La SCI ne peut plus payer son emprunt : que se passe-t-il ?
Une échéance qui ne passe pas, puis deux, puis un courrier recommandé de la banque. Quand la trésorerie d'une SCI ne suffit plus à honorer le crédit immobilier, la mécanique juridique se met en marche — mais elle n'est ni immédiate, ni irréversible. Ce guide déroule la chaîne complète, du premier impayé à la saisie du bien, en passant par l'appel de la caution et la responsabilité des associés. Surtout, il détaille les portes de sortie amiables qui restent ouvertes à chaque étape, et le plan d'action pour reprendre la main.
Rédigé par Quentin Hagnéré, fondateur de sci-ai.app, et vérifié contre les sources officielles (Code civil, Code de commerce, Code des procédures civiles d'exécution, Banque de France). Mis à jour le 17 juillet 2026. Contenu pédagogique : il ne remplace pas l'avis d'un avocat sur votre situation précise.
Vous êtes déjà en difficulté ?
La règle d'or : ne jamais laisser le silence s'installer. Tant que vous n'avez pas reçu de commandement de payer, chaque semaine gagnée élargit vos options (report d'échéance, médiation, vente amiable). Si un courrier formel est déjà arrivé, prenez un avocat sans attendre : les délais de procédure sont courts et se contestent.
Sommaire
1. Le premier impayé : relance, mise en demeure, déchéance du terme
Non, la banque ne saisit pas le bien au premier prélèvement rejeté. Beaucoup de gérants le croient, et cette peur les paralyse au pire moment. Le recouvrement d'un crédit immobilier suit en réalité une gradation encadrée par la loi et par le contrat de prêt. Savoir sur quelle marche on se situe, c'est savoir combien de temps il reste pour agir — et c'est presque toujours plus qu'on ne l'imagine.
Étape 1 — Le rejet de prélèvement et les relances
Dès la première échéance non honorée, la banque adresse des relances (courrier, e-mail, appel). À ce stade, rien n'est perdu : un simple rattrapage sous quelques jours efface l'incident. Des frais de rejet et des intérêts de retard s'ajoutent, mais le contrat reste intact. C'est le moment idéal pour appeler votre conseiller et expliquer la situation avant qu'elle ne se formalise.
Étape 2 — La mise en demeure
Si les impayés s'accumulent, la banque envoie une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception. Ce courrier n'est pas une simple relance : c'est un acte juridique qui fixe un délai pour régulariser (souvent 15 à 30 jours) et annonce la sanction encourue — la déchéance du terme. La Cour de cassation exige que cette mise en demeure précise clairement le délai imparti pour payer avant toute déchéance (1re civ., 22 mars 2023, n° 21-16.476). Une déchéance prononcée sans mise en demeure régulière est contestable.
À réception d'une mise en demeure, réagissez impérativement. C'est la dernière fenêtre confortable pour négocier un report ou un rééchelonnement avant que la dette ne change de nature.
Étape 3 — La déchéance du terme
Faute de régularisation dans le délai, la banque prononce la déchéance du terme. C'est le point de bascule : le prêt prend fin par anticipation et la SCI perd le bénéfice de l'échéancier. Concrètement, deviennent immédiatement exigibles :
- La totalité du capital restant dû (et non plus la seule mensualité).
- Les intérêts échus impayés et les intérêts de retard.
- Une indemnité de déchéance du terme, plafonnée par la réglementation à 7 % des sommes dues au titre du capital restant dû ainsi que des intérêts échus et non versés pour un prêt immobilier (art. R313-28 du Code de la consommation, pour les prêts qui y sont soumis).
Exemple chiffré : une SCI a emprunté 300 000 € et il reste 240 000 € de capital à rembourser. Après déchéance du terme, la banque peut réclamer 240 000 € + intérêts de retard + une indemnité (calculée à hauteur de 7 % du capital restant dû et des intérêts échus non versés, soit au moins 16 800 € sur le seul capital), le tout exigible en une seule fois. Sans ressources pour payer, la voie du recouvrement forcé s'ouvre.
| Étape | Délai indicatif | Ce que vous pouvez encore faire |
|---|---|---|
| Rejet + relances | Mois 1 à 2 | Rattraper, appeler le conseiller |
| Mise en demeure (LRAR) | Mois 2 à 4 | Négocier report / rééchelonnement, saisir la médiation |
| Déchéance du terme | Mois 4 à 8 | Vendre à l'amiable, plan de conciliation, avocat |
| Appel de la caution | Après déchéance | Vérifier la régularité de l'acte, négocier un délai |
| Commandement de payer + saisie | Mois 8 à 12+ | Vente amiable autorisée par le juge, délais de grâce |
À retenir : ces délais sont indicatifs. Une banque peut aller plus vite si le dialogue est rompu, ou beaucoup plus lentement si vous entretenez la relation et proposez des solutions. Le pire réflexe est de ne plus ouvrir le courrier.
