Hypothèque sur un bien détenu en SCI : 1 114 € ou 2 805 €, le devis ligne par ligne
L'hypothèque est le droit que la banque prend sur l'immeuble de la société civile immobilière — pas sur vous. Sur un prêt de 240 000 €, les deux garanties possibles ne coûtent pas le même prix : 1 114 € pour l'hypothèque légale spéciale du prêteur de deniers, 2 805 € pour l'hypothèque conventionnelle. L'écart, 1 691 €, ne vient pas des honoraires du notaire, identiques dans les deux cas, mais d'une seule taxe. Ce guide décompose les deux devis, dit qui a le pouvoir de signer et quand la mainlevée ne coûte rien.
Cette page commence après l'accord de la banque. Si vous en êtes encore au dossier, aux taux ou à un refus, lisez d'abord notre guide obtenir un prêt bancaire en SCI en 2026.
Rédigé par Quentin Hagnéré, fondateur de sci-ai.app. Chaque montant a été recalculé sur le tarif applicable (Code civil, Code de commerce, CGI). Mis à jour le 31 août 2026.
Sommaire
- Ce qu'une hypothèque donne à la banque
- Vos deux options, et pourquoi le mot « privilège » est mort en 2022
- Le tableau au centime : 240 000 € garantis
- Frais d'hypothèque : le devis à contester
- Ce que le prêteur de deniers ne peut pas garantir
- Qui peut hypothéquer l'immeuble de la SCI
- Hypothéquer pour la dette d'un tiers : ne faites pas ça
- Durée de l'inscription et coût de la mainlevée
- Vendre, refinancer ou réhypothéquer le bien
- Hypothèque ou caution d'organisme : le seuil de bascule
- Les erreurs qui coûtent le plus cher
- Questions fréquentes sur l'hypothèque en SCI
1. Ce qu'une hypothèque donne à la banque, et ce qu'elle ne touche pas
La SCI ne perd ni la propriété du bien, ni les loyers, ni la libre gestion. Les juristes parlent de sûreté réelle : une garantie attachée à une chose (du latin res), non à une personne. Tant que les échéances tombent, rien ne change. Le jour où elles cessent, la banque fait vendre et se paie avant les autres créanciers.
La banque en tire deux pouvoirs. Droit de préférence : sur le prix de vente, elle passe devant les créanciers non inscrits — à une exception près, et elle est fréquente (chapitre 2). Droit de suite : si la SCI vend, l'hypothèque suit l'immeuble chez l'acquéreur, tenu dans la limite de l'inscription (art. 2454 du Code civil).
L'hypothèque n'engage pas le patrimoine personnel des associés : c'est un droit sur une chose, pas une obligation de plus. Leur responsabilité reste celle de l'article 1857 du Code civil — indéfinie, non solidaire, à proportion des parts — et subsidiaire (art. 1858).
Deux garanties voisines circulent en SCI. La caution personnelle expose le patrimoine privé du signataire ; le nantissement de parts frappe les titres, et le défaut s'y joue autrement.
2. Vos deux options, et pourquoi le mot « privilège » est mort le 1er janvier 2022
Une banque qui finance l'achat propose l'une des deux garanties suivantes.
L'hypothèque légale spéciale du prêteur de deniers. Elle naît de la loi, sous deux conditions : l'acte de prêt authentique constate que la somme servait à acquérir, et la quittance du vendeur, le paiement avec les fonds empruntés (art. 2402, 2° du Code civil). Elle ne garantit donc qu'un prix d'acquisition, le jour de l'acquisition.
L'hypothèque conventionnelle. Elle naît d'un contrat passé devant notaire (art. 2409 du Code civil, qui soumet le mandat d'hypothéquer à la même forme). Elle garantit n'importe quelle dette, sur n'importe quel immeuble détenu.
Jusqu'au 31 décembre 2021, la première s'appelait privilège de prêteur de deniers — le « PPD » qui traîne encore dans les offres de prêt. L'ordonnance n° 2021-1192 du 15 septembre 2021 l'a converti en hypothèque légale spéciale au 1er janvier 2022, en renumérotant le droit des sûretés.
