Prêt relais en SCI : combien la banque avance, ce que la société paie
Votre société a un bien en vente et une occasion qui ne l'attendra pas. Le prêt relais existe pour ce moment-là : la banque avance une partie de la valeur du bien que vous n'avez pas encore vendu, et se rembourse le jour de la vente. Trois chiffres décident de tout. Ce que la banque acceptera d'avancer. Ce que la société paiera chaque mois tant que le bien n'est pas parti. Et le prix plancher sous lequel la vente ne suffira plus à tout solder. Sur le dossier déroulé ici, ils valent 134 000 €, 3 179 € par mois et 233 333 €. Nous les calculons intégralement, ainsi que le coût net d'impôt du montage : 4 663 €, soit 1,17 % du prix d'achat.
Rédigé par Quentin Hagnéré, fondateur de sci-ai.app, et vérifié contre les sources officielles (Code civil, Code de la consommation, CGI, BOFiP). Mis à jour le 1er septembre 2026.
Une SCI — société civile immobilière — n'emprunte pas comme un particulier : ni les mêmes protections, ni les mêmes réflexes de banquier. Et la déduction des intérêts ne se joue pas au même endroit selon le régime. À l'IR, l'impôt sur le revenu, chaque associé est imposé sur sa part. À l'IS, l'impôt sur les sociétés, c'est la société qui paie. Capacité d'emprunt, garanties, assurance : tout ce qui vaut pour un crédit long est traité dans notre guide du prêt bancaire en SCI. Ici, rien que le relais.
Sommaire
- Un prêt relais n'est pas un prêt : c'est une avance sur une vente qui n'a pas eu lieu
- Montant du prêt relais : combien la banque avance vraiment, ligne par ligne
- La double charge pendant la phase relais : 3 179 € contre 1 713 €
- Combien coûte un prêt relais en SCI : coût brut, coût net d'impôt, seuil de 1,17 %
- Le jour de la vente : ce qui reste, ce que reprend la banque
- Chaque point de quotité arraché est un point de marge en moins
- Le bien ne se vend pas : proroger le relais, brader, ou tout perdre
- Ce que la SCI n'a pas au compromis, et les six clauses qui le remplacent
- Les intérêts du relais sont-ils déductibles ? Le test d'affectation, à l'IR et à l'IS
- Relais ou les quatre autres voies : le tableau de décision
- Comptabiliser le relais, et les cinq erreurs qui coûtent le plus cher
- Prêt relais en SCI : vos questions
1. Un prêt relais n'est pas un prêt : c'est une avance sur une vente qui n'a pas eu lieu
Un prêt classique se rembourse avec des loyers, mois après mois, sur quinze ou vingt ans. Un prêt relais se rembourse en une fois, avec le prix d'une vente. Tant que la vente n'a pas eu lieu, la société ne rembourse aucun capital : elle paie des intérêts, ou même pas, et attend. Ce n'est pas un crédit, c'est une avance de trésorerie garantie par un actif qu'on cherche à céder.
Une chose commande tout le reste : aucun texte ne régit le prêt relais d'une SCI locative. Le Code de la consommation définit bien le crédit relais (art. L311-1, 16°) et l'encadre quand l'emprunteur relève du chapitre du crédit immobilier. Mais une société civile qui emprunte pour louer en sort — nous le démontrons en section 8. Pour elle, durée, taux, quotité, conditions de prorogation et pénalités sont entièrement contractuels. Ce que vous ne faites pas écrire dans l'offre, vous ne l'aurez pas.
À quoi sert-il dans une société civile ? À un arbitrage : vendre l'immeuble A pour acheter l'immeuble B, sans laisser passer B. Acheter pour revendre est une tout autre affaire, fiscalement : voir la FAQ. Le relais n'est pas davantage un prêt in fine, ce crédit dont on ne rembourse le capital qu'au terme. Le in fine dure quinze ans et se solde avec une épargne nantie. Le relais dure douze mois et se solde avec une vente (voir notre guide du prêt in fine en SCI).
Les hypothèses de calcul de tout ce guide
Six hypothèses, posées avant le premier calcul. Ce sont des hypothèses de travail, pas un relevé de marché. Nous ne publions pas un « taux moyen du prêt relais 2026 » que nous n'avons pas mesuré. Les formules sont données : rejouez-les avec les chiffres de votre offre.
- Taux du prêt relais : 4,00 % l'an
- Taux du prêt amortissable qui complète le montage : 3,40 % sur 20 ans
- Ancien prêt en cours sur le bien à vendre : 2,10 %, 96 mensualités restantes
- Commission d'agence à la vente : 4 % du prix
- Frais d'acquisition (droits d'enregistrement et émoluments) : 8 % du prix d'achat
- Coût de garantie : 1,3 % du montant avancé — frais de dossier : 900 €
Une simplification, annoncée d'avance : nous figeons à 90 000 € le capital restant dû de l'ancien prêt pendant toute la phase relais, alors que ses échéances l'amortissent mois après mois. C'est l'hypothèse défavorable ; nous chiffrons l'écart en section 5.
