Revenu foncier exceptionnel en SCI : le système du quotient (2026)
Un pas-de-porte de 60 000 €. Un rappel de loyers de trois ans encaissé d'un seul coup. Une indemnité de départ versée par un locataire commercial. Ces recettes tombent une fois dans la vie d'une SCI — et pourtant, le fisc les traite comme si elles s'ajoutaient à vos revenus de l'année. Résultat : la totalité grimpe d'un coup dans les tranches hautes du barème, et l'addition double presque. J'ai vu des associés découvrir, en mai, qu'un pas-de-porte qui semblait une bonne nouvelle leur coûtait la moitié en impôt.
Il existe pourtant un correctif, prévu noir sur blanc par le Code général des impôts et largement ignoré : le système du quotient de l'article 163-0 A. Son principe : ne pas laisser un revenu « en bloc » écraser votre barème. Encore faut-il savoir qu'il existe, vérifier que votre revenu y a droit, et — surtout — penser à le demander. Ce guide déroule le mécanisme, la fameuse condition de montant, un cas chiffré complet et la case exacte à cocher.
Rédigé par Quentin Hagnéré, fondateur de sci-ai.app, et vérifié contre les sources officielles (CGI, BOFiP, impots.gouv.fr). Cet article est informatif et ne remplace pas un conseil personnalisé. Mis à jour le 23 juillet 2026.
Sommaire
- Revenu exceptionnel, revenu différé : de quoi parle-t-on ?
- Le mécanisme du quotient (art. 163-0 A CGI)
- La condition de montant : exceptionnel vs différé
- Application à une SCI à l'IR : le circuit 2072 → 2044 → 2042
- Cas chiffré : un pas-de-porte de 60 000 €
- Les limites du quotient
- Pourquoi le quotient ne joue pas à l'IS
- Comment déclarer : la case ØXX de la 2042
- Les erreurs fréquentes
- FAQ
1. Revenu exceptionnel, revenu différé : de quoi parle-t-on ?
Tout commence par une question de vocabulaire, et elle n'a rien d'académique. Le quotient ne s'applique qu'à deux familles de revenus bien précises : les revenus exceptionnels et les revenus différés. Ranger votre pas-de-porte ou vos arriérés dans la bonne case, c'est ce qui décide de votre droit au dispositif — et de la manière de le calculer. On perd souvent le bénéfice du quotient non pas parce qu'on n'y a pas droit, mais parce qu'on a mal qualifié la recette au départ.
Le revenu exceptionnel par nature
Un revenu est exceptionnel quand, par sa nature même, il n'a pas vocation à revenir chaque année. Ce n'est pas le loyer qui tombe tous les mois : c'est un événement isolé, sans lendemain. Dans une SCI à l'IR qui loue de l'immobilier, les candidats habituels sont peu nombreux mais bien identifiés :
- Le pas-de-porte (ou droit d'entrée) versé par un locataire à l'entrée d'un bail commercial, lorsqu'il s'analyse en supplément de loyer ;
- Une indemnité perçue par la SCI : indemnité de résiliation anticipée de bail versée par le locataire, indemnité compensatrice imposable comme revenu foncier ;
- Une subvention non récurrente imposable comme revenu foncier l'année de son encaissement ;
- Plus généralement, toute recette foncière ponctuelle sans équivalent les années précédentes ou suivantes.
Attention à la qualification du pas-de-porte. Le droit d'entrée d'un bail commercial n'est imposable comme revenu foncier que s'il constitue un supplément de loyer (art. 29 CGI). S'il représente la contrepartie d'une dépréciation de l'immeuble ou d'une sujétion imposée au bailleur, il n'est pas imposable (BOI-RFPI-BASE-10-10). Avant de raisonner quotient, il faut donc établir que le revenu est bien imposable.
Le revenu différé
Le revenu différé, lui, obéit à une autre logique. Il est encaissé en une fois, mais il se rattache à plusieurs années passées — et s'il arrive groupé, c'est à cause d'un tiers, pas de vous. Le cas d'école en immobilier : le rappel d'arriérés de loyers. Un locataire cesse de payer, la SCI l'assigne, et deux ou trois ans plus tard le juge condamne : les loyers d'autant d'années atterrissent sur un seul exercice.