Le mot a changé, et le fond avec. L'ancien privilège prenait rang rétroactivement au jour de la vente, s'il était publié vite. Fini : le rang se prend désormais au jour de l'inscription (art. 2418 du Code civil). Entre la signature et la publication, un autre créancier peut s'intercaler — au risque du notaire, tenu de publier sans délai.
Le régime transitoire, pour les prêts anciens
Le IV de l'article 37 de l'ordonnance de 2021 assimile les privilèges nés avant 2022 à des hypothèques légales « pour l'avenir », mais « sans préjudice le cas échéant de la rétroactivité de leur rang ». Un prêt d'avant 2022 garde donc son rang rétroactif.
Le même article 2418 tranche un cas que les guides ignorent : deux inscriptions prises le même jour. L'hypothèque légale l'emporte sur la judiciaire et la conventionnelle. Entre légales, elles concourent — sauf celle du vendeur, qui passe avant celle du prêteur de deniers. Face à un crédit-vendeur, la banque n'est donc pas première.
Une exception échappe même à l'inscription, et elle est fréquente. L'hypothèque légale du syndicat des copropriétaires, pour les charges impayées, en est dispensée (art. 2418, al. 2, et 2402, 3°). Elle prime toutes les autres pour l'année courante et les deux dernières années échues. Pour les années antérieures, elle vient en concours avec le vendeur et le prêteur de deniers. Sur un lot en copropriété — le cas le plus courant en SCI — des charges impayées passent donc avant la banque.
3. Le tableau au centime : 240 000 € garantis, les deux sûretés ligne par ligne
Une SCI achète un immeuble ancien et emprunte 240 000 €. Voici les deux devis, avec l'article qui fonde chaque ligne.
| Poste | Fondement | Prêteur de deniers | Conventionnelle |
|---|---|---|---|
| Émoluments du notaire HT | Art. A444-143 C. com. | 771,16 € | 771,16 € |
| TVA 20 % | Art. 278 CGI | 154,23 € | 154,23 € |
| Taxe de publicité foncière | Art. 844 CGI + art. 1647, V-b | 25,00 € (taxe fixe) | 1 716,00 € (0,715 %) |
| Contribution de sécurité immobilière | Art. 881 H CGI (0,05 %) | 120,00 € | 120,00 € |
| Émoluments de formalité TTC | Art. A444-171 C. com., n° 188 et 191 | 31,69 € | 31,69 € |
| Débours — renseignements hypothécaires | Art. 881 D CGI | 12,00 € | 12,00 € |
| Total TTC | 1 114,08 € — 0,46 % du prêt | 2 805,08 € — 1,17 % du prêt |
Le détail de l'émolument, tranche par tranche, puisque personne ne le montre. Un émolument est la part réglementée de la rémunération du notaire, fixée par arrêté pour toute la France. Barème de l'article A444-143 du Code de commerce, en vigueur depuis le 1er mars 2020 : 1,290 % jusqu'à 6 500 €, 0,532 % jusqu'à 17 000 €, 0,355 % jusqu'à 60 000 €, 0,266 % au-delà. Sur 240 000 € : 6 500 × 1,290 % = 83,85 € ; 10 500 × 0,532 % = 55,86 € ; 43 000 × 0,355 % = 152,65 € ; 180 000 × 0,266 % = 478,80 €. Soit 771,16 € hors taxes, 925,39 € TTC.
Les deux dernières lignes sont celles que les devis noient sous « frais et débours ». Le notaire perçoit un émolument par prestation nommée au tableau 5. Ici deux : la réquisition de publication (n° 188), 18,87 €, et le bordereau d'inscription (n° 191), 7,54 €. Soit 26,41 € HT, 31,69 € TTC (article A444-171 du Code de commerce). Plus un débours : les renseignements hypothécaires, 12 € par immeuble (art. 881 D du CGI). Le tarif ne prévoit aucun forfait « frais divers » : si votre devis en porte un, demandez son numéro.
L'écart entre les deux colonnes est de 1 691,00 €, et il tient à une seule taxe. L'article 844 du CGI taxe à 0,70 % « les inscriptions d'hypothèques judiciaires ou conventionnelles », et elles seules. L'hypothèque légale spéciale ne supporte donc qu'une taxe fixe de 25 €, que les simulateurs oublient en annonçant zéro. S'y greffe le prélèvement pour frais d'assiette de 2,14 % (art. 1647, V-b du CGI) : 0,70 % × 1,0214 = 0,715 %, soit 1 716,00 € sur 240 000 €.