Reconnaître l'offre qu'on vous met sous le nez
Toutes les banques ne vendent pas le même produit sous le même nom. Six appellations reviennent. Le produit, lui, a bien un nom légal — le crédit relais de l'article cité plus haut. Ces six-là sont des dénominations commerciales : il n'en existe aucune nomenclature officielle.
| Appellation | Quand la banque le propose | Ce que ça change pour vous |
|---|---|---|
| Relais sec | Le prix de vente attendu couvre seul le nouvel achat : aucun crédit long derrière | Le plus cher au taux, le plus simple au montage. Un seul risque : la vente |
| Relais adossé | Un compromis est déjà signé sur le bien à céder | Quotité relevée — la quotité étant le pourcentage de la valeur du bien que la banque accepte d'avancer —, souvent 80 à 90 %, et taux abaissé. C'est le meilleur cas |
| Relais-rachat, ou relais adossé à un prêt long | L'achat dépasse le prix de vente : il faut un amortissable en complément | C'est notre cas d'école. Deux contrats, deux taux, deux jeux de frais |
| Avance sur vente | L'acte est signé, les fonds ne sont pas encore versés par le notaire | Durée de quelques semaines, coût faible. Rien à voir avec un vrai relais |
| Prêt achat-revente | Offre packagée qui refinance l'ancien prêt et le nouvel achat en un seul crédit | Un seul interlocuteur, mais des pénalités de sortie souvent élevées |
| Franchise totale ou partielle | Option offerte sur chacune des formes ci-dessus | Partielle : vous payez les intérêts chaque mois. Totale : vous ne payez rien, les intérêts s'ajoutent à la dette |
Notre parti pris pour tout ce guide : la franchise partielle. Elle coûte de la trésorerie chaque mois, et c'est ce qui vous force à regarder la réalité en face. Pourquoi la franchise totale est un piège sur un bien difficile à vendre : section 10.
2. Montant du prêt relais : combien la banque avance vraiment, ligne par ligne
Le dossier que nous suivrons d'un bout à l'autre. Une SCI détient un immeuble qu'elle espère vendre 340 000 € ; la banque, elle, retient une estimation de 320 000 €. Il reste 90 000 € de capital restant dû sur l'ancien prêt — c'est-à-dire la part du crédit encore à rembourser, hors intérêts futurs. La société veut acquérir un autre immeuble à 400 000 €, frais d'acquisition compris à 8 %.
| Étape | Calcul | Montant |
|---|---|---|
| Prix du bien à acquérir | — | 400 000 € |
| Frais d'acquisition | 400 000 × 8 % | 32 000 € |
| Besoin de financement total | 400 000 + 32 000 | 432 000 € |
| Base de calcul du relais | Estimation de la banque, pas le prix espéré | 320 000 € |
| Quotité appliquée | 320 000 × 70 % | 224 000 € |
| Moins le capital restant dû | 224 000 − 90 000 | 134 000 € |
| Prêt amortissable complémentaire | 432 000 − 134 000 | 298 000 € |
Le relais s'élève donc à 134 000 €, et la société emprunte 298 000 € à long terme — sans apport, ce qui est tout l'intérêt du montage (voir notre guide de l'apport personnel en SCI).
Sur la quotité se logent les deux erreurs les plus répandues.
- « La quotité porte sur le prix de vente. » Non : elle porte sur l'estimation retenue par la banque. Ici, 320 000 € et non 340 000 €. Croire le contraire, c'est compter sur 238 000 € d'avance au lieu de 224 000 € : 14 000 € qui manqueront le jour de la signature.
- « On déduit le crédit en cours avant d'appliquer la quotité. » Non, l'ordre est inverse : la quotité s'applique d'abord, le capital restant dû se soustrait ensuite. Dans l'autre sens on obtiendrait 70 % × (320 000 − 90 000) = 161 000 €, soit 27 000 € de trop.
3. La double charge pendant la phase relais : 3 179 € contre 1 713 €, le chiffre qui décide du dossier
Pendant la phase relais, la société porte trois lignes de charge à la fois. C'est le seul chiffre que regarde vraiment un comité d'engagement — l'instance interne qui accorde ou refuse le crédit.
| Ligne de charge | Base | Par mois |
|---|---|---|
| Prêt amortissable | 298 000 € sur 240 mois à 3,40 % | 1 713 € |
| Intérêts du relais (franchise partielle) | 134 000 × 4,00 % = 5 360 €/an | 447 € |
| Ancien prêt, qui court toujours | 90 000 € sur 96 mois à 2,10 % | 1 019 € |
| Total pendant la phase relais | — | 3 179 € |
| Total après la vente | Le seul amortissable subsiste | 1 713 € |
| Écart à tenir | Pendant douze mois | 1 466 € |
Ces montants sont hors assurance emprunteur. 1 466 € par mois pendant douze mois, soit 17 592 € à sortir en plus des loyers habituels : voilà le vrai dossier. Une banque ne refuse presque jamais un relais parce que le bien est mal estimé. Elle le refuse parce que la société ne démontre pas qu'elle tiendra cet écart. Les autres causes de refus sont dans notre guide du refus de prêt en SCI, et la façon de tenir l'écart dans la durée dans le calcul de cash-flow.
Et cette charge ne reste pas dans la société. La banque qui étudiera votre dossier personnel pendant ces douze mois réintégrera tout ou partie des 3 179 € (voir détenir une SCI réduit-il votre capacité d'emprunt personnelle ?). Une phase relais la gèle pendant un an.
