SCI et aides sociales : l'impact de vos parts sur vos droits (2026)
Détenir des parts de SCI n'est jamais neutre pour le calcul des prestations sociales. C'est l'un des angles morts les plus coûteux de l'investissement immobilier en société. On crée une SCI pour organiser un patrimoine, et l'on découvre deux ans plus tard qu'elle a fait baisser un RSA, réduit une APL, fermé l'accès à l'ASPA, rogné une AAH ou coûté un échelon de bourse. Même quand elle ne distribue pas un centime.
Ce guide reprend chaque prestation une par une : les textes applicables, les mécanismes d'évaluation du patrimoine, les seuils et montants 2026, des exemples chiffrés. Vous n'y trouverez aucune recette d'optimisation. La seule chose utile ici, c'est de connaître la règle assez tôt pour anticiper et déclarer juste.
Rédigé par Quentin Hagnéré, fondateur de sci-ai.app, et vérifié contre les sources officielles (CASF, Code de la sécurité sociale, Code de la construction et de l'habitation, CGI, service-public.fr, ANIL). Mis à jour le 20 juillet 2026.
Sommaire
- Le principe : patrimoine et revenus sont pris en compte
- Les trois canaux par lesquels une SCI entre dans vos ressources
- RSA et prime d'activité : l'effet des parts de SCI
- APL et aides au logement : le seuil de patrimoine de 30 000 €
- ASPA : parts de SCI et récupération sur succession
- Bourses étudiantes et prestations familiales
- AAH et SCI : le régime le plus favorable au patrimoine
- Le cas des parts de SCI non productives de revenus
- Ce qu'il faut déclarer à la CAF, au Crous et à la caisse de retraite
- SCI et allocations : tableau récapitulatif par prestation
- Les erreurs qui coûtent le plus cher
- FAQ
1. Le principe : patrimoine et revenus sont pris en compte
Toutes les prestations sous condition de ressources reposent sur une même idée : ce n'est pas seulement ce que vous encaissez qui compte, c'est ce dont vous disposez. Le législateur a très tôt refusé de traiter de la même façon un demandeur sans rien et un demandeur assis sur un patrimoine dormant, même quand tous deux affichent zéro euro de revenu.
D'où un mécanisme que l'on retrouve d'un texte à l'autre, à peine reformulé : l'évaluation forfaitaire des biens non productifs de revenu. Un bien qui ne rapporte rien est réputé rapporter quelque chose, selon un barème fixé par décret.
Le barème pivot : l'article R132-1 du CASF
L'article R132-1 du Code de l'action sociale et des familles constitue la matrice de tout le système. Pour l'appréciation des ressources des demandeurs d'aide sociale, il pose que les biens non productifs de revenu, à l'exclusion de l'habitation principale du demandeur, sont considérés comme procurant un revenu annuel égal à :
| Nature du bien | Revenu réputé | Assiette |
|---|---|---|
| Immeuble bâti | 50 % | de la valeur locative |
| Terrain non bâti | 80 % | de la valeur locative |
| Capitaux (dont parts sociales) | 3 % | du montant / de la valeur |
Ce barème irrigue directement le RSA (par renvoi de l'article R262-6 du CASF), les aides personnelles au logement (article R822-22 du CCH, avec une franchise propre de 30 000 €) et l'aide sociale départementale. L'ASPA, elle, dispose d'un barème autonome plus sévère, à l'article R815-25 du Code de la sécurité sociale.
À retenir dès maintenant : une SCI ne « sort » aucun bien de votre patrimoine. Elle transforme un immeuble détenu en direct en parts sociales, qui sont un bien mobilier — et qui sont évaluées comme tel. Le raisonnement « ce n'est pas à moi, c'est à la SCI » n'a aucune portée en droit des prestations sociales.
Deux logiques temporelles à ne pas confondre
Autre source de confusion, et pas la moindre : toutes les prestations ne regardent pas la même période.
- Les prestations à base trimestrielle (RSA, prime d'activité) : elles s'appuient sur une déclaration trimestrielle de ressources, complétée par les données fiscales annuelles pour les revenus du patrimoine. L'effet d'une SCI est donc rapide, mais décalé pour la partie foncière.
- Les prestations à base annuelle N-2 (prestations familiales, aides au logement pour partie, AAH, bourses) : elles retiennent les revenus de l'avant-dernière année, tels qu'ils figurent sur l'avis d'imposition. Un résultat foncier élevé en 2024 pèsera donc encore sur vos droits en 2026.
C'est ce décalage qui explique la plupart des mauvaises surprises : une bonne année de SCI se paie deux ans plus tard, souvent au moment où la trésorerie personnelle est la plus tendue.
2. Les trois canaux par lesquels une SCI entre dans vos ressources
Avant d'entrer dans le détail prestation par prestation, posons les trois portes d'entrée. Une même SCI peut jouer sur les trois à la fois — c'est même le cas le plus fréquent.
Canal 1 — La quote-part de résultat (SCI à l'IR)
Une SCI à l'impôt sur le revenu est transparente fiscalement : l'article 8 du CGI impose chaque associé sur sa quote-part de résultat, qu'elle soit distribuée ou non. La SCI dépose une déclaration 2072, chaque associé reporte sa part sur sa déclaration 2044, puis sur la 2042.
Conséquence directe : cette quote-part apparaît dans votre revenu net catégoriel foncier, dans votre revenu brut global et dans votre revenu fiscal de référence. Ce sont les agrégats que retiennent le Crous (bourses) et la CAF pour l'AAH, les prestations familiales et les aides au logement : vous pouvez voir ces aides baisser sans avoir encaissé le moindre euro. Le RSA et la prime d'activité font exception : la quote-part non distribuée n'y est pas comptée comme un revenu — seuls les bénéfices effectivement distribués sont retenus, à défaut un forfait de 3 % de la valeur des parts (Conseil d'État, 26 février 2020, n° 424379 ; voir le chapitre 3).
