SCI et Profession Libérale : Détenir les Murs de son Cabinet (2026)
Vous exercez en SELARL, SELAS, SCP ou en BNC, et vous vous apprêtez à acheter les murs de votre cabinet ? Surtout, ne les achetez pas au nom de votre structure d'exploitation. Le bon réflexe : loger l'immeuble dans une SCI distincte, qui le loue ensuite à la structure où vous exercez. Dissocier l'exploitation et l'immobilier, c'est protéger votre patrimoine, convertir un bénéfice lourdement imposé en revenu foncier optimisé, et préparer d'un même geste votre transmission et votre retraite. Ce guide démonte chaque rouage du montage : le loyer déductible, l'acte anormal de gestion, la théorie du bilan pour les BNC (art. 155 CGI), l'option TVA du local professionnel, l'arbitrage IR/IS et les risques de requalification.
Rédigé par Quentin Hagnéré, fondateur de sci-ai.app, et vérifié contre les sources officielles (CGI, BOFiP, Legifrance). Mis à jour le 10 juillet 2026.
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Sommaire
- Le principe : dissocier exploitation et immobilier
- Pourquoi une SCI pour son local professionnel
- Le loyer : déductible côté pro, imposable côté SCI
- Fixer un loyer de marché : acte anormal de gestion, art. 155 CGI
- TVA sur le local professionnel : option art. 260-2° CGI
- SCI à l'IR ou à l'IS pour les murs pro
- Transmission et sortie : donation, dissociation, revente
- Risques et vigilance : requalification, SCI fictive
- Exemple chiffré complet (SELARL médecin + SCI des murs)
- FAQ
1. Le principe : dissocier exploitation et immobilier
Le montage repose sur une idée simple et éprouvée, souvent désignée par le couple OpCo / PropCo (operating company / property company) :
- La structure d'exploitation (OpCo) : c'est là que vous exercez votre activité libérale. Selon votre profession et votre choix, il s'agit d'une SELARL, d'une SELAS, d'une SCP, ou de votre activité en BNC (exercice individuel). Elle génère les honoraires, supporte les charges d'exploitation, emploie éventuellement du personnel.
- La SCI des murs (PropCo) : elle détient l'immeuble — le cabinet, les locaux — et le loue à la structure d'exploitation via un bail. Elle encaisse les loyers, rembourse l'emprunt immobilier, supporte la taxe foncière et les gros travaux.
Ce qui relie les deux, c'est le bail : la SEL ou le professionnel BNC est locataire, la SCI est bailleresse. Dans l'immense majorité des cas, le libéral est associé — souvent gérant — des deux structures. Rien d'illégal là-dedans, tant que chacune mène une vie réelle.
| Structure | Rôle | Détient | Perçoit |
|---|---|---|---|
| SEL / SCP / BNC | Exploitation (OpCo) | La patientèle / clientèle, le matériel | Honoraires |
| SCI des murs | Immobilier (PropCo) | L'immeuble, le cabinet | Loyers |
Ce schéma est le cousin, appliqué au libéral, du montage murs d'entreprise détenus en SCI. La logique est identique ; les spécificités tiennent au régime fiscal du libéral (BNC, théorie du bilan, TVA du local professionnel) que nous détaillons ci-dessous. Pour aller plus loin sur les architectures de groupe, voyez aussi notre guide sur la holding immobilière et la SCI.
2. Pourquoi une SCI pour son local professionnel
Passer par une SCI plutôt que de détenir les murs en direct — ou pire, de les inscrire à l'actif de la SEL — répond à quatre objectifs très concrets.
Protéger le patrimoine immobilier
Un immeuble inscrit à l'actif de la SEL reste exposé aux créanciers professionnels : un contentieux, une dette, une procédure collective, et les murs peuvent tomber. Logés dans une SCI distincte, ils échappent aux aléas de l'exploitation. Ce cloisonnement patrimonial est vital dans les professions à forte responsabilité — médecine, chirurgie, notariat en tête.
Déduire le loyer et optimiser la fiscalité
Le loyer versé par la SEL (ou le BNC) à la SCI est une charge déductible du résultat professionnel. Vous transformez ainsi une part de bénéfice — imposée à l'IS de la SEL puis à la flat tax sur les dividendes, ou au barème BNC avec 45 % de TMI — en revenu foncier logé dans la SCI, où il peut être fortement allégé (charges, intérêts d'emprunt, voire amortissement à l'IS). C'est le cœur du levier, développé au chapitre 3.