2. La caution personnelle appelée
C'est le point que beaucoup d'associés découvrent trop tard. Dans la quasi-totalité des prêts consentis à une SCI, la banque exige une caution personnelle et solidaire du ou des dirigeants, parfois de tous les associés. Signé le jour de l'offre de prêt, souvent sans qu'on y prête vraiment attention, cet acte est distinct de la SCI : c'est votre engagement personnel à payer si la société ne paie pas.
Caution simple ou caution solidaire ?
La nuance est décisive :
- Caution simple : la banque doit d'abord poursuivre la SCI (bénéfice de discussion) et, s'il y a plusieurs cautions, diviser ses poursuites entre elles (bénéfice de division). La caution n'est actionnée qu'en second rideau.
- Caution solidaire : la caution renonce à ces deux bénéfices. La banque peut la poursuivre directement, pour la totalité, dès la déchéance du terme, sans même avoir tenté de recouvrer auprès de la SCI. C'est la forme quasi systématique dans les prêts bancaires SCI.
En clair, la caution solidaire est souvent la voie la plus rapide et la plus directe pour la banque — plus rapide encore que la saisie du bien de la SCI, qui suppose, elle, toute une procédure judiciaire.
Les limites et protections de la caution
La caution n'est pas sans garde-fous. Le droit du cautionnement, réformé par l'ordonnance du 15 septembre 2021 (entrée en vigueur au 1er janvier 2022), impose plusieurs protections :
- Proportionnalité : l'engagement de la caution personne physique ne doit pas être manifestement disproportionné à ses biens et revenus au moment de la signature (art. 2300 du Code civil). Un cautionnement disproportionné est réduit à hauteur de ce que la caution pouvait supporter.
- Mention obligatoire de la caution : la caution personne physique doit apposer elle-même une mention exprimant la portée de son engagement (art. 2297 du Code civil, qui a remplacé l'ancienne mention manuscrite depuis le 1er janvier 2022), à peine de nullité.
- Information annuelle : la banque doit informer chaque année, avant le 31 mars, la caution personne physique du montant de la dette garantie (principal, intérêts et accessoires) restant due au 31 décembre précédent (art. 2302 du Code civil, depuis la réforme du 15 septembre 2021) ; à défaut, elle perd les intérêts et pénalités échus depuis la dernière information.
- Devoir de mise en garde : la banque doit avoir alerté une caution non avertie sur un engagement inadapté à ses capacités.
Un avocat pourra vérifier si l'acte de cautionnement respecte ces règles : un vice de forme ou une disproportion manifeste sont des leviers de négociation, voire de décharge partielle.
Vérifiez votre offre de prêt. Relisez la clause de caution : simple ou solidaire ? Montant plafonné ou illimité ? Une seule caution ou plusieurs associés co-cautions ? Ces réponses déterminent qui la banque poursuivra en premier, et jusqu'où.
3. La responsabilité subsidiaire des associés
Même sans acte de cautionnement, les associés d'une SCI ne sont pas à l'abri. La SCI est une société à responsabilité illimitée : c'est l'un de ses traits fondamentaux, à la différence d'une SARL ou d'une SAS. Deux articles du Code civil organisent cette responsabilité — et deux idées reçues sont à corriger.
Article 1857 : indéfinie et proportionnelle, mais NON solidaire
L'article 1857 du Code civil dispose que les associés répondent indéfiniment des dettes sociales à proportion de leur part dans le capital. Deux enseignements :
- Indéfiniment : la responsabilité n'est pas limitée aux apports. Si l'actif de la SCI ne suffit pas, les créanciers peuvent atteindre le patrimoine personnel des associés.
- À proportion des parts — donc NON solidaire : chaque associé ne répond que de sa quote-part de la dette. Un associé à 25 % ne peut être poursuivi que pour 25 % du solde. La banque ne peut pas réclamer 100 % de la dette à un seul associé (sauf caution solidaire, qui est autre chose). C'est la différence majeure avec la solidarité, qui n'existe pas de plein droit en SCI.