Canal 2 — Les distributions (SCI à l'IS)
Une SCI à l'impôt sur les sociétés est opaque : le résultat est imposé au niveau de la société, et l'associé n'est imposé que sur les dividendes effectivement votés. Tant que la SCI thésaurise, aucun revenu ne remonte dans votre déclaration personnelle.
L'argument est exact. Il est aussi systématiquement surinterprété, y compris par des conseils. L'IS ne neutralise que le canal « revenus ». Le canal « patrimoine » (canal 3) reste entier, et il suffit à lui seul à faire tomber une APL ou un droit à l'ASPA. Ajoutons que le jour où vous distribuez, le dividende est un revenu de capitaux mobiliers taxé au PFU de 31,4 % en 2026 (12,8 % d'impôt sur le revenu + 18,6 % de prélèvements sociaux), et il entre dans la base ressources des prestations.
Canal 3 — La valeur des parts elles-mêmes
C'est le canal le plus méconnu, et le plus large. Les parts de SCI sont des valeurs mobilières qui figurent dans le patrimoine du foyer. Elles sont donc :
- comptabilisées dans le patrimoine retenu pour les aides au logement au-delà de 30 000 € ;
- évaluées à 3 % de leur valeur pour l'ASPA et l'aide sociale ;
- déclarables sur le formulaire de déclaration de patrimoine de la CAF ;
- intégrées à l'actif net successoral en cas de récupération de l'ASPA ;
- prises en compte, le cas échéant, dans l'assiette de l'IFI pour les foyers concernés.
Point technique souvent ignoré : lorsqu'un bien produit déjà un revenu réel pris en compte pour l'impôt sur le revenu, il n'est pas en plus forfaitisé — le double comptage est écarté. Autrement dit, si votre quote-part de résultat foncier est déjà intégrée à votre base ressources, la valeur du même immeuble n'est pas réévaluée forfaitairement par-dessus. Le forfait vise les biens dormants.
3. RSA et prime d'activité : l'effet des parts de SCI
Les montants 2026
Le montant forfaitaire du RSA a été revalorisé de 0,8 % au 1er avril 2026 (décret n° 2026-220 du 30 mars 2026). Le montant forfaitaire de la prime d'activité a été fixé à la même date par le décret n° 2026-222.
| Prestation | Montant forfaitaire mensuel (au 1er avril 2026) |
|---|---|
| RSA — personne seule | 651,69 € |
| RSA — couple sans enfant | 977,54 € |
| Prime d'activité — montant forfaitaire | 638,28 € |
Le RSA est une allocation différentielle : elle comble l'écart entre les ressources du foyer et le montant forfaitaire applicable. Tout euro de ressource supplémentaire — réel ou réputé — se traduit donc par un euro de RSA en moins, jusqu'à extinction du droit.
La base ressources : l'article R262-6 du CASF
Le texte a été rédigé large, et volontairement. Sont prises en compte « l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer », et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. L'article renvoie ensuite expressément à l'article R132-1 du CASF pour l'évaluation des biens non productifs de revenu.
Concrètement, pour un allocataire du RSA associé d'une SCI :
- SCI à l'IR qui loue : la quote-part de résultat foncier, à hauteur de la part détenue dans le capital social, n'est une ressource que si elle est effectivement distribuée. À défaut de distribution, le Conseil d'État (26 février 2020, n° 424379) écarte cette quote-part pour le RSA et ne retient que la valeur des parts, évaluée forfaitairement à 3 % (art. R132-1 du CASF).
- SCI à l'IR qui ne loue pas (bien vacant, bien occupé par un associé, terrain nu) : il n'y a pas de revenu réel, donc le forfait de l'article R132-1 s'applique — 50 % de la valeur locative de l'immeuble bâti, 80 % pour un terrain non bâti.
- SCI à l'IS qui thésaurise : aucun revenu catégoriel, mais des parts sociales évaluées à 3 % de leur valeur au titre des capitaux.
Il n'existe aucune franchise de 30 000 € pour le RSA. C'est une confusion très répandue, importée des aides au logement. Pour le RSA, seule l'habitation principale du demandeur est mise hors champ.
Exemple chiffré 1 — SCI à l'IR, bien loué
Situation
Claire, seule, sans emploi, détient 50 % des parts d'une SCI familiale à l'IR. La SCI encaisse 14 400 € de loyers annuels, supporte 3 200 € de charges déductibles et 4 800 € d'intérêts d'emprunt. Résultat foncier : 6 400 €, que la SCI distribue chaque année à ses associés.
Effet sur le RSA
Quote-part de Claire : 6 400 € x 50 % = 3 200 € par an, effectivement distribués, soit environ 266 € par mois de ressources.
Montant forfaitaire : 651,69 €. Si Claire est propriétaire, logée gratuitement ou bénéficiaire d'une aide au logement, le forfait logement de l'article R262-9 du CASF s'applique : 12 % du montant forfaitaire pour une personne seule, soit 78,20 €. RSA versé : 651,69 - 78,20 - 266 = environ 307 € par mois (environ 385 € si le forfait logement ne s'applique pas).
