Amortissement en SCI à l'IS : le calcul complet, l'économie réelle et la facture à la revente (2026)
L'amortissement est la seule charge qu'une société civile immobilière (SCI) déduit sans rien décaisser. Sur l'appartement à 300 000 € qui sert de fil rouge à ce guide, il retire 11 640 € par an du résultat imposable. Attention au raccourci : cela vaut au mieux 1 746 € d'impôt sur les sociétés (IS) au taux réduit de 15 %, pas 11 640 €. Une déduction ne rapporte jamais que le taux d'impôt qu'elle évite. Deux réserves, ensuite. Il suppose l'IS : une SCI à l'impôt sur le revenu (IR) n'amortit pas son immeuble. C'est la différence comptable la plus lourde entre les deux régimes de la SCI, et la loi de finances pour 2026 n'y a ouvert qu'une brèche étroite, chiffrée en section 1. Et il se paie à la sortie : sur ce même immeuble revendu au bout de quinze ans, la facture d'IS est de 39 811 €. Cette page fait les deux calculs.
Sommaire
- Le préalable : à l'impôt sur le revenu, une SCI n'amortit pas son immeuble
- Ce qu'est l'amortissement, en langage courant
- Décomposer l'immeuble : les quatre catégories de composants retenues par l'administration
- Ventilation terrain / construction : la part qui ne s'amortit jamais
- Choisir les durées d'amortissement — et la formule qu'il faut fuir
- Cinq premières années : le tableau et l'IS réellement économisé
- Les frais d'acquisition : charge immédiate ou incorporation ?
- La contrepartie : ce que l'amortissement coûte à la revente
- Le déficit créé par l'amortissement : ce qu'on en fait vraiment
- Composant ou provision pour gros entretien ?
- Les erreurs d'amortissement qui coûtent, avec leur prix
- Questions fréquentes sur l'amortissement en SCI
1. Le préalable : à l'impôt sur le revenu, une SCI n'amortit pas son immeuble
La moitié des lecteurs arrive ici avec cette confusion, alors autant l'évacuer en premier. Une SCI à l'IR n'inscrit pas ses immeubles au bilan d'une entreprise : pas de valeur nette comptable, pas de décomposition par composants, pas de dotation annuelle. Ses revenus sont des revenus fonciers, et un revenu foncier se calcule en retranchant des loyers une liste de charges fixée par l'article 31 du code général des impôts (CGI). Cette liste est limitative : intérêts d'emprunt, taxe foncière, assurance, travaux d'entretien, de réparation et d'amélioration, frais de gestion.
Une réserve, toute récente. Depuis février 2026, un bailleur à l'impôt sur le revenu peut déduire une forme d'amortissement. Cela s'appelle le statut du bailleur privé : article 47 de la loi n° 2026-103 du 19 février 2026, codifié aux i et j du 1° du I de l'article 31 du CGI. Il joue à travers une SCI non soumise à l'IS, à condition que l'associé garde ses parts jusqu'au terme de la location. Les conditions sont étroites :
- logement situé en France dans un bâtiment d'habitation collectif. Les maisons individuelles sont hors du champ ;
- acquis neuf ou en état futur d'achèvement (i), ou ancien avec des travaux lourds (j), entre la publication de la loi et le 31 décembre 2028 ;
- location nue, à titre de résidence principale, pendant neuf ans au moins, sous plafonds de loyer et de ressources du locataire ;
- base de calcul : 80 % du prix d'acquisition, le terrain étant forfaitairement fixé à 20 % ;
- taux annuel dans le neuf : 3,5 % en location intermédiaire, 4,5 % en social, 5,5 % en très social. Dans l'ancien réhabilité : 3 %, 3,5 % et 4 % ;
- déduction plafonnée à 8 000 € par an et par foyer fiscal, portée à 10 000 € en location sociale et 12 000 € en très sociale.
Ce que cela vaut, en euros. Un logement neuf acheté 300 000 € et loué en intermédiaire donne une base de 240 000 €, donc 240 000 × 3,5 % = 8 400 € — ramenés au plafond de 8 000 € par an. La tranche marginale d'imposition, c'est le taux qui frappe le dernier euro de revenu du foyer. Pour un foyer à 30 %, prélèvements sociaux de 17,2 % compris, la déduction pèse 8 000 × 47,2 % = 3 776 € d'impôt évité par an. Soit 33 984 € sur les neuf ans d'engagement. La contrepartie est la même qu'à l'IS : les amortissements déduits viennent en minoration du prix d'acquisition retenu pour la plus-value, et gonflent donc l'impôt de sortie. Le dispositif complet est traité dans notre guide sur la loi de finances 2026 et les SCI.