4. Combien coûte un prêt relais en SCI : coût brut, coût net d'impôt, seuil de 1,17 %
Le flux mensuel est une chose. Le coût de l'opération sur douze mois en est une autre.
| Poste | Calcul | Montant |
|---|---|---|
| Intérêts du relais sur 12 mois | 134 000 × 4,00 % | 5 360 € |
| Frais de dossier | Hypothèse | 900 € |
| Garantie | 134 000 × 1,3 % | 1 742 € |
| Mainlevée de la garantie à la vente (la radiation de l'hypothèque) | Hypothèse | 500 € |
| Coût brut du relais | — | 8 502 € |
| Économie d'impôt (associé à 30 % de TMI) | 8 502 × 45,16 % | − 3 839 € |
| Coût net du relais | 8 502 − 3 839 | 4 663 € |
Le TMI, ou taux marginal d'imposition, est le taux qui frappe la dernière tranche de revenus de l'associé. À l'IR, un euro de charge foncière déduite économise le TMI plus les prélèvements sociaux, restés à 17,2 % sur les revenus fonciers. On lit partout 30 + 17,2 = 47,2 %. C'est faux d'un cran. La CSG payée sur les revenus fonciers est elle-même déductible du revenu global, à hauteur de 6,8 points (art. 154 quinquies, II du CGI). Un euro déduit efface donc aussi 6,8 centimes de cette déduction future, soit 2,04 centimes d'impôt à 30 % de TMI. Le taux réellement épargné est de 45,16 %.
Les quatre postes du tableau sont bien déductibles. Les intérêts, au titre de l'article 31, I, 1°, d du CGI. Les frais de dossier, de cautionnement et de mainlevée, au titre du § 190 du BOI-RFPI-BASE-20-80, qui les assimile aux intérêts. Liste complète dans nos charges déductibles en SCI.
Ces 3 839 € supposent des revenus fonciers à effacer. Si les 8 502 € creusent un déficit, la règle change. L'imputation d'un déficit foncier sur le revenu global plafonne à 10 700 € par an. Et la fraction venant des intérêts d'emprunt en est exclue : elle n'attaque que les revenus fonciers des dix années suivantes (art. 156, I, 3° du CGI). Les 5 360 € d'intérêts du relais attendront donc d'avoir des loyers en face. L'économie n'est pas perdue, elle est décalée (voir le déficit foncier en SCI).
La division que personne ne pose
4 663 € de coût net, rapportés aux 400 000 € du bien acquis, font 1,17 %. Voilà l'arbitrage, et il tient en une phrase : si le marché local monte de plus de 1,17 % en douze mois, le relais est gagnant ; s'il stagne, il est perdant. Tout le reste — le confort de ne pas déménager deux fois, la peur de rater le bien — est un argument de sensibilité, pas un argument de rendement.
5. Le jour de la vente : ce qui reste, ce que reprend la banque
Douze mois plus tard, le bien part au prix retenu par la banque : 320 000 €. Le flux de trésorerie réel, hors écritures :
| Poste | Calcul | Montant |
|---|---|---|
| Prix de vente | — | 320 000 € |
| Commission d'agence | 320 000 × 4 % | − 12 800 € |
| Net vendeur | — | 307 200 € |
| Solde de l'ancien prêt | Capital restant dû | − 90 000 € |
| Indemnité sur l'ancien prêt | 90 000 × 2,10 % × 0,5 | − 945 € |
| Solde du prêt relais | — | − 134 000 € |
| Il reste à la société | — | 82 255 € |
L'indemnité de remboursement anticipé est la pénalité que réclame la banque quand on solde un crédit avant son terme. Son mécanisme est détaillé dans notre guide de la renégociation de crédit en SCI ; nous la prenons ici comme acquise. Les écritures de la cession sont dans comptabiliser la vente d'un immeuble en SCI.
Trois choses que ce tableau ne montre pas
- L'ancien prêt s'amortit. Nous le figeons à 90 000 €, comme annoncé. En réalité, douze échéances le ramènent à 79 559 € et l'indemnité à 835 € : il resterait 92 806 €. Nous raisonnons donc au pire.
- Hors mainlevée : les 500 € sont déjà comptés dans le coût brut de 8 502 € de la section 4.
- Hors impôt de plus-value, que le notaire prélève sur le prix le jour de l'acte, et qui dépend du prix et de la date d'acquisition : voir notre guide de la plus-value en SCI.
Les 82 255 € affectés au prêt amortissable, et les deux versions de la pénalité
La société affecte ce reliquat au remboursement anticipé partiel du prêt de 298 000 €. C'est là qu'apparaît la conséquence la plus concrète de l'absence de protection consumériste.
Chez un particulier, la pénalité est plafonnée à un semestre d'intérêts sur le capital remboursé, sans dépasser 3 % du capital restant dû avant remboursement — le plus bas des deux plafonds l'emporte (art. R313-25 du Code de la consommation). Ce texte appartient au chapitre du crédit immobilier, qui ne couvre pas de plein droit une SCI locative. Les banques l'appliquent souvent. C'est une pratique, pas un droit. Résultat :
- Clause négociée, alignée sur le standard des particuliers : 82 255 × 3,40 % × 0,5 = 1 398 €. Le second plafond (3 % de 287 412 €, soit 8 622 €) ne joue pas ici.
- Clause non négociée, la banque ayant stipulé douze mois d'intérêts : 82 255 × 3,40 % = 2 797 €. Elle en a parfaitement le droit. C'est le double, et c'est légal.
Reste à recalculer le prêt. Après douze échéances de 1 713 €, le capital restant dû n'est plus de 298 000 € mais de 287 412 €. On y impute les 82 255 €, l'indemnité de 1 398 € étant réglée à part, sur la trésorerie de la société : il subsiste 205 157 € sur 228 mois, et la mensualité tombe de 1 713 € à 1 223 €. Soit 490 € de moins chaque mois pendant dix-neuf ans : 228 × 490 = 111 720 € de mensualités épargnées pour 82 255 € versés d'avance, donc près de 29 500 € d'intérêts en moins. Sur les autres emplois possibles du reliquat, voir distribuer le prix de vente d'un immeuble en SCI.
6. Chaque point de quotité arraché est un point de marge en moins
Tout le monde négocie la quotité à la hausse, comme s'il s'agissait d'une victoire. Regardons ce qu'elle achète.