Préparer la transmission
La SCI permet de transmettre les murs progressivement et à moindre coût fiscal, par donation de parts sociales, en profitant des abattements et éventuellement du démembrement. Voir notre guide dédié à la donation de parts de SCI.
Sécuriser la sortie et la retraite
Le jour où vous cédez votre cabinet, rien ne vous oblige à lâcher les murs : vous les gardez et encaissez désormais un loyer du repreneur. La SCI se mue en actif de rendement pour votre retraite, totalement décorrélé de la valeur de la patientèle.
3. Le loyer : déductible côté pro, imposable côté SCI
Le loyer est la clé de voûte du montage. Il produit un double effet fiscal.
Côté structure d'exploitation : une charge déductible
Le loyer versé à la SCI diminue le résultat imposable de la structure où vous exercez :
- En SEL (IS) : le loyer est une charge d'exploitation qui réduit le bénéfice soumis à l'impôt sur les sociétés (15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice au titre de l'article 219-I-b du CGI, puis 25 %).
- En BNC : le loyer est une dépense professionnelle déductible du bénéfice non commercial, imposé au barème progressif de l'impôt sur le revenu (jusqu'à 45 % de TMI + éventuelle CEHR).
Côté SCI : un revenu imposé, mais optimisable
Symétriquement, le loyer est un produit imposable pour la SCI. Son traitement dépend du régime :
| SCI à l'IR | SCI à l'IS | |
|---|---|---|
| Nature du revenu | Revenu foncier | Bénéfice soumis à l'IS |
| Imposition | Barème IR + 17,2 % PS | 15 % puis 25 % |
| Charges déductibles | Intérêts, travaux, taxe foncière, assurance | Idem + amortissement |
| Amortissement de l'immeuble | Non | Oui |
| Déclaration | 2072 → 2044/2042 | 2065 + liasse 2033 |
À l'IR, le loyer encaissé par la SCI devient un revenu foncier réparti entre les associés au prorata de leurs parts, imposé au barème progressif et majoré des prélèvements sociaux de 17,2 %, le tout via la déclaration 2072. À l'IS, ce même loyer s'inscrit au compte de résultat, mais la SCI dispose alors d'une arme redoutable : l'amortissement de l'immeuble, capable de comprimer le résultat imposable — parfois jusqu'à zéro — pendant les premières années.
À retenir : le loyer « fait fuir » du bénéfice fortement taxé (SEL/BNC) vers la SCI, où on peut l'éponger par les charges et l'amortissement. Encore faut-il fixer un loyer de marché (chapitre 4) et bien choisir le régime de la SCI (chapitre 6). Pour la liste complète des charges déductibles en SCI, consultez notre guide dédié.
4. Fixer un loyer de marché : acte anormal de gestion, art. 155 CGI
Voilà le point de vigilance numéro un. Le loyer doit coller à la valeur locative de marché du local. Ni trop haut, ni trop bas : les deux excès se paient.
Le risque du loyer excessif : l'acte anormal de gestion
Si la SEL verse à la SCI un loyer supérieur au prix de marché, l'administration y voit un acte anormal de gestion : la structure d'exploitation appauvrit son résultat au profit de la SCI sans contrepartie normale. Conséquence : la fraction excessive du loyer est réintégrée dans le bénéfice imposable de la SEL (ou du BNC), et la déduction est refusée. Le principe est ancré dans la jurisprudence du Conseil d'État sur le fondement de l'article 39 du CGI.
Le risque du loyer dérisoire
À l'inverse, un loyer trop faible prive la SCI de recettes normales. L'administration peut réintégrer dans les résultats de la SCI le manque à gagner, et l'avantage consenti peut être requalifié (par exemple en distribution occulte). Le loyer de marché protège donc les deux côtés du montage.
La théorie du bilan pour le BNC : l'article 155 du CGI
Le professionnel qui exerce en BNC a le choix d'inscrire ou non le local à son actif professionnel. Grâce au montage SCI, l'immeuble n'est pas dans le patrimoine professionnel du libéral : il appartient à la SCI. Le libéral (via sa structure d'exploitation) verse alors un loyer à la SCI, déductible de son BNC.