Retenez la distinction, elle gouverne tout le reste de cette page. La déduction du bailleur privé est un forfait plafonné, réservé à quelques logements et à une fenêtre de trois ans. L'amortissement dont traite ce guide est un mécanisme comptable de droit commun, sans plafond, sur tous les immeubles, pour toute SCI à l'IS. Deux objets différents qui portent le même nom.
Ce n'est pas pour autant que la SCI à l'IR n'a aucun levier. Le sien s'appelle le déficit foncier : quand les charges dépassent les loyers, l'excédent s'impute sur le revenu global des associés dans la limite de 10 700 € par an, ce qu'un déficit d'IS ne fait jamais. Deux mécaniques opposées, deux stratégies opposées. Si vous hésitez encore entre les deux régimes, le sujet est traité au fond dans notre comparatif SCI à l'IR ou à l'IS, et la bascule elle-même dans le guide sur le passage de l'IR à l'IS.
2. Ce qu'est l'amortissement, en langage courant
Un immeuble s'use. La chaudière de 2001 ne durera pas éternellement, la cuisine non plus, les murs porteurs beaucoup plus longtemps. L'amortissement, c'est l'écriture qui étale cette usure sur les années : chaque exercice, la SCI passe en charge une fraction du prix du bien, comme si elle payait un loyer à elle-même pour l'usure de l'année.
Le point qui fait tout son intérêt tient en trois mots : charge non décaissée. Rien ne sort du compte bancaire. La SCI a payé l'immeuble une fois, au notaire ; l'amortissement se contente de répartir cette dépense unique sur la durée. Le résultat comptable baisse, l'impôt baisse, la trésorerie ne bouge pas.
Sa contrepartie mécanique s'appelle la valeur nette comptable, souvent abrégée VNC : c'est ce que le bien vaut encore au bilan, soit son prix d'achat diminué de tout ce qui a déjà été amorti. Retenez ce terme, la section 8 tourne entièrement autour de lui.
Les textes, dans l'ordre. Le bénéfice d'une SCI à l'IS se détermine selon le I de l'article 209 du CGI, qui renvoie aux règles des bénéfices industriels et commerciaux. Parmi elles, le 2° du 1 de l'article 39 autorise la déduction des amortissements « réellement effectués », dans la limite de ceux « généralement admis ». L'obligation de tenir une comptabilité, elle, est fiscale et non commerciale : elle vient de l'article 54 du CGI et de l'article 38 quater de l'annexe III, qui impose le plan comptable général. On lit souvent que la SCI à l'IS serait tenue par l'article L123-12 du code de commerce : c'est faux, ce texte ne vise que les commerçants, ce qu'une SCI n'est jamais.
3. Décomposer l'immeuble : les quatre catégories de composants retenues par l'administration
On n'amortit pas un immeuble « sur trente ans ». Depuis 2005, il faut le découper en éléments qui ne s'usent pas à la même vitesse, et donner à chacun sa durée. C'est l'amortissement par composants, imposé par l'article 15 bis de l'annexe II au CGI et, côté comptable, par l'article 214-9 du plan comptable général (règlement n° 2014-03 de l'Autorité des normes comptables). Un composant, au sens de ces textes, est un élément dont la durée d'utilisation diffère de celle de l'ensemble et qu'il faudra remplacer avant lui.
Le BOFiP — le bulletin officiel des finances publiques, la doctrine que l'administration s'oppose à elle-même — publie une grille de référence à l'annexe BOI-ANNX-000115. Elle retient quatre catégories. Pour chacune, elle donne une fourchette de quote-part — la part de la valeur de construction que ce poste représente — et une fourchette de durée. Voici la colonne « logements », celle qui intéresse la quasi-totalité des SCI.
| Catégorie BOFiP | Quote-part (logements) | Durée (logements) | Ce qu'on y met |
|---|---|---|---|
| Terrain | hors barème | jamais amorti | Le sol, la cour, le jardin |
| Gros œuvre | 40 à 50 % | plus de 50 ans | Fondations, murs porteurs, planchers, escaliers |
| Façades et étanchéité | 5 à 20 % | 20 à 50 ans | Ravalement, isolation extérieure, menuiseries, couverture |
| Installations générales et techniques | 20 à 30 % | 15 à 30 ans | Électricité, plomberie, chauffage, ventilation, ascenseur |
| Agencements | 20 à 25 % | 5 à 15 ans | Cloisons, revêtements, cuisine, salle de bains |
Deux avertissements sur ce tableau. D'abord, ces quotes-parts se calculent sur la valeur de construction, terrain déduit, et non sur le prix payé. Ensuite, ce document du BOFiP n'a pas été mis à jour depuis le 13 octobre 2014 : il reste une référence utile pour négocier une ventilation, ce n'est pas un barème opposable. La règle de droit, elle, tient en une phrase : chaque élément s'amortit sur sa durée réelle d'utilisation.