La bonne question n'est pas « combien vais-je obtenir ? » mais « à quel prix minimal devrai-je vendre pour tout solder ? ». Ce plancher couvre l'ancien prêt (90 000 €) plus le relais, net des 4 % d'agence.
| Quotité obtenue | Relais | À solder | Prix de vente minimal | Marge de baisse |
|---|---|---|---|---|
| 70 % | 134 000 € | 224 000 € | 233 333 € | − 27 % |
| 80 % | 166 000 € | 256 000 € | 266 667 € | − 17 % |
| 90 % | 198 000 € | 288 000 € | 300 000 € | − 6 % |
La « marge de baisse » se lit par rapport à l'estimation de 320 000 €. À 70 %, le bien peut perdre plus du quart de sa valeur : l'opération se solde encore à l'équilibre. À 90 %, six pour cent de baisse suffisent à mettre la société en manque. Six pour cent, c'est un acquéreur qui négocie fermement.
Le gérant qui décroche 90 % au lieu de 70 % ne gagne pas 64 000 €. Il achète 64 000 € de trésorerie immédiate contre 21 points de marge de sécurité. C'est un arbitrage, jamais une victoire — et l'un des rares cas où nous conseillons de demander moins que ce que la banque est prête à donner.
7. Le bien ne se vend pas : proroger le relais, brader, ou tout perdre
Douze mois passent, le bien est toujours là. La banque proroge d'un an, avec la majoration d'usage d'un point : le relais passe à 5,00 %.
- Intérêts de la deuxième année : 134 000 × 5,00 % = 6 700 €
- Frais d'avenant : 500 €
- Surcoût de la prorogation : 7 200 €
- Coût cumulé du relais sur 24 mois : 8 502 + 7 200 = 15 702 €
Trois issues, chiffrées jusqu'au solde, les 945 € d'indemnité sur l'ancien prêt compris.
| Scénario | Prix | Net vendeur | Après les 224 000 € de dettes |
|---|---|---|---|
| Vente à − 15 % | 272 000 € | 261 120 € | Il reste 36 175 €, indemnité déduite — le relais en a consommé 43 % |
| Vente à − 30 % | 224 000 € | 215 040 € | Il manque 9 905 €, que les associés devront apporter |
| Pas de vente au terme | — | — | Le relais devient exigible : on entre dans le défaut |
Le deuxième scénario mérite qu'on s'y arrête. La vente ne rembourse plus la dette : il faut trouver 9 905 € ailleurs. La sortie la plus rapide est l'apport en compte courant d'associé — l'argent qu'un associé prête à sa propre société (voir notre guide du compte courant d'associé). Rien de dramatique à 9 905 €. Mais c'est un chèque personnel qu'aucun associé n'avait prévu de signer.
Le troisième s'arrête ici, volontairement. Au terme non honoré, la banque peut prononcer la déchéance du terme, appeler la caution et engager une saisie. Ces mécanismes sont traités dans la SCI ne peut plus payer son emprunt et saisie immobilière en SCI. Retenez seulement qu'un relais mal calibré y conduit en vingt-quatre mois.
8. Ce que la SCI n'a pas au compromis, et les six clauses qui le remplacent
Le droit, en six phrases. Le chapitre du crédit immobilier du Code de la consommation ne s'arrête pas à la porte des personnes morales : son article L313-1, 3° les fait entrer dans le champ. Ce qui en fait sortir une SCI, c'est la destination du crédit : financer une activité professionnelle — la loi visant comme exemple celle des personnes morales qui procurent des immeubles en propriété ou en jouissance. Le critère est donc plus large que cette seule fourniture. Et le chapitre ne couvre que les immeubles d'habitation, ou mixtes : un relais sur un local purement commercial en sort par la nature du bien. Cette clause de sortie est écrite à l'intérieur même de ce 3°, puis reprise en termes quasi identiques à l'article L313-2, 2°, qui l'étend aux personnes physiques. Une SCI qui emprunte pour louer est donc dehors — non pas à cause de sa personnalité morale, mais à cause de ce qu'elle fait de l'argent.
Une conséquence, une seule, et c'est celle qui coûte cher : la condition suspensive légale d'obtention du prêt de l'article L313-41 du Code de la consommation ne joue pas. Chez un particulier, c'est le mécanisme qui rend l'achat caduc et le dépôt de garantie intégralement restituable quand la banque dit non. La Cour de cassation a tranché sur ce point précis : 1re civ., 14 octobre 2015, n° 14-24.915. Arrêt inédit — nous le signalons —, rendu au visa des anciens articles L312-3 et L312-16, recodifiés le 1er juillet 2016. La cour d'appel avait protégé une SCI en retenant l'usage familial de l'immeuble. Cassation : elle n'avait pas regardé l'objet social, qui allait de l'acquisition à la location en passant par la division en lots. Le test n'est pas l'usage réel du bien, c'est l'objet social croisé avec la destination du prêt. Une SCI familiale qui loue n'y échappe pas. Dix ans plus tard, la même chambre juge sur le même critère. Une SCI qui souscrit des prêts immobiliers pour acquérir des immeubles conformément à son objet agit en qualité de professionnel (1re civ., 9 juillet 2025, n° 23-23.066). Arrêt également inédit, rendu cette fois à propos des clauses abusives. Deux arrêts inédits ne font pas une jurisprudence publiée, mais ils tiennent la même ligne : c'est l'objet social qui commande.
Dans ce cas, ne faites pas ça
Ne signez jamais le compromis d'achat sans y faire écrire une condition suspensive d'obtention du prêt relais, en toutes lettres. Si le compromis est muet, la société est engagée à acheter, que la banque suive ou non.