C'est l'article 155 du CGI qui encadre la « théorie du bilan » : depuis 2012, les produits et charges d'un bien non affecté à l'exploitation restent en dehors du résultat professionnel. Concrètement, cette règle scelle l'étanchéité entre l'activité BNC — qui déduit un loyer normal — et la SCI, qui l'encaisse en revenu foncier. L'administration valide de longue date la déduction du loyer versé par un exploitant à une SCI dont il est associé, à une double condition : que le loyer soit normal (valeur de marché) et effectivement payé.
Comment justifier le loyer
- Un bail écrit daté et signé, précisant la surface, la destination (usage professionnel), le loyer et ses modalités de révision.
- Des références comparables : baux de locaux professionnels similaires dans le secteur (m² / an).
- Une estimation d'agence ou d'expert immobilier, conservée au dossier.
- Un paiement effectif et régulier, tracé par le compte bancaire de la SCI (jamais de compensation informelle).
Règle d'or : le loyer de marché n'est pas qu'une précaution fiscale, c'est la condition de validité de tout l'avantage. Un loyer documenté, écrit et payé rend le montage inattaquable. Un loyer « au doigt mouillé » le fragilise.
Si la SEL exerce une activité soumise à conditions de bail particulières, notez que le bail des murs professionnels peut, selon les cas, relever d'un bail professionnel ou d'un bail commercial via la SCI — le choix a des conséquences sur la durée et le droit au renouvellement. Par ailleurs, lorsque la SCI loue à l'un de ses associés, appliquez les précautions décrites dans notre guide louer à un associé de la SCI.
5. TVA sur le local professionnel : option art. 260-2° CGI
Par principe, la location nue de locaux professionnels échappe à la TVA. Mais l'article 260-2° du CGI laisse une porte ouverte : une option pour soumettre volontairement les loyers à la taxe. Loin d'être un détail technique, c'est un levier de premier plan dès que la SCI engage des travaux.
Pourquoi opter pour la TVA
Sans option, la SCI ne facture pas de TVA sur les loyers, mais elle ne peut pas non plus récupérer la TVA sur ses dépenses (travaux, honoraires, agencements). Avec l'option, la SCI :
- facture la TVA (20 %) sur les loyers à la structure d'exploitation ;
- récupère la TVA (20 %) sur les travaux d'aménagement du cabinet, la construction, les honoraires.
Comme la SEL (ou le professionnel) qui exerce une activité soumise à TVA récupère de son côté la TVA facturée sur le loyer, l'opération est neutre pour le locataire assujetti et permet à la SCI de récupérer la TVA d'amont. Sur un chantier de rénovation de 100 000 € HT, l'option représente 20 000 € de TVA récupérée.
| Sans option TVA | Avec option (art. 260-2° CGI) | |
|---|---|---|
| TVA sur les loyers | Exonérée | 20 % facturée |
| Récupération TVA travaux | Non | Oui |
| Déclarations TVA (CA3/CA12) | Aucune | Obligatoires |
| Intérêt principal | Simplicité | Travaux importants |
Le point de vigilance : le locataire non assujetti
Attention : certaines professions libérales exercent une activité exonérée de TVA (notamment les professions médicales et paramédicales : médecins, kinés, infirmiers). Si le locataire (la SEL médicale) ne récupère pas la TVA, l'option renchérit son loyer de 20 % qu'elle supporte en pur coût. Dans ce cas, l'option TVA n'a d'intérêt que si le gain de TVA récupérée sur les travaux dépasse le surcoût de TVA sur les loyers dans le temps. Pour un avocat ou un notaire (assujettis), l'option est en général gagnante ; pour un médecin, l'arbitrage se calcule au cas par cas.
Point de forme à ne pas négliger : lorsque le preneur n'est pas assujetti à la TVA (cas d'une SEL médicale), l'article 260, 2°, b du CGI subordonne la validité de l'option à une mention expresse dans le bail. La clause d'assujettissement des loyers à la TVA doit donc figurer noir sur blanc dans le contrat de bail. Quand le preneur est lui-même assujetti (avocat, notaire), le bailleur peut opter unilatéralement, sans clause obligatoire.
Bon à savoir : l'option TVA s'exerce local par local et engage sur une durée. Elle rend les déclarations de TVA obligatoires (CA3 ou CA12). Notre guide SCI et TVA détaille les mécanismes, seuils et régimes 2026.