Exemple : la SCI a emprunté 200 000 € ; après vente du bien à perte, il subsiste un passif résiduel de 40 000 €. Un associé détenant 30 % des parts est tenu de 12 000 € (30 % de 40 000 €), pas davantage — sur ce fondement.
Article 1858 : une responsabilité subsidiaire
L'article 1858 pose une condition protectrice majeure : les créanciers ne peuvent poursuivre le paiement des dettes sociales contre un associé qu'après avoir préalablement et vainement poursuivi la personne morale. Concrètement, la banque doit d'abord se retourner contre la SCI — saisir son bien, épuiser son actif — et démontrer que cela n'a pas suffi. Ce n'est qu'ensuite, pour le reliquat, qu'elle peut agir contre les associés au prorata de leurs parts.
Cette responsabilité subsidiaire crée un ordre : d'abord la SCI, ensuite seulement les associés. Elle ralentit et complexifie la tâche du créancier — raison pour laquelle les banques préfèrent le cautionnement solidaire, qui court-circuite cet ordre.
| Fondement | Étendue | Ordre de poursuite |
|---|---|---|
| Caution solidaire (acte signé) | Totalité de la dette cautionnée, sur patrimoine perso | Direct, dès la déchéance |
| Associé — art. 1857 C. civ. | Quote-part des parts (non solidaire) | Après poursuite de la SCI |
| Associé — art. 1858 C. civ. | Subsidiaire : reliquat après épuisement de l'actif social | SCI d'abord, vainement |
Le piège du cumul : beaucoup d'associés sont à la fois associés (art. 1857/1858) et cautions solidaires. Dans ce cas, c'est la caution solidaire qui s'active en premier, sans les protections de la subsidiarité. Identifiez précisément votre double casquette pour anticiper la stratégie de la banque.
Pour approfondir la logique des engagements bancaires en amont, consultez notre guide sur le prêt bancaire en SCI et, si le montage repose sur un remboursement in fine, notre analyse du prêt in fine en SCI.
4. La saisie immobilière : le déroulé complet
Si aucune solution n'a été trouvée et que la dette reste impayée, le créancier engage la saisie immobilière du bien de la SCI. C'est une procédure judiciaire lourde, régie par le Code des procédures civiles d'exécution (art. L311-1 et suivants), avec des étapes obligatoires et des délais qui laissent, en pratique, un an ou plus.
Le préalable : un titre exécutoire et une hypothèque
La banque ne peut saisir que si elle dispose d'un titre exécutoire (le contrat de prêt notarié en est un, tout comme un jugement). Elle bénéficie généralement d'une garantie réelle sur le bien financé : une hypothèque ou un privilège de prêteur de deniers, inscrits chez le notaire à l'achat. C'est cette garantie qui lui donne priorité sur le prix de vente.
Les étapes de la procédure
- Le commandement de payer valant saisie immobilière — délivré par un commissaire de justice (nouveau nom de l'huissier). Il vaut mise en demeure solennelle et publie la saisie au service de la publicité foncière. La SCI dispose alors de 8 jours pour payer et éviter l'indisponibilité du bien.
- L'assignation à l'audience d'orientation — devant le juge de l'exécution (JEX). La représentation par avocat y est obligatoire. Le juge vérifie la régularité de la procédure, tranche les contestations, et décide de la suite : vente forcée aux enchères ou vente amiable autorisée.
- La vente amiable (si autorisée) — le juge peut accorder à la SCI un délai (souvent 4 mois, renouvelable) pour vendre elle-même à un prix qu'il fixe comme plancher. C'est presque toujours plus avantageux que l'adjudication.
- La vente forcée (adjudication) — à défaut de vente amiable, le bien est vendu aux enchères publiques. Le prix d'adjudication est fréquemment inférieur de 20 à 40 % à la valeur de marché, au détriment de la SCI et des associés.