Le chiffrage sur notre dossier : compromis à 400 000 €, dépôt de garantie usuel de 10 % séquestré chez le notaire, soit 40 000 €. Trois semaines plus tard, le comité refuse le relais. Sans clause, la société est un acquéreur défaillant : selon ce que stipule le compromis, le vendeur garde le séquestre au titre de la clause pénale, ou y renonce et poursuit l'exécution forcée de la vente. 40 000 € pour trois lignes non écrites. Une porte de sortie, étroite : le juge peut modérer d'office une pénalité manifestement excessive (art. 1231-5 du Code civil). Mais 10 % du prix n'a rien d'excessif aux yeux d'un tribunal. Ne comptez pas dessus.
La clause, à recopier et à faire adapter :
« La présente promesse est conclue sous la condition suspensive de l'obtention par l'acquéreur, personne morale, des deux concours suivants. Premièrement, un prêt relais de 134 000 € minimum, d'une durée de 12 mois, au taux nominal maximal de 4,50 % hors assurance. Deuxièmement, un prêt amortissable de 298 000 € minimum, d'une durée de 240 mois, au taux nominal maximal de 3,90 % hors assurance. La condition sera réputée réalisée par la remise d'une offre de prêt écrite au plus tard le [date]. À défaut, la présente promesse sera caduque de plein droit et le dépôt de garantie restitué intégralement à l'acquéreur dans les huit jours, sans retenue ni indemnité. »
Et la précaution que personne ne prend : faites viser cette clause par le notaire rédacteur avant signature. Un compromis d'agence reprend par défaut la clause type du Code de la consommation, qui ne protège pas une SCI locative. Elle sera là, elle aura l'air de vous couvrir, elle ne vous couvrira pas.
Vu de l'autre côté — quand la SCI vend — les règles diffèrent : voir vendre l'immeuble de la SCI. Ici, elle est acquéreur.
Les six clauses à faire écrire dans l'offre, avant édition
- Exonération totale d'indemnité de remboursement anticipé quand le remboursement vient de la vente du bien mis en relais. La plus utile, et la plus facile à obtenir : c'est le déroulement normal du contrat.
- Plafonnement de cette indemnité au standard des particuliers sur le prêt amortissable : un semestre d'intérêts, sans dépasser 3 % du capital restant dû. Sur notre dossier, la clause fait économiser 1 399 € : 1 398 € d'indemnité au lieu de 2 797 €.
- Durée et conditions de prorogation écrites d'avance, taux majoré chiffré au contrat. Jamais « au taux en vigueur » : le jour où vous demanderez la prorogation, votre position de négociation sera nulle.
- Faculté de basculer de franchise totale en franchise partielle en cours de route, et l'inverse. Gratuit avant signature, impossible après.
- Recalcul du prêt amortissable après remboursement partiel, au choix de la société : à durée constante (la mensualité baisse, 1 223 € ici) ou à mensualité constante (la durée raccourcit). Beaucoup de contrats imposent l'un des deux.
- Condition suspensive d'obtention du relais dans le compromis, rédigée comme ci-dessus et visée par le notaire.
La banque demandera aussi un cautionnement des associés — étendue, durée et disproportion sont traitées dans notre guide de la caution personnelle en SCI. Négociez au minimum qu'elle s'éteigne au solde du relais.
9. Les intérêts du relais sont-ils déductibles ? Le test d'affectation, à l'IR et à l'IS
La réponse ne dépend pas du produit : un relais n'est ni plus ni moins déductible qu'un crédit long. Elle dépend de ce que la société fait de l'argent. Cinq emplois, deux régimes.
| À quoi sert le relais | SCI à l'IR (revenus fonciers) | SCI à l'IS |
|---|---|---|
| Acquérir l'immeuble qui sera loué | Déductible | Déductible |
| Financer des travaux sur un immeuble loué | Déductible | Déductible |
| Rembourser un compte courant d'associé | Selon l'origine | Défendable si l'emprunt d'origine finançait l'immeuble |
| Distribuer aux associés | Non | Risque |
| Financer la résidence principale d'un associé | Non | Non |
À l'IR, la règle tient en une ligne : seule une destination immobilière locative ouvre la déduction (art. 31, I, 1°, d du CGI, § 20 et 30 du BOI-RFPI-BASE-20-80). À l'IS, c'est la société qui est imposée : la charge financière y suit la logique de l'intérêt social, pas celle de l'affectation à un immeuble. Le champ est plus large, sans être illimité.
Deux lignes méritent leur nuance. Le remboursement d'un compte courant reste déductible à l'IR si ce compte courant avait lui-même financé l'immeuble loué — son acquisition, sa construction, sa conservation, sa réparation ou son amélioration. C'est la solution de l'emprunt substitutif, admise par le Conseil d'État au vu de « la continuité de l'objet de l'endettement » (CE, 28 mars 2014, n° 350816, mentionné aux tables). N'est pas déductible l'emprunt qui rembourse un apport ayant financé autre chose. Pour la distribution, à l'IS, l'administration doit établir l'acte anormal de gestion : la déduction n'est pas exclue par principe, mais c'est le premier poste attaqué en contrôle.
Un cas voisin, souvent confondu : le relais qui finance la résidence principale d'un associé sert parfois à justifier le remploi du prix d'une cession. Autre sujet, autre page : l'exonération pour remploi dans la résidence principale.