Un détail à vérifier sur l'offre de prêt. La taxe se liquide sur « les sommes garanties en capital, intérêts et accessoires » portées au bordereau, et beaucoup de banques y majorent le capital d'environ 20 %. À 288 000 €, la taxe passe à 2 059,20 € et la contribution de sécurité immobilière à 144,00 € : l'hypothèque conventionnelle atteint 3 172,28 €, soit 367,20 € de plus. Les émoluments, eux, ne bougent pas.
4. Frais d'hypothèque : le devis qu'il faut savoir contester
Le tarif comporte deux barèmes voisins. L'article A444-143 vise les prêts et ouvertures de crédit ordinaires, aux taux ci-dessus ; l'article A444-139 vise les « prêts hypothécaires destinés à financer une activité professionnelle », à un barème presque doublé : 2,128 % / 0,878 % / 0,585 % / 0,439 %.
Sur le même prêt de 240 000 € : 6 500 × 2,128 % = 138,32 € ; 10 500 × 0,878 % = 92,19 € ; 43 000 × 0,585 % = 251,55 € ; 180 000 × 0,439 % = 790,20 €. Soit 1 272,26 € HT, 1 526,71 € TTC, contre 925,39 € TTC au barème ordinaire. Une erreur de barème coûte 601,32 € TTC sur un seul acte.
Le raisonnement qui y mène est séduisant, et faux : une SCI qui achète pour louer échappe au crédit immobilier du Code de la consommation, donc son prêt serait professionnel, donc barème majoré. Deux codes, deux notions, aucun renvoi. Le critère du tarif est la destination des fonds, jamais la forme sociale de l'emprunteur.
La preuve est dans le tarif. L'article A444-142 vise les prêts viticole, agricole et maritime — professionnels sans discussion — et les taxe à son propre barème, identique au barème bas de l'article A444-143 : 1,290 / 0,532 / 0,355 / 0,266 %. Le tarif n'oppose donc pas « professionnel » à « particulier ». Réserve d'honnêteté : il ne définit nulle part l'« activité professionnelle », et pour des murs loués à une société qui y exploite, la ligne redevient discutable.
Autre point : on ne paie pas deux fois, sauf quand on garantit pour autrui. L'article A444-136 tarife l'acte d'affectation hypothécaire (n° 123 du tableau 5). Il appelle un quart des émoluments de l'acte principal quand l'affectation est consentie par un tiers dans cet acte, la totalité s'il n'y a pas d'acte principal, la moitié dans les autres cas. La ligne de partage n'est donc pas l'acte séparé, mais le tiers. Pour la SCI qui affecte son propre immeuble, la réponse est dans l'article A444-143, qui tarife « le prêt, l'obligation avec ou sans garantie » : l'émolument est le même avec l'hypothèque et sans elle. Un seul est dû, et un devis qui en facture deux doit s'expliquer.
Et voici ce que presque personne ne demande. L'article A444-174 du Code de commerce autorise une remise allant jusqu'à 20 % sur la part de l'émolument assise au-delà de 100 000 €. Ici, (240 000 − 100 000) × 0,266 % = 372,40 € HT, d'où une remise maximale de 74,48 € HT, soit 89,38 € TTC. Ce n'est pas un marchandage : le dernier alinéa de l'article L444-2 du Code de commerce impose que le taux de remise d'un notaire soit fixe et identique pour tous ses clients, dans la limite des 20 % de l'article R444-10. La bonne question n'est donc pas « pouvez-vous faire un geste », mais « quel est votre taux de remise » — demandez-le par écrit.
5. Ce que le prêteur de deniers ne peut pas garantir — et le calcul du panachage
L'hypothèque légale spéciale ne garantit que le prix payé au vendeur. Tout le reste en est exclu : travaux, construction, part d'une vente en état futur d'achèvement appelée après la signature, refinancement, trésorerie. Sur ces montants, restent l'hypothèque conventionnelle et sa taxe de 0,715 %.