La nuance est de taille. Dans le différé, l'argent aurait dû rentrer petit à petit, exercice après exercice ; c'est un grain de sable extérieur qui l'a compacté. Le quotient ne fait alors que réparer une concentration que vous n'avez pas voulue. Sur la manière de gérer les impayés bien en amont — avant d'en arriver au tribunal — j'ai détaillé la marche à suivre dans notre guide des impayés de loyer en SCI.
2. Le mécanisme du quotient (art. 163-0 A CGI)
L'idée de l'article 163-0 A du CGI tient en une phrase : plutôt que d'empiler tout le revenu exceptionnel sur vos autres revenus — ce qui le fait cogner de plein fouet les tranches hautes —, on n'en teste qu'une tranche, puis on extrapole l'impôt. On « goûte » le barème avec une petite cuillère au lieu de le vider d'un trait. Voici comment ça marche, concrètement.
Pour un revenu exceptionnel : le quart, puis fois quatre
Le calcul se déroule en trois temps :
- On calcule l'impôt sur le revenu net global ordinaire (sans le revenu exceptionnel).
- On calcule l'impôt sur ce même revenu ordinaire augmenté du quart du revenu exceptionnel. La différence entre les deux est le supplément d'impôt.
- Ce supplément d'impôt est multiplié par quatre. Le résultat est l'impôt total dû au titre du revenu exceptionnel.
Traduit en clair : le quart sert de sonde pour mesurer la tranche que le revenu vient réellement toucher, et le « fois quatre » reconstitue l'impôt sur la totalité — mais à un taux moyen qu'un ajout en bloc n'aurait jamais offert. C'est toute la finesse du dispositif : il ne cache pas le revenu, il l'empêche seulement de faire s'emballer le barème.
Pour un revenu différé : un coefficient variable
Même mécanique pour le différé, à un détail près : le coefficient n'est plus figé à quatre. Il correspond au nombre d'années civiles échues auxquelles se rattache le revenu, augmenté de un (art. 163-0 A, II du CGI). Trois ans d'arriérés ? Le coefficient est donc quatre (3 + 1) : on divise par quatre, on ajoute au revenu ordinaire, on mesure le supplément d'impôt, on multiplie par quatre. Le quotient épouse ainsi la durée réelle de l'impayé — sans oublier l'unité qui s'ajoute au nombre d'années. Attention tout de même : fixer précisément ce nombre d'années demande de remonter le fil de la créance, et mieux vaut le sécuriser au cas par cas plutôt qu'à la louche.
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3. La condition de montant : exceptionnel vs différé
Sur le papier, exceptionnel et différé se ressemblent. En pratique, un seul détail les sépare vraiment, et il fait toute la différence : une condition de montant pèse sur le revenu exceptionnel, et sur lui seul.
| Critère | Revenu exceptionnel | Revenu différé |
|---|---|---|
| Nature | Non susceptible d'être perçu chaque année | Se rapporte à plusieurs années passées, perçu en une fois |
| Exemple foncier | Pas-de-porte, indemnité de résiliation | Arriérés de loyers recouvrés du fait d'un tiers |
| Condition de montant | Oui : > moyenne des revenus nets imposables des 3 dernières années | Non : aucune condition de montant |
| Coefficient | 4 (quart ajouté, supplément ×4) | Nombre d'années auxquelles le revenu se rapporte, augmenté de un (3 ans → coefficient 4) |
| Cause du versement groupé | Événement ponctuel | Circonstances indépendantes de la volonté du bénéficiaire |
Un exemple pour ancrer les choses. Un foyer a déclaré en moyenne 45 000 € de revenus nets imposables sur les trois dernières années. Il encaisse un pas-de-porte de 60 000 € : le seuil est franchi, le quotient est ouvert. Avec un pas-de-porte de 30 000 €, en revanche, la porte se referme — le revenu reste sous la moyenne, il sera imposé en bloc. Le rappel de loyers, lui, ignore superbement ce test : peu importe le montant, dès qu'il se rattache à plusieurs années et qu'un tiers en a groupé le versement, le quotient s'applique. C'est un vrai avantage du différé, souvent oublié.