Le paradoxe : sur ce poste, l'IR déduit presque deux fois plus que l'IS
Mêmes 8 502 € de coût brut. À l'IR, chez un associé à 30 % de TMI : 8 502 × 45,16 % = 3 839 €. À l'IS au taux normal de 25 % : 2 126 €. Au taux réduit de 15 %, l'écart se creuse encore : 1 275 €. Ce taux couvre les 42 500 premiers euros de bénéfice, sous trois conditions cumulatives (art. 219, I, b du CGI) : chiffre d'affaires sous 10 M€, capital entièrement libéré, détention continue à 75 % au moins par des personnes physiques. L'arithmétique est simple : le taux marginal du foyer, augmenté des prélèvements sociaux et net de la CSG déductible, dépasse le taux de l'impôt sur les sociétés. C'est l'inverse de ce qu'on lit d'ordinaire. Et cela ne vaut que pour ce poste de charge, pas pour l'arbitrage global entre les deux régimes, traité chez le guide du prêt bancaire.
10. Relais ou les quatre autres voies : le tableau de décision
Le relais n'est jamais la seule façon d'acheter B avant d'avoir vendu A. Quatre autres voies existent, et l'une d'elles gagne dans la plupart des dossiers sans urgence. Comparées sur le même besoin de 134 000 € :
| Voie | Ce qu'elle coûte | Quand la choisir |
|---|---|---|
| Prêt relais | 4 663 € net sur 12 mois, et une marge de baisse limitée à 27 points si la vente cale | Le bien convoité ne sera plus là dans six mois |
| Vendre d'abord, acheter ensuite | 0 € de financement, mais chaque mois de recherche coûte le loyer du bien qu'on n'a pas : à 5 % de rendement brut sur 400 000 €, 1 667 €/mois | Marché local calme, aucune urgence, offre abondante |
| Apport en compte courant d'associé | 134 000 € de trésorerie personnelle immobilisés 12 mois : à 3 % de rendement alternatif, 4 020 € de coût d'opportunité | Les associés disposent des 134 000 € et acceptent de les geler |
| Cession-bail (vendre les murs et les relouer aussitôt) | La propriété du bien, échangée contre des loyers. Non chiffrable ici : tout dépend de la valeur cédée et du rendement exigé par l'investisseur | On veut du cash sans quitter les murs |
| Crédit-bail immobilier (louer le bien avec option d'achat au terme) | Des redevances, et la propriété différée jusqu'à la levée d'option | Actif professionnel, pas de capacité d'emprunt disponible |
Chacune a sa page : le compte courant d'associé, la cession-bail, le crédit-bail immobilier, la vente de l'immeuble.
Le seuil de bascule, chiffré : le relais est le bon choix si l'une des deux conditions est remplie. Première condition : le marché local monte de plus de 1,17 % sur douze mois. Seconde : la solution de repli coûte plus de 4 663 € — soit, dans notre dossier, plus de deux mois et demi de recherche avant de retrouver un bien équivalent, puisque 4 663 / 1 667 = 2,8 mois. Aucune des deux n'est vérifiée ? Dans ce cas, le relais n'est pas la bonne réponse : vendez d'abord, achetez ensuite.
Le second « ne faites pas ça »
Ne prenez pas un relais en franchise totale sur un bien que vous savez difficile à vendre. Les intérêts capitalisés grossissent la dette pendant que le bien ne part pas : 5 360 € la première année, puis 6 968 € la seconde sur une dette gonflée à 139 360 €, soit 12 328 € contre 12 060 € en franchise partielle. L'écart nominal est faible. Le vrai coût est ailleurs. À l'IR, la déduction est limitée aux sommes payées dans l'année : la franchise totale reporte donc toute la déduction sur l'exercice du solde, celui-là même où la société n'aura peut-être pas assez de revenus fonciers pour l'absorber. Vous payez moins, et vous déduisez moins bien.
11. Comptabiliser le relais, et les cinq erreurs qui coûtent le plus cher
Le relais est un emprunt comme un autre, et notre guide comptabiliser un emprunt en SCI détaille les écritures. Seulement ce qui lui est propre :
- Mise en place : débit 512 (banque), crédit 164 (emprunts auprès des établissements de crédit). Si l'avance n'est pas un contrat de prêt mais une simple ouverture de crédit, elle relève du 519, où le plan comptable range les concours bancaires courants. Ni le même compte, ni la même lecture au bilan.
- Frais de dossier : compte 6272, « Commissions et frais sur émission d'emprunts », subdivision du 627. L'erreur courante consiste à les porter au 6275, qui est le compte des frais sur effets de commerce.
- Intérêts en franchise partielle : débit 661 (charges d'intérêts), crédit 512, chaque mois.
- Intérêts en franchise totale : à la clôture, débit 661, crédit 1648, « Intérêts courus sur emprunts auprès des établissements de crédit » ; au solde, débit 1648, crédit 512. Ce compte a changé. Le règlement ANC n° 2022-06, applicable aux exercices ouverts depuis le 1er janvier 2025, a sorti ces intérêts courus du 1688 pour en faire une subdivision du 164. Le 1688 ne vise plus que les autres emprunts.
- Solde du relais : débit 164, crédit 512.
- Présentation au bilan : parmi les dettes financières, avec la mention « dont à moins d'un an » tant que le terme est à moins de douze mois. L'annexe en reprend le détail dans l'état des échéances des dettes (art. 832-15 du plan comptable général). C'est la ligne que lira la prochaine banque à qui vous présenterez vos comptes.
Le point fiscal de la section précédente se joue ici : à l'IR, les intérêts ne sont déductibles que l'année où ils sont payés, le BOFiP limitant la déduction « aux sommes payées au cours de l'année d'imposition ». Une écriture au 1648 constate la charge en comptabilité, pas la déduction fiscale.