Les quatre catégories sont un minimum, pas un maximum. L'article 15 bis autorise un découpage plus fin dès lors que la durée d'utilisation diffère réellement, et c'est le cas de la couverture, qu'on isole en pratique des façades et de l'étanchéité. C'est ce que fait notre plan de référence : quatre catégories BOFiP, cinq lignes au bilan.
Appartement de 70 m² dans un immeuble construit en 2001, acheté 300 000 € en 2026, jamais rénové en profondeur. Terrain ventilé au réel : 20 %, soit 60 000 €. Valeur de construction à répartir : 240 000 €.
Gros œuvre — 45 % = 108 000 € · durée retenue 50 ans → 2 160 €/an
Façades et étanchéité — 8 % = 19 200 € · durée 30 ans → 640 €/an
Couverture — 7 % = 16 800 € · durée 20 ans → 840 €/an
Installations techniques — 20 % = 48 000 € · durée 15 ans → 3 200 €/an
Agencements — 20 % = 48 000 € · durée 10 ans → 4 800 €/an
Amortissement annuel : 11 640 € les dix premières années
Puis 6 840 €/an à partir de l'année 11 : les agencements sont alors entièrement amortis. Toutes les quotes-parts retenues ici tiennent dans les fourchettes du BOFiP. La durée de 50 ans du gros œuvre en est la borne basse : le tableau écrit « plus de 50 ans ». C'est la pratique courante sur un immeuble de 2001, déjà âgé de 25 ans à l'achat, et elle se défend d'autant mieux qu'on ne cherche pas à raccourcir.
Le détail des écritures — comptes 2813, 6811, la dotation, la contrepartie — est traité pas à pas dans le guide comptabiliser l'amortissement en SCI, et la construction du plan lui-même dans plan d'amortissement SCI.
4. Ventilation terrain / construction : la part qui ne s'amortit jamais
Le terrain ne s'use pas, donc il ne s'amortit pas. Jamais, quelle que soit la localisation, quel que soit le régime. C'est le premier point que vérifie un vérificateur ouvrant un dossier de SCI à l'IS, avant même de regarder les durées : il additionne les composants et compare le total au prix d'achat. Si les deux coïncident, le terrain a été amorti, et le redressement est acquis en trente secondes.
Aucun pourcentage n'est de droit. Ni les 15 % qui circulent, ni les 20 % que nous retenons dans cet exemple. La règle est que la ventilation doit refléter la valeur réelle du sol à la date d'acquisition, et qu'elle doit pouvoir être justifiée par des pièces. Trois méthodes tiennent debout, par ordre de solidité décroissante :
- La ventilation de l'acte notarié, quand le notaire l'a faite. C'est la pièce la plus difficile à contester, puisqu'elle est contemporaine de la vente et signée par les deux parties.
- Les ventes de terrains comparables, relevées sur la base publique DVF — les demandes de valeurs foncières, qui recensent les mutations enregistrées. On les multiplie par la surface de la parcelle, puis on ramène le résultat à vos tantièmes de copropriété, c'est-à-dire à la part de l'immeuble attachée à votre lot.
- Le coût de reconstruction à neuf : on estime ce que coûterait de rebâtir l'immeuble aujourd'hui, et le terrain est le solde. Méthode utile quand le marché des terrains est illiquide.
Comme ordre de grandeur, la part du sol va d'environ 5 à 10 % en zone rurale à 40 à 70 % dans les arrondissements centraux des grandes métropoles. Un chiffre pareil se défend ou ne se défend pas : il ne s'invente pas. La méthode de calcul détaillée, avec les captures de la base DVF, est dans le guide valeur du terrain en SCI.
Même appartement à 300 000 €. Durée moyenne pondérée du plan : 240 000 ÷ 11 640 ≈ 20,6 ans.
Terrain à 20 % → construction 240 000 € → amortissement 11 640 €/an
Terrain à 40 % → construction 180 000 € → amortissement 8 730 €/an
Écart : 2 910 € d'amortissement par an, soit 437 € d'IS au taux réduit de 15 %.
Autrement dit, dix points de ventilation gagnés valent 1 455 € de base et 218 € d'impôt par an.
5. Choisir les durées d'amortissement — et la formule qu'il faut fuir
C'est ici que la plupart des plans d'amortissement dérapent. On lit couramment en ligne une formule qui a l'élégance des fausses bonnes idées : durée retenue = durée du neuf − âge du bâtiment. Appliquée à notre immeuble de 2001, elle donne des agencements « de référence 15 ans » moins 25 ans d'âge, donc une durée résiduelle nulle, donc 48 000 € passés en charge sur un exercice.