Perte annuelle : environ 3 200 €. Point clé : ce calcul suppose que le résultat est effectivement distribué à Claire. Si la SCI conservait cette trésorerie pour rembourser l'emprunt (aucune distribution), cette quote-part ne serait pas retenue pour le RSA — le Conseil d'État l'a jugé (26 février 2020, n° 424379) : seule la valeur des parts serait alors évaluée au forfait de 3 % (voir l'exemple 2 et le chapitre 3).
Exemple chiffré 2 — SCI à l'IS qui ne distribue pas
Situation
Même Claire, mais la SCI est à l'IS et ne distribue aucun dividende. Ses parts sont valorisées 90 000 € (valeur de l'immeuble nette de la dette, à hauteur de sa quote-part).
Effet sur le RSA
Aucun revenu catégoriel. En revanche, en l'absence de revenu réel, l'évaluation forfaitaire s'applique : 90 000 € x 3 % = 2 700 € par an, soit 225 € par mois.
RSA versé, forfait logement de 78,20 € déduit (art. R262-9 du CASF) : 651,69 - 78,20 - 225 = environ 348 € par mois (environ 427 € si le forfait logement ne s'applique pas).
Pour le RSA, le régime fiscal est neutre : le Conseil d'État juge que les bénéfices non distribués d'une SCI ne sont pas une ressource, et qu'à défaut de distribution les parts s'évaluent au forfait de 3 % de leur valeur (CE, 26 février 2020, n° 424379). À l'IR comme à l'IS, une SCI qui ne distribue rien aboutit donc au même calcul — 2 700 € par an ici ; seule compte la valeur des parts. L'IS ne se distingue que sur les prestations assises sur le revenu fiscal — AAH, bourses, prestations familiales — qu'il neutralise, là où une SCI à l'IR bénéficiaire les fait grimper.
La prime d'activité
La prime d'activité obéit à la même philosophie : l'article L842-4 du Code de la sécurité sociale retient l'ensemble des ressources du foyer, et les articles R844-1 et suivants précisent les revenus professionnels et de remplacement. Les revenus du patrimoine sont intégrés à la base ressources, mais la quote-part d'une SCI à l'IR non distribuée suit la même règle que pour le RSA : le Conseil d'État (26 février 2020, n° 424379) ne la compte pas comme ressource ; à défaut de distribution, seule la valeur des parts est retenue, au forfait de 3 %.
Un détail pratique qui piège beaucoup de monde : les revenus fonciers ne se déclarent pas dans la déclaration trimestrielle de ressources. La CAF les récupère automatiquement depuis votre déclaration de revenus. Les saisir quand même dans le formulaire trimestriel — réflexe compréhensible, on veut bien faire — crée un double comptage, une baisse injustifiée, puis plusieurs semaines de réclamation pour rétablir le droit.
Connaître sa quote-part avant que la CAF ne la connaisse
sci-ai.app calcule automatiquement le résultat de votre SCI et la quote-part de chaque associé, avant la déclaration. Vous savez donc exactement quel montant remontera dans votre revenu fiscal — et vous pouvez anticiper l'effet sur vos droits.
4. APL et aides au logement : le seuil de patrimoine de 30 000 €
Les aides personnelles au logement (APL, ALF, ALS) sont, avec l'ASPA, la prestation où la détention de parts de SCI se voit le plus vite. Depuis le 1er octobre 2016 (décret n° 2016-1385), le patrimoine est intégré à l'évaluation des ressources.
Le mécanisme
L'article L822-5 du Code de la construction et de l'habitation pose le principe : les aides personnelles au logement tiennent compte des ressources du demandeur et de la valeur en capital de son patrimoine, lorsque cette valeur excède un montant fixé par voie réglementaire. L'article R822-22 du même code fixe ce montant à 30 000 €.
Au-delà, ce même article R822-22 ajoute à la base ressources un revenu estimé, selon un barème identique à celui de l'article R132-1 du CASF :
- 3 % du montant des capitaux : livrets non réglementés, comptes-titres, assurance-vie, parts sociales ;
- 50 % de la valeur locative des immeubles bâtis ;
- 80 % de la valeur locative des terrains non bâtis.
Ce qui est exclu
| Élément | Pris en compte ? |
|---|---|
| Résidence principale du demandeur | Non |
| Biens à usage professionnel | Non |
| Biens produisant déjà un revenu imposé (loyers déclarés) | Non forfaitisés (déjà comptés en revenus) |
| Parts de SCI | Oui (patrimoine mobilier) |
| Immeuble locatif détenu en direct | Oui (revenus fonciers réels) |
| Foyer percevant l'AAH ou l'AEEH | Patrimoine écarté (art. L822-5 CCH) |
La dérogation en faveur des bénéficiaires de l'AAH et de l'AEEH est expresse dans l'article L822-5 du CCH : la valeur en capital du patrimoine de l'ensemble du foyer n'est alors pas prise en compte. Le même article écarte le patrimoine pour le demandeur hébergé en établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes ou en résidence autonomie.
Exemple chiffré 3 — le franchissement du seuil
Situation
Yanis, étudiant salarié, locataire, perçoit une APL. Ses parents lui ont donné 20 % des parts d'une SCI familiale à l'IS, valorisées 70 000 €. La SCI ne distribue rien. Il détient par ailleurs 4 000 € d'épargne.
Calcul
Patrimoine retenu : 70 000 + 4 000 = 74 000 € > 30 000 €. Le mécanisme s'enclenche.
Revenu estimé ajouté : 74 000 € x 3 % = 2 220 € par an, soit 185 € par mois de ressources supplémentaires dans le calcul de l'aide.
Selon le barème et la zone, cela peut représenter plusieurs dizaines d'euros d'APL en moins chaque mois — pour un patrimoine dont Yanis ne tire strictement aucune trésorerie.