Enfin, lorsque le local est soumis à la TVA sur option, la CRL de 2,5 % n'est pas due : les deux ne se cumulent pas. Hors option, la CRL s'applique aux SCI à l'IS et aux SCI à l'IR ayant un associé personne morale, pour les immeubles bâtis achevés depuis plus de 15 ans.
6. SCI à l'IR ou à l'IS pour les murs pro
On touche ici à l'arbitrage qui structure tout le montage. Pas de réponse toute faite : la bonne réponse dépend de votre horizon de détention, de votre TMI et de la façon dont vous comptez sortir.
| Critère | SCI à l'IR | SCI à l'IS |
|---|---|---|
| Imposition du loyer | Barème IR + 17,2 % PS | IS 15 % / 25 % |
| Amortissement immeuble | Non | Oui (par composants) |
| Résultat imposable pendant la détention | Souvent élevé (peu de charges) | Faible (amortissement) |
| Plus-value à la revente | PV des particuliers, abattements | PV pro, amortissements réintégrés |
| Exonération après longue détention | Totale à 22 ans (IR) / 30 ans (PS) | Jamais |
| Comptabilité | Trésorerie, 2072 | Engagement, liasse 2033, FEC |
La logique de l'IR : payer plus maintenant, moins à la sortie
À l'IR, aucun amortissement : le revenu foncier est imposé plein pot au barème + 17,2 %. Pendant la détention, la facture est lourde si votre TMI est élevée. Mais à la revente, vous relevez du régime des plus-values immobilières des particuliers : abattement pour durée de détention, exonération totale d'impôt après 22 ans et de prélèvements sociaux après 30 ans. Idéal pour une détention longue et une transmission patrimoniale.
La logique de l'IS : effacer le résultat maintenant, payer à la sortie
À l'IS, l'amortissement de l'immeuble (hors terrain) peut ramener le résultat imposable proche de zéro pendant 20 à 30 ans : la SCI encaisse le loyer quasi défiscalisé. En contrepartie, à la revente, la plus-value est calculée sur la valeur nette comptable : les amortissements déduits sont réintégrés, ce qui gonfle mécaniquement la plus-value taxable, sans aucun abattement pour durée de détention. C'est le point à anticiper absolument : notre guide plus-value en SCI à l'IS détaille ce calcul.
Le bon choix se raisonne sur le cycle entier, de l'achat à la sortie. Notre comparatif SCI à l'IS ou à l'IR déroule la méthode complète. En deux mots : IS si vous cherchez le rendement pendant la détention et que la revente n'est pas au programme (ou qu'elle l'est en pleine conscience du coût) ; IR si vous visez la transmission et une revente exonérée après une longue détention.
7. Transmission et sortie : donation, dissociation, revente
Transmettre les murs par donation de parts
La SCI transforme un immeuble — bien indivisible et coûteux à transmettre — en parts sociales facilement fractionnables. Vous pouvez donner à vos enfants, tous les 15 ans, dans la limite de l'abattement de 100 000 € par parent et par enfant (art. 779 CGI), une fraction des parts. Sur deux ou trois donations espacées, une part importante des murs passe aux enfants en franchise de droits.
Mieux : la valeur des parts peut tenir compte d'une décote (illiquidité, minorité) et surtout du passif de la SCI. Si la SCI a un emprunt en cours, la valeur nette des parts est réduite d'autant, ce qui allège encore la donation.
Le démembrement des parts
Vous pouvez donner la nue-propriété des parts à vos enfants tout en conservant l'usufruit : vous continuez à percevoir les loyers votre vie durant, et au décès, les enfants récupèrent la pleine propriété sans droits supplémentaires. La donation de nue-propriété est calculée sur une valeur réduite selon le barème de l'article 669 du CGI (fonction de l'âge de l'usufruitier).
La dissociation à la cession du cabinet
Le jour où vous cédez votre activité, la dissociation prend tout son sens :
- Vous vendez la patientèle / clientèle ou vos parts de SEL au repreneur, sans les murs.
- Vous conservez la SCI et relouez les murs au repreneur : la SCI vous verse un revenu locatif régulier, parfaite retraite complémentaire.
- Ou vous revendez l'immeuble séparément, au moment fiscalement optimal (à l'IR, après 22/30 ans, en franchise).
Vendre un cabinet avec les murs réduit le nombre de repreneurs solvables et fait baisser le prix. Le séparer élargit le marché et sécurise votre patrimoine.