D'où la question que pose tout projet de rénovation : une hypothèque conventionnelle sur l'ensemble, ou deux garanties panachées ? Projet de 400 000 € : 310 000 € d'acquisition dans l'ancien, 90 000 € de travaux. Hypothèse du tableau : deux prêts distincts, donc deux actes — ce que fait toute banque qui sépare le prêt d'acquisition du prêt travaux.
| Montage | Émoluments TTC | Taxe | CSI + formalités | Total |
|---|---|---|---|---|
| Prêteur de deniers sur 310 000 € | 1 148,83 € | 25,00 € | 198,69 € | 1 372,52 € |
| Conventionnelle sur 90 000 € | 446,59 € | 643,50 € | 88,69 € | 1 178,78 € |
| Panachage — total | 1 595,42 € | 668,50 € | 287,38 € | 2 551,30 € |
| Conventionnelle unique sur 400 000 € | 1 436,11 € | 2 860,00 € | 243,69 € | 4 539,80 € |
Le panachage fait économiser 1 988,50 €. Il coûte 159,31 € de plus en émoluments, chacun des deux actes repartant de la première tranche, et 43,69 € de plus en formalités. Mais la taxe tombe de 2 860,00 € à 668,50 € : 2 191,50 € gagnés. Et l'écart se creuse encore avec un prêt unique portant les deux sûretés. L'émolument de l'article A444-143 est assis sur le prêt, pas sur la garantie (n° 137 du tableau 5) : il ne se compte alors qu'une fois. Le panachage revient à 2 391,99 €, et l'économie à 2 147,81 €.
Deux réserves. La banque doit accepter deux garanties — elle le fait volontiers, son risque est identique. Et le montage n'a de sens que si l'acquisition domine : quand les travaux pèsent plus que le prix, l'économie fond. Pour des murs d'entreprise, l'arbitrage se pose entre l'emprunt et le crédit-bail immobilier, dont nous comparons le coût à celui d'un prêt.
6. Qui peut hypothéquer l'immeuble de la SCI, et avec quelle autorisation
Hypothéquer l'immeuble social est l'acte le plus lourd qu'un gérant puisse signer seul. Ses pouvoirs (art. 1849 du Code civil) sont traités dans notre guide le gérant peut-il vendre un bien de la SCI sans les associés ?. Appliqués à la garantie, ils donnent trois conséquences.
Un. La question n'est pas « le gérant a-t-il le droit », mais « l'objet social couvre-t-il l'hypothèque ». Beaucoup d'objets se limitent à « l'acquisition, la gestion et la location d'immeubles ». Un notaire prudent y verra l'hypothèque qui finance l'acquisition, mais discutera toute autre. La rédaction qui ferme le débat vise la faculté d'emprunter et de consentir toutes garanties — voir notre guide sur la rédaction de l'objet social d'une SCI.
Deux. Ce que le notaire et la banque vont réclamer. Les statuts à jour, un extrait d'immatriculation récent, et, si les statuts imposent une autorisation, le procès-verbal qui l'a donnée. Ce procès-verbal n'est pas du confort : c'est la seule pièce qui protège le gérant. Il ne coûte rien — ni dépôt au greffe, ni annonce légale, une feuille signée et datée avant l'acte. Zéro euro contre un engagement de 240 000 € et, à défaut, la responsabilité personnelle du gérant sur ses biens. Notre guide sur l'assemblée générale de SCI et la rédaction des procès-verbaux donne la décision à voter.
Trois, et c'est le nœud : opposable à la banque n'est pas opposable entre associés. Si l'acte entre dans l'objet social, la société est engagée envers la banque, même si le gérant a passé outre une autorisation statutaire : la banque n'a pas à lire vos statuts. À l'intérieur, la clause violée produit tous ses effets — responsabilité, révocation, réparation. L'associé mécontent ne fera pas tomber l'hypothèque : il se retournera contre le gérant.
7. Hypothéquer l'immeuble pour la dette d'un tiers : ne faites pas ça
Le montage revient souvent. Une SCI détient les murs, une société d'exploitation les occupe, la banque prête à l'exploitation et demande l'hypothèque. Variante familiale : la SCI garantit l'emprunt d'un associé. Les juristes appellent cela une sûreté réelle pour autrui, et le Code civil lui a donné un régime en 2022 (art. 2325) : une garantie prise sur le bien de quelqu'un qui ne doit rien.