Le piège de la donation de parts aux enfants. Transmettre tôt des parts de SCI à ses enfants est une stratégie classique de donation de parts, fiscalement efficace. Mais si l'enfant est étudiant et perçoit une APL, ou s'il est allocataire du RSA, la donation lui crée un patrimoine qui réduit ses droits. Ce paramètre doit être intégré au calendrier de la transmission — pas découvert après coup.
5. ASPA : parts de SCI et récupération sur succession
L'allocation de solidarité aux personnes âgées est la prestation où une SCI a l'effet le plus radical, pour deux raisons : le barème d'évaluation du patrimoine y est autonome et plus large, et l'allocation est récupérable sur la succession.
Les montants et plafonds 2026
| Situation | Montant maximum mensuel | Plafond de ressources annuel |
|---|---|---|
| Personne seule | 1 043,59 € | 12 523,14 € |
| Couple | 1 620,18 € | 19 442,21 € |
L'ASPA est différentielle : elle comble l'écart entre vos ressources et le plafond. Si vos ressources — réelles ou réputées — atteignent le plafond, le droit s'éteint entièrement.
Le barème patrimonial de l'article R815-25 du CSS
Ici, le filet est nettement plus serré qu'ailleurs. L'article R815-25 du Code de la sécurité sociale prévoit que les biens mobiliers et immobiliers actuels du demandeur sont réputés lui procurer un revenu évalué à 3 % de leur valeur vénale, fixée à la date de la demande, à l'exception des biens visés aux 1° et 2° de l'article R815-22 du même code (local d'habitation occupé par le demandeur et son conjoint, concubin ou partenaire de PACS, bâtiments de l'exploitation agricole). Et le texte va plus loin :
Particularité de l'ASPA : contrairement au RSA et aux aides au logement, la caisse ne retient pas les loyers réellement encaissés ; elle applique le forfait de 3 % à la valeur vénale des biens (ou des parts), qu'ils soient loués ou non. Il n'y a donc jamais de cumul entre le loyer réel et le forfait. Point de vigilance propre à la SCI : si la SCI détient le logement occupé par le demandeur, l'exclusion de l'article R815-22 ne joue pas mécaniquement, puisque le demandeur détient des parts sociales et non l'immeuble — c'est un point à faire arbitrer par la caisse au vu du dossier.
- Biens donnés aux descendants dans les 5 ans précédant la demande : réputés procurer un revenu de 3 % de leur valeur vénale ;
- Biens donnés aux descendants entre 5 et 10 ans avant la demande : taux ramené à 1,5 % ;
- Biens donnés à des tiers dans les 10 ans : le donateur est réputé percevoir une rente viagère du donataire, calculée selon des tables réglementaires.
Traduction : donner ses parts de SCI à ses enfants pour ouvrir droit à l'ASPA ne fonctionne pas tant que dix ans ne se sont pas écoulés. La manœuvre est vieille comme le dispositif, et le texte l'a désamorcée depuis longtemps.
Exemple chiffré 4 — l'extinction du droit
Situation
Michel, 68 ans, retraité, perçoit 780 € de pension par mois (9 360 € par an). Il détient 100 % des parts d'une SCI qui possède un studio non loué, valorisé 150 000 €.
Calcul
Revenu réputé du patrimoine : 150 000 € x 3 % = 4 500 € par an.
Ressources totales retenues : 9 360 + 4 500 = 13 860 €, supérieures au plafond de 12 523,14 €.
Résultat : aucun droit à l'ASPA, alors que Michel vit avec 780 € par mois. Le studio, s'il était loué, rapporterait probablement davantage : la logique du texte est de considérer que ce patrimoine doit être mobilisé avant la solidarité nationale.
La récupération sur succession : le vrai choc
Contrairement au RSA, à l'AAH ou aux aides au logement, l'ASPA est récupérable sur la succession du bénéficiaire. En 2026 :
| Paramètre | Montant 2026 |
|---|---|
| Seuil d'actif net successoral — métropole | 108 586,14 € |
| Seuil — Guadeloupe, Guyane, Martinique, La Réunion | 150 000 € |
| Plafond annuel de récupération — personne seule | 8 463,42 € |
| Plafond annuel de récupération — couple | 11 322,77 € |
La récupération ne se déclenche que si l'actif net successoral franchit le seuil. Or les parts de SCI font partie de cet actif net, pour leur valeur au jour du décès. Et 108 586,14 €, en immobilier, ce n'est pas un patrimoine confortable : un deux-pièces en province suffit à faire basculer la succession.
Le scénario classique. Un parent perçoit l'ASPA pendant douze ans. Au décès, les héritiers découvrent que la SCI familiale porte l'actif successoral au-dessus du seuil. La caisse réclame le remboursement des sommes versées, dans la limite des plafonds annuels. Les héritiers, qui n'ont hérité que de parts illiquides, doivent trouver la trésorerie — ou vendre. Ce point doit être posé avant de demander l'ASPA, pas après, et intégré à la réflexion sur le décès d'un associé de SCI.
6. Bourses étudiantes et prestations familiales
Les prestations familiales
Complément familial, allocation de rentrée scolaire, allocations familiales modulées, prestations de la PAJE : toutes reposent sur une base ressources définie à l'article R532-3 du Code de la sécurité sociale. Les ressources retenues sont le total des revenus nets catégoriels retenus pour l'établissement de l'impôt sur le revenu, de l'année civile de référence, c'est-à-dire l'avant-dernière année précédant la période de paiement.
Ce que cela donne pour un associé de SCI :
- SCI à l'IR : la quote-part de résultat foncier est un revenu net catégoriel. Elle entre donc directement dans la base ressources des prestations familiales, deux ans plus tard.