4. Application à une SCI à l'IR : le circuit 2072 → 2044 → 2042
Une SCI à l'IR ne paie pas d'impôt : elle est fiscalement transparente (art. 8 CGI). Le résultat traverse la société et « remonte » aux associés au prorata de leurs parts, chacun l'intégrant dans sa propre déclaration. Le revenu exceptionnel emprunte donc un circuit en trois marches, qu'il faut connaître pour ne rater aucune étape.
| Étape | Formulaire | Ce qui s'y passe |
|---|---|---|
| 1. Niveau SCI | 2072 | La SCI détermine son résultat foncier (loyers + revenu exceptionnel − charges) et le répartit entre associés |
| 2. Niveau associé (foncier) | 2044 | Chaque associé reporte sa quote-part de revenu foncier |
| 3. Niveau associé (option) | 2042 / 2042 C | L'associé intègre son revenu foncier et demande le quotient pour la fraction exceptionnelle |
Deux réflexes à graver. Premier : ce n'est pas la SCI qui exerce le quotient. Elle se borne à qualifier le revenu et à le répartir ; le choix d'activer le dispositif, lui, se joue chez chaque associé, sur sa feuille d'impôt, en fonction de sa situation propre — revenu ordinaire, tranche marginale, quotient familial. D'où un phénomène qui surprend toujours : sur un même pas-de-porte, deux associés à parts égales peuvent afficher un gain radicalement différent. Celui qui a de gros revenus par ailleurs profitera moins du quotient que celui qui vit sur un revenu modeste.
Second réflexe : la condition de montant se juge au niveau du foyer de l'associé, jamais au niveau de la société. Ce n'est pas le pas-de-porte encaissé par la SCI qu'on compare à la moyenne des trois ans, mais la quote-part qui remonte à chaque associé. Pour caler proprement cette répartition, deux guides à garder sous le coude : la déclaration 2072 côté société, et la quote-part sur la 2044 côté associé.
5. Cas chiffré : un pas-de-porte de 60 000 €
Rien ne vaut des chiffres. Prenons Julien, célibataire, une part, dont le revenu net global ordinaire tourne autour de 20 000 € par an — un revenu volontairement modeste, car c'est là que le quotient montre toute sa puissance. Sa SCI à l'IR, dont il détient la quasi-totalité des parts, encaisse à l'arrivée d'un nouveau commerçant un pas-de-porte de 60 000 €, imposable comme revenu foncier et qui lui remonte en totalité. 60 000 € face à une moyenne de revenus bien plus basse : la condition de montant est remplie sans discussion.
Le tableau qui suit est illustratif : je raisonne sur un barème à cinq tranches (0, 11, 30, 41 et 45 %) et j'isole volontairement les prélèvements sociaux, qu'on retrouvera juste après.
| Étape de calcul | Sans quotient | Avec quotient |
|---|---|---|
| Revenu ordinaire | 20 000 € | 20 000 € |
| Fraction ajoutée | + 60 000 € (totalité) | + 15 000 € (le quart) |
| Base intermédiaire | 80 000 € | 35 000 € |
| Impôt sur le revenu ordinaire (20 000 €) | 935 € | 935 € |
| Impôt sur la base intermédiaire | 17 165 € | 3 665 € |
| Supplément d'impôt | 16 230 € | 2 730 € |
| × coefficient | — | × 4 = 10 920 € |
| Impôt dû sur le pas-de-porte | 16 230 € | 10 920 € |
5 310 € d'impôt en moins, sur une seule ligne de déclaration. Sans quotient, le pas-de-porte catapulte Julien dans la tranche à 30 % dès le premier euro au-dessus de ses 20 000 €. Avec le quotient, on ne teste que 15 000 € (le quart) : une part reste taxée à 11 %, et le « fois quatre » reconstitue l'impôt à un taux moyen nettement plus doux. Même montant encaissé, même case de déclaration — juste un mécanisme qu'on a pensé à activer.
Ne pavoisons pas trop vite : il reste les prélèvements sociaux. Sur les mêmes 60 000 €, les 17,2 % applicables aux revenus fonciers représentent 10 320 € — et là, le quotient ne peut rien. Ils tombent en totalité, sans étalement, sans exception. L'économie que l'on vient de calculer ne concerne que l'impôt sur le revenu ; c'est une belle économie, mais il faut la lire pour ce qu'elle est, pas comme une remise sur l'ensemble de la facture fiscale.