Le créancier n'a d'action que sur le bien affecté. La SCI n'est pas débitrice, elle risque son immeuble et rien d'autre. Sauf que « rien d'autre » vaut tout son actif quand elle ne détient qu'un bien. Chiffrez-le avant de signer : un immeuble de 600 000 € affecté à un prêt de 180 000 € consenti à l'exploitation, c'est 3,3 fois la dette mise en jeu. À l'impayé, le bien est vendu en entier ; la SCI touche le solde du prix et a perdu son seul actif. L'acte coûte aussi plus cher : l'affectation étant consentie par un tiers, elle appelle un quart des émoluments de l'acte principal (art. A444-136, 1°), soit environ 183 € TTC ici.
Le texte renvoie à des règles du cautionnement : articles 2299, 2302 à 2305-1, 2308 à 2312 et 2314. Trois sont utiles. Le recours de la SCI contre le débiteur après paiement (art. 2308 et 2309). Le bénéfice de discussion, qui l'autorise à exiger que la banque poursuive d'abord l'exploitation avant de saisir l'immeuble (art. 2305 et 2305-1). Sa décharge, enfin, quand le créancier a laissé perdre un droit dans lequel elle aurait pu être subrogée, c'est-à-dire prendre sa place pour se faire payer (art. 2314). Le renvoi donne pourtant moins qu'il n'y paraît : l'article 2299, devoir de mise en garde du prêteur professionnel, ne protège que la caution personne physique. Une SCI, personne morale, est traitée comme un professionnel du risque.
Deux fragilités propres à la société civile s'ajoutent. L'acte doit entrer dans l'objet social, et garantir la dette d'une autre société n'a rien d'évident pour une SCI qui acquiert et loue. Il doit aussi respecter l'intérêt social — l'intérêt propre de la société, distinct de celui de ses associés. La sanction n'est pas théorique. Pour la Cour de cassation, n'est pas valide la sûreté accordée par une société civile en garantie de la dette d'un associé lorsqu'elle est de nature à compromettre l'existence même de la société. Elle est alors contraire à l'intérêt social, et il en est ainsi même lorsque l'acte entre dans l'objet statutaire (Cass. com., 23 septembre 2014, n° 13-17.347, publié au Bulletin). Un objet social bien rédigé ne sauve donc pas le montage : l'hypothèque tombe.
Notre réponse, sur ce dossier : ne faites pas ça.
Pensez à l'associé minoritaire : un enfant, un ex-conjoint, un investisseur passif, étranger à l'exploitation. L'hypothèque pour autrui lui transfère un risque qui n'est pas le sien, sans autre plafond que l'immeuble. Si la banque exige une garantie, proposez la caution des dirigeants ou un loyer majoré avec dépôt : le risque revient à ceux qui touchent le gain. À défaut, écrivez la contrepartie dans une convention et plafonnez l'inscription au montant de la dette, 180 000 € et non 600 000 €.
8. Durée de l'inscription hypothécaire et coût réel de la mainlevée
L'inscription n'est pas éternelle. Quand le capital se rembourse à échéances déterminées, elle s'éteint au plus tard un an après la dernière, dans la limite de cinquante ans (art. 2429 du Code civil). Passé ce terme, faute de renouvellement, elle cesse de produire effet (art. 2430) : c'est la péremption. Automatique, gratuite, sans avertissement.
La mainlevée est l'acte par lequel le créancier accepte la radiation avant cette date. Aucun texte ne l'impose : c'est l'acquéreur qui l'exige.