- La distribution du prix — le produit de la vente rembourse d'abord les créanciers privilégiés (la banque hypothécaire), puis les autres. S'il reste un solde après remboursement, il revient à la SCI ; s'il manque, le reliquat reste dû (d'où l'appel de la caution et des associés).
| Étape | Acteur | Délai indicatif |
|---|---|---|
| Commandement de payer valant saisie | Commissaire de justice | J + 8 jours pour payer |
| Assignation + audience d'orientation | Juge de l'exécution (avocat obligatoire) | 2 à 4 mois après |
| Vente amiable autorisée | SCI (délai fixé par le juge) | ~ 4 mois renouvelables |
| Vente forcée (adjudication) | Tribunal / enchères | à défaut de vente amiable |
| Distribution du prix | Créanciers selon rang | après la vente |
Les leviers de défense
La saisie immobilière n'est pas une fatalité mécanique. Devant le juge de l'exécution, plusieurs moyens existent :
- Contester la régularité : défaut de mise en demeure préalable, déchéance du terme mal notifiée, vice du commandement.
- Demander des délais de grâce (art. 1343-5 du Code civil) : le juge peut reporter ou échelonner le paiement jusqu'à 2 ans selon la situation du débiteur.
- Solliciter la vente amiable plutôt que l'adjudication, pour préserver la valeur du bien.
Le commissaire de justice et l'avocat sont vos interlocuteurs. À partir du commandement de payer, la procédure est technique et les délais courts. C'est le stade où l'accompagnement par un avocat spécialisé n'est plus optionnel : il conditionne votre capacité à obtenir une vente amiable ou des délais.
5. Les solutions amiables pour éviter le pire
À chaque étape, une issue amiable reste ouverte. Et elle vaut presque toujours mieux que le bras de fer judiciaire — pour vous, mais aussi pour la banque, qui n'a rien à gagner à une procédure longue, coûteuse et à l'issue incertaine. Les voilà classés du plus léger au plus structurant.
1. Le report ou la modulation d'échéances
Beaucoup de contrats de prêt prévoient une clause de modularité : possibilité de suspendre les échéances (report de 3 à 12 mois, souvent après une ou deux années de remboursement) ou d'en réduire le montant. Un report « total » suspend capital et intérêts (les intérêts se reportent sur la fin) ; un report « partiel » ne suspend que le capital. C'est la première demande à formuler, par écrit, dès les premières tensions de trésorerie.
2. Le rééchelonnement / réaménagement du prêt
Il s'agit d'allonger la durée du crédit pour baisser la mensualité, ou de renégocier le taux. La banque n'y est pas obligée, mais elle a intérêt à préserver un débiteur qui paie moins plutôt qu'un dossier contentieux. Pour comprendre la mécanique et les arguments à présenter, voyez notre guide dédié à la renégociation du crédit d'une SCI.
3. L'apport en compte courant d'associé
Un ou plusieurs associés peuvent avancer de la trésorerie à la SCI pour couvrir les échéances le temps de passer un trou d'air (vacance locative, loyer impayé, gros travaux imprévus). Cet apport est une créance sur la SCI, remboursable ensuite. C'est souvent ce qui évite le premier incident. Attention : si le déséquilibre est structurel, le compte courant ne fait que reculer l'échéance. Notre guide sur le compte courant d'associé en SCI détaille le mécanisme et ses limites.
4. La médiation du crédit de la Banque de France
Service gratuit et confidentiel, la médiation du crédit s'adresse à toute entreprise — SCI comprise — en difficulté de financement avec sa banque. La saisine se fait en ligne sur mediateur-credit.banque-france.fr. Le médiateur reprend le dialogue avec l'établissement, et pendant l'instruction, la banque s'engage à maintenir ses concours. C'est un outil sous-utilisé et pourtant efficace face à un refus de rééchelonnement.
5. La vente amiable du bien
Si le bien ne s'autofinancera jamais, mieux vaut vendre soi-même, au prix du marché, plutôt que de subir une adjudication décotée. Le produit rembourse la banque en priorité (hypothèque), et un éventuel solde revient à la SCI. Même après le commandement de payer, le juge peut autoriser une vente amiable. Sur les écritures et la fiscalité de l'opération, voyez nos guides sur les écritures de vente d'immeuble en SCI et la plus-value en SCI.