- SCI à l'IS sans distribution : rien n'entre dans le revenu catégoriel. Les prestations familiales sont l'un des rares blocs où l'opacité de l'IS produit un effet réel, car il n'y a pas ici de forfaitisation du patrimoine comparable à celle des aides au logement.
- Déficit foncier : le revenu catégoriel foncier peut être négatif et réduire la base ressources, dans les limites d'imputation de droit commun.
Les bourses sur critères sociaux
La bourse du Crous est calculée à partir de deux paramètres : le revenu brut global du foyer fiscal des parents et le nombre de points de charge (éloignement du domicile, frères et sœurs à charge, frères et sœurs également étudiants dans l'enseignement supérieur, situations particulières).
Pour l'année universitaire 2026-2027, les revenus retenus sont ceux de 2024, tels qu'ils figurent à la ligne « revenu brut global » de l'avis fiscal de 2025. Le barème croise ce revenu avec les points de charge pour déterminer l'échelon, de l'échelon 0 bis à l'échelon 7. Les montants annuels s'échelonnent d'environ 1 454 € à 6 335 €, avec un maximum porté à environ 7 602 € en cas de maintien de la bourse pendant l'été. Le plafond de ressources le plus élevé du barème 2026-2027 est de 101 347 €, mais il ne s'applique qu'aux situations cumulant le plus grand nombre de points de charge.
Le point décisif tient en une ligne : le revenu brut global intègre le revenu foncier net. Une SCI à l'IR bénéficiaire fait donc monter mécaniquement le revenu de référence des parents, et peut coûter un échelon — parfois le droit à bourse tout court. La distribution effective, une fois de plus, n'entre pas dans l'équation.
Exemple chiffré 5 — la perte d'échelon
Situation
Les parents de Léa déclarent 34 000 € de salaires en 2024. Ils détiennent 100 % d'une SCI à l'IR dont le résultat foncier 2024 est de 7 500 €, intégralement conservé sur le compte de la SCI pour financer des travaux.
Calcul
Revenu brut global retenu par le Crous : 34 000 + 7 500 = 41 500 € au lieu de 34 000 €.
Selon les points de charge de Léa, ce saut de 7 500 € peut la faire descendre d'un à deux échelons, soit plusieurs centaines d'euros de bourse en moins sur l'année — plus, le cas échéant, la perte des droits connexes attachés au statut de boursier.
C'est l'une des raisons pour lesquelles l'arbitrage entre l'IR et l'IS ne peut pas se réduire à une comparaison de taux d'imposition. Dans un foyer avec des enfants étudiants, l'effet sur les bourses peut peser autant que l'impôt lui-même.
7. AAH et SCI : le régime le plus favorable au patrimoine
L'allocation aux adultes handicapés obéit à une logique différente : elle prend en compte les revenus, mais pas la valeur du patrimoine. Il n'y a pas d'équivalent du forfait de 3 % applicable à l'ASPA ou aux aides au logement.
Les paramètres 2026
| Paramètre | Valeur 2026 |
|---|---|
| Montant maximum mensuel (depuis le 1er avril 2026) | 1 041,59 € |
| Plafond de ressources annuel — personne seule sans enfant | environ 12 499 € |
| Majoration par enfant à charge | environ 6 250 € |
| Prise en compte des revenus du conjoint | Non (déconjugalisation depuis le 1er octobre 2023) |
Le traitement des revenus fonciers
L'AAH est calculée à partir des revenus nets catégoriels figurant sur l'avis d'imposition. Les revenus fonciers y sont retenus intégralement, sans le mécanisme d'abattement spécifique dont bénéficient certains revenus d'activité. Une quote-part de résultat de SCI à l'IR pèse donc à plein sur le droit à l'AAH.
En pratique, deux situations très différentes :
- Pour un bénéficiaire de l'AAH associé d'une SCI à l'IR, chaque euro de résultat foncier réduit l'allocation. Un résultat foncier annuel de 12 500 € suffit, à lui seul, à éteindre le droit d'une personne seule sans enfant.
- Pour un bénéficiaire de l'AAH associé d'une SCI à l'IS qui ne distribue pas, l'effet est nul sur l'AAH — et, par ricochet, la dérogation de l'article L822-5 du CCH neutralise aussi la prise en compte du patrimoine pour l'aide au logement.
Cas fréquent : une famille loge un proche en situation de handicap dans un bien détenu par la SCI familiale. Cette configuration croise plusieurs sujets — location à un associé, logement d'un enfant ou d'un parent et droit à l'aide au logement du locataire. La règle est ici très ferme : l'article L822-3 du CCH exclut l'aide personnelle au logement lorsque le locataire, son conjoint ou l'un de ses ascendants ou descendants détient une part de la propriété ou de l'usufruit du logement, y compris par l'intermédiaire de parts de société, quelles qu'en soient la forme et la nature. Seule exception, prévue par l'article R822-1 du CCH : l'aide reste possible si le total de ces parts de propriété et d'usufruit reste inférieur à 10 %. Loger son enfant dans un logement détenu par la SCI familiale lui fait donc perdre l'APL dans la quasi-totalité des cas : à vérifier avant de signer le bail.
8. Le cas des parts de SCI non productives de revenus
« Ma SCI ne me verse rien, pourquoi mes aides baissent-elles ? » — c'est, de loin, la question qui revient le plus souvent. La réponse dépend de quatre configurations, aux effets radicalement différents.