6. Les limites du quotient
Le quotient est un bon outil. Ce n'est pas une baguette magique, et l'oublier mène à des déceptions. Quatre bornes à connaître avant d'en espérer monts et merveilles.
Il ne réduit pas les prélèvements sociaux
C'est la limite numéro un, et je la répète à dessein. Le quotient s'arrête à la porte de l'impôt sur le revenu. Les prélèvements sociaux de 17,2 % sur les revenus fonciers, eux, frappent tout, sans rabais. Sur un gros pas-de-porte, il n'est pas rare que la ponction sociale dépasse à elle seule l'économie d'IR que vous venez d'arracher au quotient. On ne raisonne donc jamais quotient sans poser, en face, la ligne « 17,2 % ».
Il n'apporte rien dans la tranche maximale
Le quotient combat la progressivité. Or, à 45 %, il n'y a plus de progressivité à combattre : vous êtes déjà au sommet du barème. Le quart du revenu exceptionnel s'ajoute à un revenu déjà taxé au maximum, et le « fois quatre » reproduit fidèlement ce taux marginal. Gain net : zéro. Le quotient sert à éviter une bascule de tranche, pas à raboter un taux qui plafonne déjà.
Il faut le demander expressément
Le fisc ne l'applique jamais de lui-même. C'est à vous de le réclamer, sur la bonne case, l'année où le revenu tombe. Personne ne vous rappellera à l'ordre : si la case reste vide, le revenu est imposé en bloc, point final. C'est la limite la plus bête — parce qu'elle est parfaitement évitable — et pourtant la plus fréquente.
La qualification peut être discutée
Rien n'oblige l'administration à accepter votre étiquette. Un revenu qui revient, même de loin en loin, risque d'être requalifié en revenu ordinaire — et adieu le quotient. La parade tient en un mot : la preuve. Le bail qui fixe le pas-de-porte, le jugement qui condamne le locataire, le courrier de régularisation : conservez tout. Le jour d'un contrôle fiscal de la SCI, cette pile de justificatifs vaut tous les arguments.
Dernier point utile : le quotient et le déficit foncier ne se marchent pas dessus. Un même exercice peut très bien afficher de gros travaux déductibles d'un côté et un revenu exceptionnel étalé de l'autre. Simplement, chacun garde ses règles et ses plafonds : les faire cohabiter proprement suppose de lire le résultat foncier de l'année dans le détail, pas en diagonale.
7. Pourquoi le quotient ne joue pas à l'IS
Question qui revient souvent : « Et si ma SCI est à l'IS ? » Réponse courte : le quotient ne vous concerne pas. Il est taillé pour l'impôt sur le revenu du foyer, et il n'a de sens que face à un barème progressif à lisser. Une SCI à l'IS ne joue tout simplement pas sur ce terrain, pour trois raisons :
- La SCI à l'IS est imposée à son niveau, sur son résultat, au taux de l'IS (15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice sous conditions, 25 % au-delà). Ce taux est proportionnel, pas progressif : il n'y a rien à « étaler ».
- Un pas-de-porte encaissé par une SCI à l'IS est un produit imposable de l'exercice, intégré au résultat comptable et fiscal, sans traitement particulier au titre du quotient.
- L'associé n'est imposé, à titre personnel, que sur les dividendes distribués, soumis au PFU de 31,4 % en 2026 (12,8 % d'IR + 18,6 % de prélèvements sociaux). Le quotient ne concerne pas les dividendes.
Le quotient reste donc la chasse gardée des SCI à l'IR. À verser au dossier quand on hésite entre les deux régimes : un patrimoine qui a de bonnes chances de générer des recettes exceptionnelles — typiquement de l'immobilier commercial avec pas-de-porte à l'entrée — garde à l'IR une souplesse que l'IS ne rend pas. Ce n'est évidemment pas le seul critère du choix, mais c'en est un qu'on oublie presque toujours de mettre sur la table.
8. Comment déclarer : la case ØXX de la 2042
Tout se joue sur la déclaration complémentaire 2042 C, et la manœuvre tient en trois gestes. Ni formulaire spécial, ni démarche préalable : juste la bonne case et une note claire.
- Ne pas inclure le revenu exceptionnel ou différé dans les revenus ordinaires (il ne doit pas être ajouté deux fois).
- Porter son montant sur la ligne « Revenus exceptionnels ou différés » (case ØXX), rubrique « Divers » de la 2042 C.