6. Les procédures amiables et collectives
En tant que personne morale de droit privé, une SCI relève des dispositifs du Code de commerce. Avant la cessation des paiements, elle peut solliciter du président du tribunal un mandat ad hoc ou une conciliation (procédures confidentielles visant un accord avec les créanciers). En cas de cessation des paiements avérée, elle peut être placée en redressement ou en liquidation judiciaire (art. L631-2 et L640-2). Ces procédures suspendent les poursuites individuelles, mais engagent une logique lourde : à réserver aux situations les plus dégradées, avec un avocat.
| Solution | Quand l'activer | Effet |
|---|---|---|
| Report d'échéances | Trou de trésorerie ponctuel | Pause de 3 à 12 mois |
| Rééchelonnement | Mensualité durablement trop lourde | Baisse de la mensualité |
| Compte courant d'associé | Besoin de cash immédiat | Avance remboursable |
| Médiation du crédit | Banque bloquée sur un refus | Reprise du dialogue (gratuit) |
| Vente amiable | Bien non viable, avant adjudication | Meilleur prix qu'aux enchères |
| Mandat ad hoc / conciliation | Endettement global, plusieurs créanciers | Accord négocié confidentiel |
Voir venir le trou de trésorerie avant l'impayé
sci-ai.app suit vos loyers encaissés, vos échéances d'emprunt et votre solde prévisionnel en temps réel. Vous anticipez un mois difficile plusieurs semaines à l'avance et pouvez négocier avant le premier incident.
6. Reprendre la main : le plan d'action
Face à une SCI qui décroche, la panique est le pire des conseillers. Prenez les choses dans l'ordre : d'abord le diagnostic, ensuite la décision. La marche à suivre tient en cinq temps.
Étape 1 — Diagnostiquer : trou d'air ou déséquilibre structurel ?
La question centrale : la difficulté est-elle temporaire (vacance locative, loyer impayé, imprévu) ou durable (le loyer ne couvrira jamais la mensualité) ? Reprenez les chiffres : loyers réels encaissés, échéance mensuelle, charges, taxe foncière, assurances. Si l'écart est ponctuel, on cherche à passer le cap ; s'il est structurel — le cas d'une SCI durablement déficitaire —, on prépare une sortie ordonnée (vente, restructuration).
Étape 2 — Sécuriser les recettes
- Relouer vite, quitte à ajuster le loyer au marché.
- Vérifier et activer une éventuelle assurance loyers impayés (GLI) ou garantie vacance. Voir notre guide assurance PNO et GLI en SCI.
- En cas de loyer impayé, engager la procédure de recouvrement : notre guide sur les impayés de loyer en SCI détaille les étapes.
Étape 3 — Alléger les dépenses
- Demander par écrit à la banque un report ou un rééchelonnement — avant tout impayé si possible.
- Mobiliser la trésorerie disponible et, si nécessaire, un apport en compte courant d'associé.
- Renégocier les charges (assurances, gestion locative).
Étape 4 — Ouvrir le dialogue et, si besoin, s'entourer
- Contacter le conseiller bancaire avant le premier impayé : un dossier expliqué se traite mieux qu'un silence.
- Saisir la médiation du crédit en cas de blocage.
- Dès qu'un courrier formel (mise en demeure, commandement) arrive, consulter un avocat.
Étape 5 — Décider : tenir, vendre ou restructurer
Selon le diagnostic, trois voies. Tenir si un rééchelonnement ramène l'équilibre. Vendre à l'amiable si le bien n'est pas viable, en préservant la valeur. Restructurer la SCI (entrée d'un nouvel associé pour recapitaliser, cession de parts, voire dissolution ordonnée) si la configuration ne fonctionne plus. Nos guides sur la recapitalisation et le capital social, la cession de parts et la dissolution-liquidation d'une SCI couvrent chacune de ces sorties. En cas de blocage entre associés, voyez aussi notre guide sur la mésentente entre associés.
Si la SCI n'a plus d'activité mais que vous voulez la conserver, la mise en sommeil peut être une transition — sous réserve, bien sûr, que la dette bancaire soit traitée en parallèle.
7. Les erreurs à ne pas commettre
Erreur 1 : Ignorer le courrier de la banque
Le silence est interprété comme un refus de coopérer et accélère la procédure. À l'inverse, un gérant qui écrit, propose et documente sa situation obtient presque toujours des délais. Ouvrez chaque courrier, répondez, gardez une trace écrite.
Erreur 2 : Croire que la SCI protège votre patrimoine personnel
La SCI n'est pas une société à responsabilité limitée. Entre la caution solidaire signée à l'octroi du prêt et la responsabilité indéfinie des associés (art. 1857), votre patrimoine personnel est exposé. Le sigle « civile » ne signifie pas « protégée ».
Erreur 3 : Puiser dans le compte perso pour payer les échéances… sans comptabiliser
Payer une échéance de la SCI depuis un compte personnel sans l'enregistrer proprement (compte courant d'associé) crée un désordre comptable et affaiblit la SCI en cas de contrôle. Chaque avance doit transiter et être écrite. Voyez notre guide sur les écritures de compte courant d'associé.