Configuration A — SCI à l'IR, résultat bénéficiaire non distribué
C'est la configuration la plus piégeuse — mais pas pour toutes les prestations. La transparence de l'article 8 du CGI rend l'associé imposable sur sa quote-part même sans distribution : la mise en réserve n'est pas opposable à l'administration fiscale en régime de transparence. Ce revenu fiscal existe donc, et il pèse à plein sur les prestations calculées d'après l'avis d'imposition — AAH, bourses, prestations familiales. En revanche, pour le RSA et la prime d'activité, le Conseil d'État (26 février 2020, n° 424379) juge que les bénéfices non distribués d'une SCI ne sont pas une ressource : à défaut de distribution, seules les parts sont évaluées, à 3 % de leur valeur.
C'est aussi le quotidien de toute SCI qui rembourse un emprunt. Le capital remboursé n'est pas déductible : d'où le décalage classique entre un résultat fiscal positif et une trésorerie nulle. L'associé paie de l'impôt et perd des aides sur un revenu qu'il n'a jamais eu entre les mains.
Configuration B — SCI à l'IS, résultat non distribué
Pas de revenu catégoriel, donc pas d'effet sur les prestations familiales, les bourses ou l'AAH. Mais les parts restent du patrimoine : effet plein sur les aides au logement au-delà de 30 000 €, sur l'ASPA (3 % de la valeur vénale) et sur l'évaluation forfaitaire du RSA.
Configuration C — SCI dont le bien est vacant ou occupé gratuitement
Aucun loyer, donc aucun revenu réel. C'est l'hypothèse visée par l'article R132-1 du CASF : un bien non productif de revenu se voit affecter un revenu réputé de 50 % de sa valeur locative (immeuble bâti) ou 80 % (terrain non bâti). Attention toutefois à la portée exacte de ce forfait : il vise l'immeuble détenu en direct, hors habitation principale du demandeur, que l'article R132-1 exclut expressément. L'associé de SCI, lui, ne détient pas l'immeuble mais des parts sociales, qui relèvent en principe de la catégorie « capitaux », forfaitisée à 3 %.
Un point important pour les SCI familiales qui logent gratuitement un associé : l'absence de loyer n'améliore pas la situation sociale du bénéficiaire de l'aide. L'occupation gratuite déclenche le forfait logement de l'article R262-9 du CASF — 12 %, 16 % ou 16,5 % du montant forfaitaire du RSA selon la composition du foyer — qui vient en diminution de l'allocation.
Configuration D — SCI déficitaire
Un déficit foncier réduit le revenu catégoriel foncier, donc la base ressources des prestations assises sur le revenu. Rappel des limites 2026 : l'imputation sur le revenu global est plafonnée à 10 700 € par an, portée à 21 400 € pour les travaux de rénovation énergétique faisant sortir un logement du statut de passoire (classes E, F ou G vers A, B, C ou D), dispositif prorogé jusqu'au 31 décembre 2027. Le surplus reste reportable sur les revenus fonciers des dix années suivantes.
Mais un déficit ne fait pas disparaître un immeuble : pour l'ASPA, pour l'aide au logement et pour l'évaluation forfaitaire du RSA, la valeur du bien ou des parts continue de compter. Voir aussi notre guide sur la SCI déficitaire.
| Configuration | Effet « revenus » | Effet « patrimoine » |
|---|---|---|
| A — IR, bénéfice non distribué | Nul pour le RSA et la prime d'activité (CE 2020) ; plein pour les aides sur revenu fiscal (quote-part imposable) | 3 % des parts (RSA) |
| B — IS, pas de distribution | Nul | Plein (3 % des parts) |
| C — Bien vacant ou occupé gratuitement | Nul, mais forfait logement RSA (R262-9 CASF) | Parts évaluées à 3 % (50 % / 80 % de la valeur locative si détention en direct) |
| D — SCI déficitaire | Réducteur (dans les plafonds) | Inchangé |
9. Ce qu'il faut déclarer à la CAF, au Crous et à la caisse de retraite
Tout se déclare. Les organismes sociaux croisent leurs fichiers avec ceux de l'administration fiscale, et une part de SCI laisse des traces partout : déclaration 2072, quote-part sur la 2044, registre des bénéficiaires effectifs, actes notariés en cas d'apport ou de cession. L'idée de « passer entre les mailles » ne tient pas dix minutes face à un contrôle de ressources.
À la CAF ou à la MSA
| Élément | Support | Fréquence |
|---|---|---|
| Valeur des parts de SCI | Déclaration de patrimoine | À l'ouverture du droit et à chaque changement |
| Immeubles détenus (hors résidence principale) | Déclaration de patrimoine | Idem |
| Revenus fonciers / quote-part SCI IR | Transmis par l'administration fiscale | Annuel (via la 2042) |
| Dividendes d'une SCI à l'IS | Transmis par l'administration fiscale | Annuel |
| Salaires et revenus d'activité | Déclaration trimestrielle (RSA / prime d'activité) | Trimestriel |
Erreur classique à éviter : reporter les revenus fonciers dans la déclaration trimestrielle du RSA ou de la prime d'activité. Ils sont déjà récupérés automatiquement via les données fiscales. Les saisir une seconde fois provoque un double comptage.
À la caisse de retraite (ASPA)
Le dossier ASPA comporte une déclaration de ressources et de biens spécifique, qui doit mentionner l'ensemble des biens mobiliers et immobiliers ainsi que les donations consenties dans les dix dernières années. Une donation de parts de SCI omise sera retrouvée : les actes de donation sont enregistrés, et la caisse peut interroger le fichier immobilier.