| Situation | Mainlevée | Coût |
|---|---|---|
| Prêt allé jusqu'à son terme, plus d'un an écoulé depuis la dernière échéance | Inutile — l'inscription est périmée | 0 € |
| Vente ou remboursement anticipé avant la date de péremption | Exigée en pratique — sans elle, l'acheteur prend le droit de suite de l'art. 2454 | 454,64 €, ou 334,64 € par la voie dérogatoire (détail ci-dessous) |
| Prêt soldé, mais moins d'un an écoulé, et vente en cours | Exigée par l'acquéreur | Même coût, souvent pris en charge dans la négociation |
Le chiffrage, sur notre dossier. Prêt de 240 000 € sur 20 ans souscrit en 2026, immeuble revendu en 2034 : l'inscription court jusqu'en 2047, et aucun acquéreur ne signera sans mainlevée. Son émolument (art. A444-141 du Code de commerce) n'est pas proportionnel, malgré le mot employé par le texte : 78 € jusqu'à 77 090 € inscrits, 150 € au-delà. Ici 150 € HT, soit 180 € TTC. S'ajoute la contribution de sécurité immobilière de radiation. Le principe est un taux de 0,10 % sur les sommes radiées (art. 881 J du CGI, alinéa 1), soit 240,00 €. Le troisième alinéa du même article ouvre par dérogation un taux de 0,05 %, soit 120,00 €, quand la radiation est requise selon l'article 2436, alinéa 3, du Code civil : dépôt d'une copie authentique de l'acte notarié constatant l'accord du créancier. Restent la mention en marge (n° 188, art. A444-171) à 22,64 € TTC et les renseignements hypothécaires à 12,00 € (art. 881 D du CGI). Total : 454,64 € au tarif de principe, 334,64 € par la voie dérogatoire.
Retenez l'ordre de grandeur, il contredit ce qui circule : 455 € sur 240 000 €, soit 0,19 % du capital, et 335 € si la dérogation joue. Les fourchettes de « 0,3 à 0,7 % » lues partout donneraient 720 à 1 680 €. Elles surestiment le coût d'un facteur un et demi à quatre.
Le cas où vous ne devez rien, et où personne ne le dira. Une SCI a emprunté en 2004 sur 15 ans, dernière échéance en 2019 : l'inscription a cessé de produire effet en 2020 au plus tard. Elle vend en 2026 : rien à radier, rien à payer. D'où le réflexe : demandez l'état hypothécaire avant de signer un devis de mainlevée. C'est l'extrait du fichier immobilier qui liste les inscriptions grevant le bien, leur montant et leur date de péremption. Douze euros (art. 881 D du CGI) pour en économiser 455.
Notre guide sur la vente d'un immeuble détenu en SCI replace la mainlevée parmi les frais de sortie.
9. Vendre, refinancer ou inscrire une seconde hypothèque sur le bien
Vendre est possible, et courant. Le notaire séquestre le prix, paie le créancier inscrit, obtient son accord à la radiation, puis remet le solde. Si le prix ne solde pas le prêt, la banque doit donner son accord — parfois contre un remboursement partiel.
Une seconde hypothèque prend rang après la première. Le second prêteur regarde la valeur disponible : la valeur vénale du bien — son prix de marché à la revente — moins le capital restant dû. Sur un bien estimé 400 000 € avec 240 000 € dus, elle vaut 160 000 €. Mais avec une décote de sécurité de 20 %, il raisonne sur 320 000 €, donc sur 80 000 €. C'est ce calcul, pas un interdit, qui bloque la plupart des demandes.
Le refinancement déclenche presque toujours une nouvelle inscription. Deux voies évitent pourtant la double dépense, et aucun simulateur ne les propose. La subrogation du nouveau prêteur dans l'hypothèque existante (art. 1346-2 du Code civil), qui suppose un acte d'emprunt et une quittance notariés. Le rechargement ensuite, si l'acte constitutif l'a prévu et si l'hypothèque a été prise à des fins professionnelles (art. 2416). À défaut, le nouveau prêteur inscrit la sienne et l'ancienne est levée : 2 805 € plus 455 €, soit 3 260 € à intégrer à la rentabilité d'un rachat. Notre guide sur la renégociation et le rachat de crédit d'une SCI compare les deux voies.
Et si la SCI ne paie plus ? La banque exige tout le capital d'un coup, puis fait vendre le bien aux enchères sous le contrôle du juge, le prix étant réparti selon le rang des créanciers. Le détail est ailleurs : la SCI ne peut plus payer son emprunt et la saisie immobilière d'un bien détenu en SCI.
10. Hypothèque ou caution d'organisme : le seuil de bascule
La banque propose parfois une caution délivrée par un organisme spécialisé : plutôt qu'inscrire une garantie sur l'immeuble, elle achète celle d'un tiers. Ni acte notarié, ni taxe, ni mainlevée. Réserve immédiate : certains organismes refusent les personnes morales, et réclament alors la caution personnelle du gérant.