Erreur 4 : Attendre l'adjudication au lieu de vendre à l'amiable
La vente forcée aux enchères se solde fréquemment par une décote de 20 à 40 %. Vendre soi-même, même sous la pression, protège la valeur et réduit le reliquat de dette qui retombera sur la caution et les associés.
Erreur 5 : Laisser la comptabilité à l'abandon pendant la crise
Une SCI en difficulté qui néglige ses déclarations cumule les problèmes : au risque bancaire s'ajoute le risque fiscal (majorations, contrôle). Une comptabilité à jour rassure banquier et repreneur, et conditionne toute vente ou restructuration. Notre guide sur le contrôle fiscal d'une SCI rappelle les enjeux, et celui sur que faire en cas de retard donne la marche à suivre.
8. FAQ — SCI qui ne peut plus payer son emprunt
La responsabilité des associés d'une SCI est-elle solidaire ?
Non. L'article 1857 du Code civil prévoit une responsabilité indéfinie mais conjointe (non solidaire) : chaque associé ne répond que de sa quote-part dans le capital. Un associé à 40 % n'est tenu que de 40 % du passif social. La solidarité ne naît que d'un cautionnement solidaire signé séparément. Et cette responsabilité d'associé est subsidiaire (art. 1858) : la banque doit d'abord poursuivre vainement la SCI.
Combien d'échéances impayées avant la déchéance du terme ?
Aucun seuil légal unique. Le contrat prévoit la sanction, mais la Cour de cassation impose une mise en demeure préalable fixant un délai pour régulariser. En pratique, la déchéance intervient rarement avant 3 à 6 mois d'impayés et un courrier recommandé resté sans effet.
La banque peut-elle saisir ma résidence principale ?
Pas directement. Elle saisit d'abord le bien de la SCI, gagé par l'hypothèque. Votre patrimoine personnel n'est atteint que via la caution ou la responsabilité subsidiaire des associés, et au terme d'une procédure. Lisez votre acte de cautionnement : c'est lui qui détermine l'exposition de vos biens personnels.
Combien de temps ai-je entre le premier impayé et la vente du bien ?
En général plus d'un an. Comptez quelques mois de relances et mise en demeure avant la déchéance du terme, puis 12 à 24 mois de procédure de saisie immobilière (commandement, audience d'orientation, vente). Ce délai est fait pour être utilisé : négocier, vendre à l'amiable, saisir la médiation.
Puis-je obtenir un délai de grâce du juge ?
Oui. L'article 1343-5 du Code civil permet au juge de reporter ou d'échelonner le paiement d'une dette jusqu'à deux ans, en tenant compte de la situation du débiteur et des besoins du créancier. C'est un levier à invoquer devant le juge de l'exécution, via votre avocat.
Une SCI peut-elle bénéficier de la procédure de surendettement ?
Non : la procédure de surendettement des particuliers est réservée aux personnes physiques pour des dettes non professionnelles ; une SCI n'y a pas accès. La SCI relève, elle, des procédures collectives du Code de commerce (mandat ad hoc, conciliation, redressement ou liquidation judiciaire). Une caution personne physique peut, dans certaines conditions restrictives, relever du surendettement : à examiner avec un avocat.
La médiation du crédit est-elle vraiment gratuite ?
Oui, totalement, et confidentielle. C'est un service public opéré par la Banque de France, accessible en ligne à toute entreprise, SCI comprise. Le médiateur reprend le dialogue avec la banque et, pendant l'instruction, l'établissement s'engage à maintenir ses concours. Un recours trop peu connu des gérants de SCI.
Que devient la dette s'il reste un solde après la vente du bien ?
Si le prix de vente ne couvre pas la totalité de la dette, le reliquat reste dû. La banque le réclame alors à la caution solidaire (voie la plus rapide) et, subsidiairement, aux associés au prorata de leurs parts (art. 1857/1858). D'où l'intérêt de maximiser le prix de vente en privilégiant l'amiable à l'adjudication.
Pilotez la trésorerie de votre SCI et évitez l'impayé
sci-ai.app suit vos loyers, vos échéances d'emprunt et votre solde prévisionnel en temps réel, tient la comptabilité à jour et prépare vos déclarations. Vous anticipez les tensions de trésorerie avant qu'elles ne deviennent des impayés — et gardez un dossier propre à présenter à votre banque.
Pour aller plus loin