ; à l'IS, un produit d'exploitation. Aucun étalement n'est possible pour cette indemnité, contrairement à la plus-value sur immobilisation.
Doit-on payer de la TVA sur l'indemnité ?
Non. Une indemnité d'assurance ne rémunère aucune opération taxable : elle est hors du champ de la TVA. La SCI ne collecte pas de TVA sur l'indemnité, quel que soit son régime de TVA sur les loyers.
Faut-il régulariser la TVA déduite après destruction ?
Non. La destruction dûment justifiée d'un bien dispense de régularisation de la TVA déduite (art. 207 III de l'annexe II au CGI). Contrairement à une cession, un sinistre ne déclenche aucun reversement de TVA, même en cours de délai de régularisation de 20 ans.
Que faire si l'indemnité dépasse le coût des travaux à l'IR ?
La fraction excédentaire (indemnité − travaux réellement engagés) reste imposable en revenu foncier, sans charge en regard. Il est donc important de rapprocher précisément l'indemnité des dépenses justifiées, et de conserver les factures.
Une SCI à l'IR peut-elle subir une plus-value après sinistre ?
Non. Un sinistre n'est pas une cession à titre onéreux : sans acquéreur ni prix de cession, l'indemnité ne déclenche pas de plus-value des particuliers (art. 150 U CGI), quel que soit son montant. La destruction n'est assimilée à une cession que pour les biens inscrits à l'actif d'une entreprise (SCI à l'IS). Seule l'expropriation ferait exception pour une SCI à l'IR.
La distinction court terme / long terme change-t-elle le taux à l'IS ?
Non, pour un immeuble : les deux fractions sont imposées au taux normal de l'IS (15 % ou 25 %). La distinction sert uniquement à déterminer la part étalable : seule la plus-value à court terme (les amortissements repris) bénéficie de l'étalement de l'article 39 quaterdecies 1 ter.
L'étalement à l'IS suppose-t-il un remploi de l'indemnité ?
Non. L'étalement de l'article 39 quaterdecies 1 ter s'applique sur simple option, sans condition de remploi effectif de l'indemnité dans un nouvel investissement. Il suffit de le demander sur la liasse et de réintégrer les fractions les années suivantes.
En cas de sinistre partiel, sort-on tout l'immeuble de l'actif ?
Non. On ne sort que le composant détruit (par exemple la toiture) et ses amortissements propres. L'indemnité qui finance son remplacement immobilisé crée un nouveau composant amortissable. C'est l'intérêt de l'amortissement par composants tenu à l'IS.
Quelle différence entre les comptes 675 et 775 ?
Le 657 « valeurs comptables des immobilisations incorporelles et corporelles cédées » enregistre la sortie du bien à sa VNC (une charge). Le 757 « produits des cessions d'immobilisations incorporelles et corporelles » enregistre l'indemnité (un produit). L'écart entre les deux constitue la plus ou moins-value de l'opération. Ils remplacent les anciens 675 et 775, supprimés par le règlement ANC n° 2022-06 depuis les exercices ouverts au 1er janvier 2025.
Comment SCI-AI gère-t-il une indemnité de sinistre ?
Le logiciel qualifie l'indemnité (réparation, perte de loyers, destruction d'actif), passe les écritures de sortie d'immobilisation et de constatation du produit, calcule la plus-value à l'IS et prépare l'étalement sur la liasse 2033. À l'IR, l'indemnité imposable est reportée au bon poste de la 2072.
Un sinistre à comptabiliser ? Ne vous trompez pas de régime
sci-ai.app qualifie chaque indemnité, passe les bonnes écritures, calcule la plus-value et son étalement, puis génère votre liasse 2033 ou votre déclaration 2072. IR ou IS, en toute conformité.