Au Crous
Le dossier social étudiant repose sur l'avis fiscal des parents. Aucune déclaration séparée de patrimoine n'est demandée : c'est le revenu brut global qui fait foi. La rigueur de la déclaration 2072 devient donc, indirectement, un enjeu pour les droits de l'étudiant.
Le risque en cas d'omission
- Récupération de l'indu : les sommes indûment versées sont réclamées, avec des retenues sur les prestations à venir.
- Pénalité administrative : l'article L114-17 du Code de la sécurité sociale permet aux organismes de prononcer une pénalité en cas d'inexactitude ou d'omission dans les déclarations.
- Suspension du droit et, dans les cas les plus graves, poursuites pour fraude.
Une mise en garde nette. Ce guide n'a pas vocation à décrire des montages destinés à faire disparaître un patrimoine des radars sociaux. Apporter un bien à une SCI pour paraître insolvable est doublement dangereux : la valeur se retrouve dans les parts, qui sont évaluées ; et un apport destiné à faire échec aux droits d'un créancier relève de l'action paulienne de l'article 1341-2 du Code civil. Une SCI se crée pour organiser une détention et une transmission — voir notre guide sur les avantages et inconvénients de la SCI.
10. SCI et allocations : tableau récapitulatif par prestation
| Prestation | Revenus fonciers (SCI IR) | Valeur des parts | Texte de référence |
|---|---|---|---|
| RSA | Seulement si distribués (CE 26/02/2020, n° 424379) | Oui, forfait 3 % de la valeur des parts, sans franchise | R262-6, R132-1 CASF ; CE n° 424379 |
| Prime d'activité | Seulement si distribués (même logique que le RSA) | Oui, valeur des parts à 3 % | L842-4 et R844-1 s. CSS ; R132-1 CASF |
| APL / ALF / ALS | Oui | Oui, au-delà de 30 000 € | L822-5 CCH, R822-22 CCH |
| ASPA | Non — remplacés par le forfait | Oui, forfait unique de 3 % de la valeur vénale (+ donations aux descendants : 3 % à moins de 5 ans, 1,5 % entre 5 et 10 ans) | R815-25 CSS |
| AAH | Oui, intégralement | Non | L821-3 et R821-4 CSS |
| Prestations familiales | Oui (revenu net catégoriel N-2) | Non | R532-3 CSS |
| Bourse sur critères sociaux | Oui (revenu brut global N-2) | Non | Circulaire annuelle bourses |
Lecture du tableau. Deux blocs se dégagent, et la frontière est nette. Les prestations de solidarité au sens strict — RSA, aides au logement, ASPA — regardent le patrimoine. Les prestations familiales, les bourses et l'AAH regardent le revenu. Conséquence : une SCI à l'IS qui thésaurise est neutre sur le second bloc, jamais sur le premier ; une SCI à l'IR bénéficiaire pèse sur les deux. C'est ce croisement, plus que le taux d'impôt, qui devrait guider le choix de régime dans un foyer allocataire.
11. Les erreurs qui coûtent le plus cher
Erreur 1 — Croire que la SCI « sort » le bien du patrimoine
La SCI a une personnalité morale distincte, mais l'associé détient des parts, qui sont un bien. Aucun texte social ne s'arrête à la personnalité morale : le patrimoine du foyer inclut les parts sociales. C'est même explicite dans les formulaires de déclaration de patrimoine de la CAF.
Erreur 2 — Confondre trésorerie et revenu imposable
À l'IR, l'associé est imposé sur sa quote-part de résultat, remboursement de capital d'emprunt non déductible compris. La SCI peut n'avoir aucune trésorerie disponible et l'associé afficher pourtant plusieurs milliers d'euros de revenu foncier. Pour les prestations calculées sur le revenu fiscal (AAH, bourses, prestations familiales, aides au logement), les organismes raisonnent alors sur ce revenu déclaré, pas sur ce que vous avez sur votre compte. Le RSA et la prime d'activité font l'exception inverse : à défaut de distribution, cette quote-part n'est pas retenue (Conseil d'État, 26 février 2020, n° 424379) — seule la valeur des parts compte.
Erreur 3 — Appliquer le seuil de 30 000 € au RSA
Ce seuil n'existe que pour les aides personnelles au logement. Pour le RSA, l'évaluation forfaitaire de l'article R132-1 du CASF joue dès le premier euro, hors résidence principale.
Erreur 4 — Donner ses parts « juste avant » de demander l'ASPA
L'article R815-25 du CSS neutralise la manœuvre : 3 % de la valeur vénale des biens donnés aux descendants dans les cinq ans, 1,5 % entre cinq et dix ans, et rente viagère réputée pour les donations à des tiers dans les dix ans. Il faut donc raisonner sur une horloge de dix ans, ce qui n'a de sens que dans une stratégie de transmission construite très en amont, pas dans l'urgence.
Erreur 5 — Oublier la récupération sur succession
Le mécanisme le plus lourd financièrement, et celui que les familles découvrent au notaire. Dès lors que la SCI porte l'actif net successoral au-delà de 108 586,14 € en 2026, la caisse récupère l'ASPA versée, dans la limite de 8 463,42 € par an pour une personne seule. Sur douze ans d'allocation, la note se compte en dizaines de milliers d'euros.
Erreur 6 — Loger gratuitement un allocataire dans un bien de la SCI
L'occupation gratuite déclenche le forfait logement de l'article R262-9 du CASF (12 %, 16 % ou 16,5 % du montant forfaitaire du RSA selon la taille du foyer), déduit de l'allocation. Côté patrimoine, l'associé détient des parts : ce sont elles qui sont évaluées, en principe au titre des capitaux (3 %), et non l'immeuble à 50 % de sa valeur locative — ce dernier forfait vise l'immeuble détenu en direct et non productif de revenu, hors habitation principale du demandeur. Et côté SCI, la mise à disposition gratuite prive la société de recettes tout en limitant la déductibilité des charges afférentes au logement occupé.