Le coût mêle une commission acquise et une participation à un fonds mutuel, partiellement restituée à la fin. Les barèmes varient et nous ne publions pas de chiffres non vérifiés. Voici en revanche les seuils à ne pas dépasser, sur toute la durée du prêt de 240 000 € :
| Garantie | À l'entrée | À la sortie | Coût total |
|---|---|---|---|
| Prêteur de deniers | 1 114,08 € | 455 € si revente anticipée, sinon 0 € | 1 114 à 1 569 € |
| Hypothèque conventionnelle | 2 805,08 € | 455 € si revente anticipée, sinon 0 € | 2 805 à 3 260 € |
| Caution d'organisme | Commission et fonds mutuel : exigez les deux montants en euros | Restitution partielle du fonds : exigez le montant et la date | Le coût net sur toute la durée, restitution déduite — un organisme qui refuse de le chiffrer se disqualifie |
Confrontez ce coût net à deux jeux de seuils, selon ce que vous comptez faire du bien. Prêt mené jusqu'à son terme : sous 1 114 € — 0,46 % du capital — la caution bat le prêteur de deniers, et sous 2 805 € — 1,17 % — elle bat la conventionnelle. Revente anticipée probable : la mainlevée s'ajoute à l'hypothèque, et les seuils montent à 1 569 € et 3 260 €. Entre les deux seuils, si le prêteur de deniers est possible, il gagne.
Voici où notre conseil se retourne contre le réflexe habituel. Pour des travaux, une construction ou un refinancement, le prêteur de deniers est hors jeu et la conventionnelle coûte 1,17 % du capital. Une caution correctement tarifée devient le meilleur choix, même s'il faut changer de banque. Refuser par principe, parce qu'« une hypothèque, c'est du solide », coûte de l'argent pour rien.
La déductibilité pèse aussi dans l'arbitrage : la question est traitée en fin de page. Poste par poste dans nos charges déductibles en SCI, écritures dans comptabiliser un emprunt en SCI.
11. Les erreurs qui coûtent le plus cher, chiffrées une à une
| Erreur | Coût de l'erreur |
|---|---|
| Devis établi au barème majoré A444-139 au lieu de A444-143 | 601,32 € TTC |
| Hypothèque conventionnelle unique sur un projet mixte au lieu du panachage | 1 988,50 € en deux actes, 2 147,81 € en acte unique |
| Mainlevée payée sur une inscription déjà périmée | 454,64 € |
| Inscription laissée aux accessoires majorés sans les discuter | 367,20 € |
| Frais de garantie oubliés dans le calcul de rentabilité d'un rachat de crédit | 3 260 € |
| Acte signé sans le procès-verbal d'autorisation exigé par les statuts | Responsabilité personnelle du gérant, révocation |
| Hypothèque consentie pour la dette d'une société d'exploitation | L'immeuble entier |
12. Questions fréquentes sur l'hypothèque en SCI
L'hypothèque disparaît-elle automatiquement à la fin du prêt ?
Le droit du créancier s'éteint avec la dette : dernière échéance payée, plus d'hypothèque. L'inscription, elle, reste affichée au fichier immobilier jusqu'à sa péremption, au plus tard un an après la dernière échéance (art. 2429 C. civ.). Entre les deux, le bien paraît grevé sans l'être. L'acheteur qui exige une mainlevée achète cette propreté.
Faut-il un notaire, et peut-on le choisir ?
Oui. L'article 2409 du Code civil impose l'acte notarié, et l'hypothèque légale spéciale suppose aussi un acte authentique. La SCI choisit son notaire, y compris contre l'habitude de la banque. Les émoluments sont nationaux, mais l'article A444-174 du Code de commerce ouvre une remise jusqu'à 20 % au-delà de 100 000 € : demandez le taux affiché.
L'hypothèque figure-t-elle quelque part de public ?
Au fichier immobilier du service de la publicité foncière. N'importe qui peut en demander l'état hypothécaire avec la seule référence cadastrale. Elle n'apparaît ni au registre du commerce et des sociétés, ni sur un extrait d'immatriculation, ni dans les statuts.
Combien de temps s'écoule entre l'offre de prêt et l'inscription ?