Sur les modalités de constitution et l'apport initial de l'immeuble, voyez nos guides créer une SCI et apport d'immeuble à une SCI.
8. Risques et vigilance : requalification, SCI fictive
Le montage est parfaitement légal, et pratiqué par des milliers de libéraux. Il ne dérape que dans un seul cas : quand il devient artificiel. Voici les quatre écueils à éviter.
Risque 1 : le loyer excessif ou dérisoire
Déjà vu au chapitre 4 : un loyer hors marché est le premier motif de redressement. La fraction excessive est réintégrée chez le locataire ; un loyer dérisoire fait perdre des recettes normales à la SCI. Restez sur la valeur locative de marché, documentée.
Risque 2 : la SCI fictive
Une SCI sans vie sociale réelle — pas d'assemblée générale, pas de comptabilité, pas de bail écrit, compte bancaire confondu avec celui du gérant — peut être qualifiée de fictive et son autonomie remise en cause. Faites vivre la SCI : bail signé, loyers réellement payés sur le compte SCI, AG annuelle, comptes tenus. Notre guide sur le rôle du gérant de SCI rappelle ces obligations.
Risque 3 : l'abus de droit
Si le montage n'a aucune substance économique et poursuit un but exclusivement (ou principalement) fiscal, l'administration peut invoquer l'abus de droit (art. L64 et L64 A du LPF). La parade est simple : le montage a une réelle logique patrimoniale (protection, transmission, séparation des risques), ce qui suffit à écarter le grief dès lors que la substance est présente.
Risque 4 : la dépendance économique
Quand la SCI n'a qu'un seul locataire — la SEL du gérant — sa situation est saine tant que le bail et le loyer sont réels. Veillez simplement à ce que la SCI ait des ressources suffisantes pour honorer son emprunt même en cas d'aléa sur l'exploitation, et à ne pas confondre les trésoreries. Le compte courant d'associé doit être documenté.
Prescription : l'administration dispose d'un droit de reprise de 3 ans (art. L169 / L176 LPF pour l'IR et la TVA) — qu'un simple dépôt tardif ne rallonge pas à lui seul —, d'un délai subsidiaire de 6 ans (art. L186 LPF) visant surtout les droits d'enregistrement et l'IFI, et de 10 ans en cas d'activité occulte ou de fraude. Une comptabilité tenue et des déclarations à jour ferment la porte aux mauvaises surprises.
9. Exemple chiffré complet (SELARL médecin + SCI des murs)
Prenons le Dr. Martin, médecin exerçant en SELARL (à l'IS). Il achète les murs de son cabinet — 400 000 €, dont 320 000 € de bâti amortissable et 80 000 € de terrain — via une SCI détenue à 90 % par lui et 10 % par son épouse. L'acquisition est financée par un emprunt de 400 000 € sur 20 ans. Le loyer de marché du local ressort à 2 000 €/mois, soit 24 000 €/an.
Étape 1 — Côté SELARL (le locataire)
La SELARL verse 24 000 € de loyer à la SCI. Ce loyer est déductible de son résultat IS. En faisant « sortir » 24 000 € de bénéfice imposé (à 25 %) vers la SCI, l'économie d'IS de la SELARL est de l'ordre de 6 000 €/an (24 000 € × 25 %). Ce bénéfice n'est plus taxé à l'IS, ni ensuite en dividendes à la flat tax (30 %).
Étape 2 — Côté SCI, hypothèse IR
| Poste | Montant annuel |
|---|---|
| Loyers encaissés | 24 000 € |
| – Intérêts d'emprunt (année 1, approx.) | – 10 000 € |
| – Taxe foncière + assurance | – 3 000 € |
| Revenu foncier imposable | 11 000 € |
| Impôt (TMI 41 %) + PS 17,2 % | ≈ – 6 400 € |
| Reste après impôt (avant capital emprunt) | ≈ 4 600 € |
À l'IR, seule la part « intérêts » de l'emprunt est déductible (pas le capital ni l'immeuble). Le revenu foncier de 11 000 € est taxé à environ 58 % (41 % + 17,2 %), soit ≈ 6 400 €. Sur les premières années, la trésorerie est tendue car le capital emprunté n'est pas déductible. En revanche, à la revente après 22/30 ans, la plus-value sera exonérée.