Les cinq erreurs, chiffrées
| Erreur | Coût |
|---|---|
| Appliquer la quotité au prix espéré (340 000 €) au lieu de l'estimation de la banque (320 000 €) | 14 000 € de trésorerie qui manquent le jour de la signature |
| Oublier que l'ancien prêt court toujours et bâtir le budget sur 2 160 €/mois | 1 019 €/mois, soit 12 228 € sur douze mois |
| Signer le compromis sans condition suspensive d'obtention du relais | 40 000 € de dépôt de garantie perdus |
| Ne pas faire écrire le plafonnement de l'indemnité de remboursement anticipé | 1 399 € — 2 797 € au lieu de 1 398 € |
| Négocier 90 % de quotité sans regarder la marge de sécurité | 64 000 € de trésorerie contre 21 points de marge : un plancher de vente à 300 000 € |
Suivez la double charge dans vos comptes, pas dans un tableur
sci-ai.app rapproche les échéances de vos emprunts et isole les intérêts déductibles, à l'IR comme à l'IS.
12. Prêt relais en SCI : vos questions
Une SCI peut-elle obtenir un prêt relais sans compromis signé sur le bien à céder ?
Oui, mais à des conditions dégradées. Sans compromis, la banque n'a aucune preuve du prix : elle retient sa propre estimation et abaisse la quotité, souvent de 70 % à 50 ou 60 %. Sur une estimation de 320 000 €, passer de 70 % à 60 % fait perdre 32 000 € d'avance. Avec un compromis signé chez le notaire et les délais de rétractation purgés, certaines banques montent à 80 ou 90 % et le produit devient un relais adossé, beaucoup moins cher.
Quelle est la durée maximale d'un prêt relais, et peut-on le proroger deux fois ?
Aucun texte ne fixe de durée : tout est contractuel. L'usage bancaire est de douze mois, prorogeables une fois pour douze mois, soit vingt-quatre au total. Une seconde prorogation est rare et se négocie au cas par cas, souvent contre une baisse de prix documentée du bien invendu. N'attendez pas le dernier mois : une prorogation se demande trois à quatre mois avant le terme, dossier de commercialisation à l'appui (mandats, nombre de visites, offres reçues et refusées).
Le prêt relais souscrit par ma SCI pèse-t-il sur ma capacité d'emprunt personnelle ?
Oui, dans presque tous les cas, et davantage qu'un crédit long. Une banque qui étudie votre dossier personnel intègre la charge de la SCI soit en totalité, soit en endettement dit différentiel : elle ne retient alors que la charge nette des loyers. Le relais, lui, est vu comme une dette à échéance courte que ne couvre aucun loyer. Si vous vous êtes porté caution, elle l'intègre presque toujours en entier. Le mécanisme complet est détaillé dans notre guide sur la capacité d'emprunt personnelle du gérant de SCI.
La banque exigera-t-elle une caution personnelle sur un relais qui ne dure qu'un an ?
En pratique oui, presque systématiquement, et la brièveté du prêt n'y change rien : c'est justement parce que le remboursement dépend d'un événement incertain — une vente — que le prêteur veut un engagement personnel. Attendez-vous à un cautionnement solidaire des associés, à hauteur du relais et non de leur quote-part de parts. Négociez sa durée : la caution doit tomber au solde du relais, pas survivre au prêt amortissable.
Peut-on monter un relais quand le bien est vendu par une SCI et racheté par une autre SCI du même groupe familial ?
C'est le montage le plus souvent refusé. La banque veut une vente à un tiers, avec un mandat d'agence ou un compromis à un acquéreur réel. Quand vendeur et acheteur ont les mêmes associés, elle estime qu'aucune trésorerie ne sort du groupe. S'ajoute un risque fiscal : le prix d'une vente entre parties liées n'est qu'un plancher, l'administration pouvant lui substituer la valeur vénale réelle (art. 666 du CGI, art. L17 du livre des procédures fiscales).
Un prêt relais peut-il financer des travaux plutôt qu'une acquisition ?
Techniquement oui — rien n'interdit d'affecter l'avance à un chantier — mais l'accueil bancaire est nettement plus froid, parce que des travaux ne créent pas l'actif qui garantira le prêt suivant. Fiscalement, en revanche, l'affectation est bonne. À l'impôt sur le revenu, les intérêts d'un emprunt destiné à la réparation ou à l'amélioration d'un immeuble loué sont déductibles au même titre que ceux d'une acquisition (art. 31, I, 1°, d du CGI). Le blocage est bancaire, pas fiscal.
Faut-il une assemblée générale pour autoriser le gérant à souscrire un relais, ou l'objet social suffit-il ?
Juridiquement, le gérant engage la société par les actes entrant dans l'objet social (art. 1849 du Code civil) : si l'objet vise l'acquisition et le financement d'immeubles, aucune assemblée n'est légalement requise. Mais les statuts limitent très souvent les pouvoirs du gérant au-delà d'un montant, et surtout la banque exige presque toujours un procès-verbal d'assemblée autorisant l'emprunt, la garantie et la caution. Relisez la clause de pouvoirs avant de signer l'offre : un acte hors objet social n'engage pas la société civile, même envers un tiers de bonne foi.
Le relais peut-il être garanti par une caution mutuelle plutôt que par une hypothèque sur le bien à vendre ?
Rarement. Les organismes de cautionnement acceptent volontiers les crédits amortissables sur résidence, beaucoup moins un relais adossé à un actif que la société cherche justement à céder. La garantie usuelle reste une inscription hypothécaire ou une hypothèque légale spéciale du prêteur de deniers, sur le bien mis en vente, avec mainlevée au moment de la cession. C'est l'ancien privilège de prêteur de deniers, rebaptisé par la réforme des sûretés du 15 septembre 2021 (art. 2402 du Code civil) : une hypothèque moins chère, réservée à l'achat d'un bien existant. Nous retenons ici un coût de garantie global de 1,3 % du montant avancé, soit 1 742 €, comme hypothèse de calcul et non comme un tarif.