Le notaire inscrit après la signature, et la publication prend quelques semaines. Depuis 2022, ce délai n'est plus neutre : le rang se prend au jour de l'inscription, non de la vente (art. 2418 C. civ.). Un créancier qui inscrirait entre-temps passerait devant.
La banque peut-elle exiger une hypothèque et une caution personnelle ?
Oui, et c'est fréquent quand la SCI est jeune ou l'apport faible. Les deux ne portent pas sur la même chose : l'immeuble d'un côté, le patrimoine du signataire de l'autre. Ce qui se négocie, c'est la durée et le plafond de la caution.
Peut-on hypothéquer un bien déjà hypothéqué ?
Oui. Rien ne limite le nombre d'inscriptions ; la seconde prend rang après la première (art. 2418 C. civ.) et n'est servie qu'une fois le premier créancier payé. Le blocage est économique : le prêteur regarde la valeur du bien moins le capital restant dû, et refuse sous une marge confortable.
Un associé peut-il s'opposer à l'hypothèque décidée par le gérant ?
Face à la banque, presque jamais. Entre associés, c'est l'inverse — responsabilité du gérant, révocation, réparation. Commencez par un état hypothécaire, qui date l'inscription.
L'hypothèque rend-elle les associés personnellement débiteurs ?
Non. Les associés répondent des dettes sociales indéfiniment mais non solidairement, à proportion de leurs parts (art. 1857 C. civ.), et après poursuite vaine de la société (art. 1858). L'hypothèque ajoute un droit sur une chose, pas une obligation personnelle. Le sujet complet est dans notre guide sur la responsabilité des associés de SCI.
Peut-on transformer une hypothèque conventionnelle en hypothèque du prêteur de deniers en cours de prêt ?
Non. Elle ne naît qu'à l'acquisition : l'acte de prêt doit constater la destination des fonds, et la quittance du vendeur le paiement avec ces deniers (art. 2402, 2° C. civ.). Vente signée, la condition a disparu. Le choix se fait le jour de l'achat, une seule fois.
Que devient l'hypothèque si la SCI est dissoute ?
Elle survit : l'hypothèque grève l'immeuble, pas la personne morale. Le liquidateur vend, le prix paie d'abord le créancier inscrit, la mainlevée suit. Une SCI ne se ferme donc pas tant qu'un prêt garanti court — voir notre guide sur la dissolution et la liquidation d'une SCI.
Les frais d'hypothèque sont-ils déductibles en SCI ?
Oui. Ne les confondez pas avec les frais d'acquisition, qui ne se déduisent pas : les frais de garantie suivent le régime des frais d'emprunt. À l'impôt sur le revenu, ils se déduisent des loyers l'année du paiement, comme accessoires des intérêts d'emprunt (art. 31, I, 1°, d du CGI, et BOI-RFPI-BASE-20-80 pour les frais d'emprunt eux-mêmes). Nos 2 805 € font ainsi 1 324 € d'impôt et de prélèvements sociaux en moins, pour un associé à 30 % de tranche marginale. À l'impôt sur les sociétés, c'est une charge de l'exercice, mais elle ne vaut que 421 € à 15 %. Poste par poste dans notre guide des charges déductibles en SCI.
Que se passe-t-il si la SCI vend le bien sans purger l'inscription ?
L'hypothèque suit l'immeuble chez l'acquéreur (art. 2454 C. civ.), exposé à la poursuite du créancier dans la limite de l'inscription. Aucun notaire ne libère donc le prix avant d'avoir payé le créancier inscrit et obtenu son accord à la radiation.
L'hypothèque empêche-t-elle de louer le bien ou d'y faire des travaux ?
Non. Elle ne dépossède de rien : la SCI reste propriétaire, encaisse les loyers, signe les baux, engage les travaux. Le créancier n'a aucun droit de regard tant que le prêt est payé. Seule réserve, contractuelle : certains contrats interdisent de démolir le bien.
La SCI peut-elle hypothéquer un bien détenu en démembrement ou en indivision ?
Une SCI qui ne détient que l'usufruit ou la nue-propriété ne peut hypothéquer que ce droit-là, et un prêteur n'en veut pas : la garantie s'évapore à l'extinction de l'usufruit. En indivision, l'hypothèque d'une quote-part est quasi invendable. La banque exigera la pleine propriété — voir notre guide sur le démembrement en SCI.
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