- Joindre une note explicative précisant la nature du revenu (pas-de-porte, arriérés de loyers…), son montant, et, pour un revenu différé, le nombre d'années auxquelles il se rapporte (qui détermine le coefficient).
À partir de là, c'est l'administration qui fait tourner le calcul du quotient et retient l'option la plus douce pour vous — vous n'avez pas à dérouler vous-même les « fois quatre ». Une seule vigilance : gardez sous la main le bail, le jugement, les courriers. Ce sont eux qui justifient la nature exceptionnelle ou différée du revenu et, pour le différé, le nombre d'années qui fixe le coefficient. Sans preuve, la qualification tient à un fil.
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9. Les erreurs fréquentes
Erreur 1 : oublier de demander le quotient
La reine des erreurs, celle qui coûte le plus cher pour la raison la plus stupide. Case ØXX oubliée, et le revenu s'empile en bloc sur vos revenus ordinaires — pile ce que le quotient existait pour empêcher. Sur notre exemple à 60 000 €, cet oubli valait 5 310 €. Cinq mille euros pour une case non cochée.
Erreur 2 : croire que le quotient efface les prélèvements sociaux
Non, il ne les efface pas. Le quotient ne touche que l'IR ; les 17,2 % de prélèvements sociaux, eux, s'abattent sur la totalité du revenu foncier. Se réjouir de la seule économie d'impôt, c'est se raconter une histoire : le vrai gain se mesure une fois la ligne sociale posée à côté.
Erreur 3 : appliquer la condition de montant au revenu différé
Le test de la « moyenne des trois dernières années » ne vaut que pour l'exceptionnel. L'imposer aussi aux arriérés de loyers, c'est se priver soi-même du quotient sur un différé de petit montant qui y avait pourtant pleinement droit. J'ai vu cette erreur commise dans les deux sens : par excès de zèle comme par méconnaissance.
Erreur 4 : taxer un pas-de-porte non imposable
Avant même de parler quotient, une question préalable : ce pas-de-porte est-il seulement imposable ? S'il compense une dépréciation de l'immeuble ou une sujétion imposée au bailleur, il sort du champ de l'impôt — et le débat sur le quotient n'a plus lieu d'être. Sauter cette étape, c'est risquer de payer un impôt qui n'était pas dû.
Erreur 5 : attendre le quotient d'une SCI à l'IS
À l'IS, le revenu exceptionnel rejoint le résultat de la société et sort au taux proportionnel de l'IS, sans étalement possible. Attendre un quotient dans ce cadre, c'est chercher une porte là où il n'y a qu'un mur. Le dispositif n'existe qu'à l'IR, on l'a vu — inutile d'y revenir en mai, il sera trop tard.
10. FAQ — Revenu foncier exceptionnel et quotient
Le quotient réduit-il aussi les prélèvements sociaux ?
Non. Le système du quotient de l'article 163-0 A ne joue que sur l'impôt sur le revenu. Les prélèvements sociaux de 17,2 % sur les revenus fonciers restent dus sur la totalité du revenu exceptionnel, sans étalement. C'est la limite majeure du dispositif.
Le quotient s'applique-t-il à une SCI à l'IS ?
Non. C'est un mécanisme propre à l'impôt sur le revenu du foyer fiscal. Une SCI à l'IS est imposée à son niveau au taux de l'IS (15 % puis 25 %), un taux proportionnel qu'il n'y a pas lieu de lisser. L'associé n'est imposé que sur les dividendes distribués, au PFU de 31,4 % en 2026.
Qui exerce l'option : la SCI ou l'associé ?
L'associé, sur sa déclaration personnelle. La SCI à l'IR qualifie et répartit le revenu foncier sur la 2072 ; chaque associé le reporte sur sa 2044, puis demande le quotient sur sa 2042 C. C'est une option du foyer fiscal, dont l'intérêt varie d'un associé à l'autre.
Un pas-de-porte est-il toujours imposable ?
Non. Le droit d'entrée d'un bail commercial est imposable comme revenu foncier lorsqu'il constitue un supplément de loyer (art. 29 CGI). Il ne l'est pas s'il représente la contrepartie d'une dépréciation de l'immeuble ou d'une sujétion imposée au bailleur (BOI-RFPI-BASE-10-10). La lecture du bail est déterminante.