Comment la banque estime-t-elle le bien à vendre, et peut-on faire réviser une estimation trop basse ?
Elle s'appuie le plus souvent sur une expertise de son propre réseau ou sur un avis de valeur d'agence, corrigé d'une décote de prudence, c'est-à-dire d'une baisse de valeur appliquée par précaution. Vous pouvez la contester, et cela vaut la peine : chaque tranche de 10 000 € d'estimation gagnée vaut 7 000 € d'avance supplémentaire à 70 %. Les seules pièces qui font bouger une estimation sont des ventes comparables récentes du même immeuble ou de la même rue, un diagnostic de performance énergétique favorable et, mieux que tout, une offre écrite reçue.
Peut-on solder un prêt relais par un apport en compte courant d'associé si la vente traîne ?
Oui, et c'est souvent la sortie la moins coûteuse. Le compte courant d'associé est l'argent qu'un associé prête à sa propre société : il rembourse le relais, la banque libère la garantie, et la société doit ensuite cette somme à l'associé. Deux précautions : faire constater l'apport par une écriture datée et, si le compte est rémunéré, savoir que les intérêts servis à l'associé sont imposables entre ses mains. Le régime complet est traité dans notre guide du compte courant d'associé.
Un relais est-il possible sur un bien loué occupé, ou détenu en démembrement par la SCI ?
Sur un bien occupé, oui, mais la décote change tout. Un logement vendu occupé se négocie sous sa valeur libre, avec une décote que les professionnels situent le plus souvent entre 10 et 20 % selon la durée du bail restant à courir. La banque appliquera ensuite sa quotité à cette valeur décotée, pas à la valeur libre. Sur un bien démembré, la société n'ayant que la nue-propriété ou que l'usufruit, le refus est quasi systématique. La vente suppose l'accord de l'autre titulaire de droits, et la valeur d'un droit isolé se garantit mal.
Que devient le prêt relais si l'acquéreur se rétracte après le compromis ?
Le relais reste dû : il n'est adossé qu'à une promesse, pas à un encaissement. Concrètement, la société repart en commercialisation avec le compteur qui tourne — 447 € d'intérêts par mois dans notre exemple — et le terme du relais, lui, ne bouge pas. C'est le scénario qui consomme la marge le plus vite : deux acquéreurs successifs qui se rétractent coûtent facilement six mois de délai. D'où la clause de prorogation à taux chiffré d'avance, à faire écrire dès l'offre.
Un prêt relais fait-il courir un risque de requalification en marchand de biens ?
Le financement court terme figure bien parmi les indices d'intention spéculative que l'administration relève, mais il ne suffit jamais à lui seul. Il faut distinguer deux situations. Acheter pour revendre rapidement avec un relais : l'indice pèse. Vendre un immeuble A pour en acquérir un B destiné à la location : c'est un arbitrage patrimonial, l'exact contraire d'un achat en vue de la revente. La durée de détention et la mise en location du bien acquis le démontrent. Conservez les baux et les mandats de location du nouveau bien.
Que se passe-t-il si l'associé qui s'est porté caution décède pendant la phase relais ?
L'article 2317 du Code civil tranche la question. Réécrit par l'ordonnance du 15 septembre 2021, il est en vigueur depuis le 1er janvier 2022 : les héritiers de la caution ne sont tenus que des dettes nées avant le décès. Toute clause contraire est réputée non écrite. Un relais déjà décaissé est une dette née : les héritiers en répondent. Ce que la banque ne peut plus faire, c'est leur opposer une clause du cautionnement qui les engagerait au-delà. Elle a en revanche presque toujours stipulé une exigibilité anticipée en cas de décès du garant : à défaut de remplaçant, elle peut exiger le remboursement. Prévoyez la parade dès l'offre : une assurance décès sur la tête du garant, ou une clause qui limite l'exigibilité au défaut de remplacement du garant sous un délai écrit.
Peut-on cumuler un prêt relais et un prêt in fine sur le nouveau bien ?
Oui, et c'est même une combinaison classique : le relais finance l'apport que la société n'a pas, le prêt in fine — remboursé en une seule fois au terme, adossé à un contrat d'épargne nanti — finance le solde. Mais la double charge devient très lourde, puisque le in fine ne rembourse aucun capital : la société paie deux séries d'intérêts et une prime d'assurance sans amortir un euro. À ne monter que si la vente du bien A est quasi certaine.
La SCI doit-elle faire apparaître le prêt relais quelque part dans sa liasse ou sa 2072 ?
Les deux régimes ne se ressemblent pas du tout sur ce point. À l'impôt sur les sociétés, la SCI dépose un bilan : le capital du relais y figure, ligne par ligne. À l'impôt sur le revenu, la déclaration 2072 n'est pas un bilan mais un compte de résultat foncier : le capital emprunté n'y apparaît nulle part, et c'est normal. Seuls les intérêts et les frais d'emprunt effectivement payés dans l'année se déclarent, à la ligne 17 du formulaire 2072-S, intitulée « Intérêts des emprunts contractés pour l'acquisition, la reconstruction, l'agrandissement, la réparation, l'amélioration ou la conservation des immeubles ». Frais de dossier, cautionnement et mainlevée s'y ajoutent, le BOFiP les traitant au même titre que les intérêts.
Une phase relais se pilote au mois près
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