Étape 3 — Côté SCI, hypothèse IS
| Poste | Montant annuel |
|---|---|
| Loyers encaissés | 24 000 € |
| – Intérêts d'emprunt | – 10 000 € |
| – Taxe foncière + assurance | – 3 000 € |
| – Amortissement du bâti (320 000 € / ≈ 33 ans) | – 9 700 € |
| Résultat imposable à l'IS | ≈ 1 300 € |
| IS à 15 % | ≈ – 195 € |
À l'IS, l'amortissement de 9 700 € lamine le résultat : sur toute la phase d'amortissement, la SCI ne verse quasiment aucun impôt sur le loyer. La trésorerie file au remboursement de l'emprunt. Le revers de la médaille : à la revente de l'immeuble à 500 000 €, la plus-value IS se calcule sur la valeur nette comptable (prix d'achat diminué des amortissements pratiqués). Après 20 ans d'amortissement (≈ 194 000 € réintégrés), la plus-value taxable atteint 500 000 – (400 000 – 194 000) = 294 000 €, imposée à l'IS (15 % puis 25 %), sans aucun abattement. Là où l'IR aurait été exonéré.
La leçon de l'exemple
- Le loyer fait gagner ≈ 6 000 €/an d'IS à la SELARL, quel que soit le régime de la SCI.
- L'IS optimise la détention (peu d'impôt sur le loyer grâce à l'amortissement) mais coûte à la revente.
- L'IR coûte pendant la détention mais offre l'exonération de plus-value après longue détention — imbattable pour une transmission familiale.
- Pour un médecin qui garde les murs jusqu'à la retraite et les transmet à ses enfants, l'IR est souvent le plus pertinent. Pour un professionnel qui vise le rendement de trésorerie et revendra en connaissance de cause, l'IS se défend.
Ces chiffres sont illustratifs et simplifiés. L'arbitrage réel dépend de votre TMI, du financement, de l'horizon et du projet de sortie. Notre guide rémunération du gérant de SCI complète le sujet côté flux.
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FAQ — SCI et profession libérale
Un médecin en SELARL peut-il déduire le loyer versé à sa SCI ?
Oui. Le loyer est une charge déductible du résultat IS de la SELARL, à condition qu'il corresponde à la valeur locative de marché et qu'il soit effectivement payé sur le compte de la SCI. C'est le levier central du montage : il réduit le bénéfice imposé à l'IS et évite une taxation ultérieure en dividendes.
Un avocat ou un notaire peut-il faire le même montage ?
Oui. Que vous exerciez en SELARL, SELAS, SCP ou en BNC individuel, le schéma SCI des murs + structure d'exploitation s'applique. Les avocats et notaires étant assujettis à la TVA, l'option de l'article 260-2° CGI sur les loyers leur est généralement favorable lorsqu'il y a des travaux.
Le professionnel en BNC peut-il louer à sa propre SCI ?
Oui. Le libéral en BNC déduit le loyer de marché versé à la SCI dont il est associé, dès lors que le local n'est pas inscrit à son actif professionnel (théorie du bilan, art. 155 CGI) et que le loyer est normal et réellement payé. La SCI encaisse alors ce loyer comme revenu foncier (IR) ou bénéfice (IS).
Quel régime, IR ou IS, pour la SCI des murs de mon cabinet ?
L'IR est souvent préférable si vous visez la transmission et une revente exonérée après 22/30 ans de détention. L'IS optimise la détention grâce à l'amortissement (peu d'impôt sur le loyer), mais alourdit la plus-value à la revente (réintégration des amortissements, pas d'abattement). L'arbitrage se raisonne sur tout le cycle : achat, détention, sortie.
Que se passe-t-il si je vends mon cabinet plus tard ?
Vous cédez la patientèle ou vos parts de SEL au repreneur, tout en conservant les murs via la SCI. Vous relouez alors les locaux au repreneur (revenu locatif pour votre retraite), ou vous revendez l'immeuble séparément au moment fiscalement optimal. La dissociation élargit le marché des repreneurs et protège votre patrimoine.
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Pour aller plus loin
Ce guide est fourni à titre d'information générale et ne constitue pas un conseil personnalisé. Chaque situation (profession, structure d'exploitation, TMI, financement, horizon de détention) appelle une analyse propre. Vérifiez toujours les montants et seuils applicables auprès des sources officielles (CGI, BOFiP, impots.gouv.fr) et rapprochez-vous d'un professionnel pour un montage adapté à votre cas.