La condition de montant vise-t-elle le revenu différé ?
Non. Seul le revenu exceptionnel doit dépasser la moyenne des revenus nets imposables des trois dernières années. Le revenu différé (arriérés de loyers perçus en une fois du fait d'un tiers) bénéficie du quotient sans condition de montant.
Comment déclarer un revenu exceptionnel au quotient ?
Portez son montant sur la ligne « Revenus exceptionnels ou différés » (case ØXX) de la déclaration 2042 C, sans l'inclure dans vos revenus ordinaires, et joignez une note précisant la nature et le montant du revenu. L'administration calcule l'impôt selon le quotient.
Le coefficient est-il toujours de quatre ?
Pour un revenu exceptionnel, oui : on ajoute le quart et on multiplie le supplément d'impôt par quatre. Pour un revenu différé, le coefficient correspond au nombre d'années auxquelles le revenu se rapporte augmenté de un (art. 163-0 A, II CGI) : trois ans d'arriérés donnent un coefficient de quatre. À vérifier finement selon la situation.
Le quotient est-il utile si je suis déjà à la tranche à 45 % ?
Non. Si votre revenu ordinaire vous place déjà dans la tranche marginale la plus haute, le quart du revenu exceptionnel s'ajoute à un revenu déjà taxé à 45 % : le supplément multiplié par quatre équivaut à une imposition au taux marginal, sans gain. Le quotient n'a d'intérêt que s'il évite une bascule de tranche.
Un rappel de loyers sur trois ans ouvre-t-il droit au quotient ?
Oui, en tant que revenu différé, dès lors que le versement groupé résulte de circonstances indépendantes de votre volonté (décision de justice, régularisation imposée). Le coefficient est égal au nombre d'années auxquelles se rapportent les loyers augmenté de un (art. 163-0 A, II CGI), soit quatre pour trois ans d'arriérés, et aucune condition de montant n'est exigée.
Peut-on cumuler quotient et déficit foncier ?
Le quotient s'applique au revenu net, donc après imputation des charges et, le cas échéant, du déficit foncier de l'année dans ses limites de droit commun. Les deux mécanismes ne s'excluent pas, mais chacun obéit à ses propres règles : une lecture fine du résultat foncier est nécessaire.
Une indemnité de résiliation de bail est-elle un revenu exceptionnel ?
Oui, si elle est imposable comme revenu foncier et présente un caractère non récurrent. Une indemnité de résiliation anticipée versée par un locataire en compensation des loyers restant à courir constitue un revenu exceptionnel par nature, soumis à la condition de montant pour bénéficier du quotient.
Sur quel montant s'apprécie la condition de moyenne ?
Sur les revenus nets imposables du foyer de l'associé, pas de la SCI. C'est la quote-part de revenu exceptionnel remontée à l'associé qui doit dépasser la moyenne de ses propres revenus nets des trois dernières années. Deux associés peuvent donc être traités différemment.
Le quotient est-il automatique si je coche la bonne case ?
Vous devez renseigner la case ØXX et joindre une note ; l'administration applique alors le calcul du quotient. Sans cette démarche, aucun étalement : le revenu est imposé en bloc. Le quotient est une option à demander, année par année.
Une subvention exceptionnelle peut-elle bénéficier du quotient ?
Une subvention imposable comme revenu foncier et non susceptible d'être perçue chaque année peut être qualifiée d'exceptionnelle et ouvrir droit au quotient, sous la condition de montant. Les aides récurrentes ou correspondant à des travaux déduits relèvent d'un traitement distinct : une analyse au cas par cas est indispensable.
Le quotient modifie-t-il mon revenu fiscal de référence ?
Le revenu exceptionnel ou différé entre dans le revenu fiscal de référence pour son montant, même s'il est imposé selon le quotient. L'étalement joue sur le calcul de l'impôt, pas sur l'assiette du RFR : gardez-le à l'esprit pour les seuils qui dépendent de ce revenu de référence.
Où trouver le texte de référence ?
Le dispositif est codifié à l'article 163-0 A du CGI et commenté au BOFiP (BOI-IR-LIQ-20-30-20). Pour la qualification du pas-de-porte et des indemnités en revenus fonciers, référez-vous aux articles 28 et 29 du CGI et au BOI-RFPI-BASE-10-10.
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