Erreur 7 — Ne pas anticiper le décalage de deux ans
Prestations familiales, AAH, bourses : la base, c'est l'avant-dernière année. Une année exceptionnelle de la SCI — régularisation de charges, fin d'un déficit reportable, vente d'un bien — se paie deux ans plus tard. Personne ne la voit venir, parce qu'entre-temps la SCI est revenue à son rythme normal.
Erreur 8 — Une comptabilité approximative
Un résultat foncier mal calculé, des charges déductibles oubliées, un déficit mal reporté : chaque erreur se propage de la 2072 à la 2044, puis à la 2042, puis à la base ressources de vos aides. Une comptabilité de SCI rigoureuse n'est pas seulement une obligation fiscale, c'est ce qui détermine le chiffre que la CAF, le Crous ou la caisse de retraite retiendront.
12. FAQ — SCI et aides sociales
Une SCI peut-elle faire perdre le RSA à un associé qui n'encaisse rien ?
Oui, mais par un seul canal : la valeur des parts. Contrairement à une idée répandue, la quote-part de résultat d'une SCI à l'IR non distribuée n'est pas comptée comme ressource pour le RSA — le Conseil d'État l'a jugé (26 février 2020, n° 424379). À l'IR comme à l'IS, tant que rien n'est distribué, seules les parts sont évaluées forfaitairement à 3 % de leur valeur (art. L132-1 et R132-1 du CASF, sur renvoi de l'article R262-6). Ce qui fait perdre le RSA, c'est donc la valeur des parts, pas le résultat fiscal. La seule situation vraiment neutre est celle d'une SCI dont les parts n'ont quasiment aucune valeur, par exemple parce que la dette bancaire absorbe la valeur du bien. En revanche, pour l'AAH, les bourses ou les prestations familiales, calculées sur le revenu fiscal, cette même quote-part compte, distribuée ou non.
Comment la CAF valorise-t-elle des parts de SCI ?
Il n'existe pas de méthode réglementaire unique. En pratique, la valeur retenue est la valeur vénale des parts, c'est-à-dire la quote-part d'actif net de la SCI : valeur de marché des immeubles diminuée des dettes (emprunts, comptes courants d'associés), multipliée par le pourcentage de parts détenues. Une comptabilité à jour et un bilan clair sont donc votre meilleur argument en cas de discussion.
L'emprunt de la SCI réduit-il la valeur retenue ?
Oui, dès lors que la valorisation se fait en net. Un immeuble de 250 000 € financé par un emprunt dont il reste 210 000 € à rembourser donne une valeur de parts d'environ 40 000 €, et non 250 000 €. C'est un point à documenter précisément : tableau d'amortissement de l'emprunt, dernier bilan, estimation du bien. Voir aussi notre guide sur le compte courant d'associé, qui vient également en diminution de l'actif net.
Le démembrement des parts change-t-il quelque chose ?
Oui. En cas de démembrement, c'est l'usufruitier qui perçoit les revenus et qui est en principe imposé sur le résultat courant : c'est donc lui qui voit ses aides affectées côté revenus. Le nu-propriétaire détient un bien dont la valeur est réduite par l'usufruit, mais qui reste un élément de patrimoine déclarable. Attention : pour l'ASPA, la donation de la nue-propriété aux descendants reste visée par la règle des dix ans de l'article R815-25 du CSS.
Vendre le bien de la SCI règle-t-il le problème ?
Pas vraiment : la valeur se transforme en trésorerie, qui est un capital évalué à 3 % et qui, pour les aides au logement, entre dans le patrimoine dès le premier euro au-delà de 30 000 €. S'ajoute l'imposition de la plus-value, qui peut créer un pic de revenu affectant vos droits deux ans plus tard.
Un gérant de SCI non associé est-il concerné ?
S'il n'est pas associé et ne perçoit aucune rémunération, il n'a ni revenu ni patrimoine à déclarer au titre de la SCI. S'il perçoit une rémunération de gérance, celle-ci est un revenu à déclarer, y compris dans la déclaration trimestrielle du RSA ou de la prime d'activité.
Faut-il renoncer à créer une SCI si l'on perçoit des aides ?
Non, mais il faut chiffrer. Une SCI reste le bon outil pour détenir un bien à plusieurs et organiser une transmission. La bonne démarche consiste à simuler l'effet du résultat foncier prévisionnel et de la valeur des parts sur chaque prestation perçue par le foyer, puis à arbitrer entre le régime IR et le régime IS en connaissance de cause. C'est exactement le type de sujet à passer en revue lors d'un rendez-vous.
Valorisez vos parts et anticipez l'effet sur vos droits
sci-ai.app tient la comptabilité de votre SCI, calcule le résultat et la quote-part exacte de chaque associé, produit la 2072 ou la liasse 2033 et suit la valeur nette de vos parts année après année. Vous savez précisément ce qui remontera dans votre revenu fiscal — et donc dans votre base ressources.
Contenu pédagogique à jour au 20 juillet 2026, établi à partir des textes en vigueur (CASF, Code de la sécurité sociale, Code de la construction et de l'habitation, CGI) et des barèmes publiés sur service-public.fr. Les montants des prestations sont revalorisés chaque année : vérifiez la valeur applicable à votre date de demande. Ce guide ne remplace pas un conseil personnalisé tenant compte de votre situation familiale, patrimoniale et sociale.
Pour aller plus loin