La règle vraie est celle-ci : pour un bien d'occasion, la durée est la durée d'utilisation qui reste à courir, appréciée à la date d'acquisition. Un composant vieux de 25 ans mais en état d'usage a une durée résiduelle positive — pas nulle. Sur notre immeuble, des installations techniques de 2001 qu'on estime bonnes jusque vers 2041 s'amortissent sur 15 ans, et des agencements à refaire vers 2036 sur 10 ans. C'est ce que retient le cas n° 1.
Reste une tolérance, sur laquelle beaucoup de plans s'appuient à tort. Le BOFiP admet en principe d'amortir la structure d'un immeuble décomposé — ce qui reste une fois les composants isolés — sur une « durée d'usage » : un forfait par secteur d'activité, plus généreux que la durée réelle. Le même document en exclut les immeubles de placement. Ce sont les biens qu'une société porte à son bilan sans les utiliser elle-même, autrement dit ceux qu'elle loue (avant-dernier alinéa du 5° du 1 de l'article 39 du CGI). Un appartement loué à un locataire ordinaire, c'est exactement cela. Dans une SCI de location classique, même le gros œuvre s'amortit donc sur sa durée réelle. La tolérance ne s'invoque pas.
Une exception mérite d'être connue, parce qu'elle vise un montage répandu. Le même texte écarte de la catégorie les immeubles loués à titre principal à une entreprise liée qui les affecte à sa propre exploitation. Entreprise liée s'entend ici au sens du 12 de l'article 39 : pour l'essentiel, l'une détient la majorité du capital de l'autre, ou y exerce le pouvoir de décision. Une SCI détenue par la société qui occupe les murs, ou l'inverse, sort donc des immeubles de placement et retrouve la durée d'usage pour sa structure. Et la limite n'est pas celle qu'on croit. Le BOFiP admet expressément que le lien de dépendance existe aussi quand les deux entreprises sont placées sous le contrôle d'une même personne physique (BOI-BIC-PROV-40-10-20-10, § 180 et 190). L'exemple donné par l'administration est un dirigeant qui détient 99 % de la société d'exploitation et 60 % de la SCI. Le montage familial classique — le même dirigeant des deux côtés — est donc couvert, à condition que le locataire affecte l'immeuble à sa propre exploitation et que la SCI le lui loue à titre principal. Ce cas de figure est détaillé dans notre guide sur les murs d'entreprise détenus en SCI.
Les pièces qui tiennent en cas de contrôle
La durée se justifie par des faits datés, pas par un argumentaire. En pratique, quatre pièces suffisent le plus souvent. L'année de construction figurant à l'acte. Les diagnostics remis à la vente : performance énergétique, électricité, gaz, amiante s'il y a lieu. Des photos horodatées de chaque poste. Et les devis de remise en état demandés avant l'achat. Un rapport d'expert n'ajoute rien tant que la ventilation reste raisonnable ; il ne rachète jamais une ventilation qui ne l'est pas. Les motifs de rejet les plus fréquents sont listés dans notre guide sur les motifs de redressement en SCI.
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6. Cinq premières années : le tableau et l'IS réellement économisé
Reprenons le même appartement, en lui donnant maintenant une exploitation complète. Loyers 18 000 € par an. Charges déductibles 3 750 €, détaillées ainsi : taxe foncière 1 500 €, assurance propriétaire non occupant 350 €, charges de copropriété non récupérables 1 200 €, comptabilité et gestion 700 €. S'y ajoutent 450 € de contribution sur les revenus locatifs, soit 2,5 % des loyers, due par les sociétés à l'IS sur les immeubles achevés depuis quinze ans au moins au 1er janvier. Emprunt de 240 000 € sur 20 ans à 3,50 %, soit une mensualité de 1 392 € et une annuité de 16 704 €.
Un rappel qui évite bien des erreurs : seuls les intérêts se déduisent, jamais le remboursement du capital. C'est précisément ce qui rend l'amortissement indispensable à l'IS — il compense en charge ce que le capital remboursé n'apporte pas.
| Exercice | Loyers | Charges | Intérêts | Amortissements | Résultat fiscal | IS dû |
|---|---|---|---|---|---|---|
| 1 | 18 000 | 4 200 | 8 266 | 11 640 | −6 106 | 0 € |
| 2 | 18 000 | 4 200 | 7 965 | 11 640 | −5 805 | 0 € |
| 3 | 18 000 | 4 200 | 7 655 | 11 640 | −5 495 | 0 € |
| 4 | 18 000 | 4 200 | 7 333 | 11 640 | −5 173 | 0 € |
| 5 | 18 000 | 4 200 | 7 000 | 11 640 | −4 840 | 0 € |
| Déficit cumulé au bout de cinq exercices | 27 419 € | 0 € | ||||
Montants en euros, exercices civils, acquisition supposée au premier jour du premier exercice. Les 23 700 € de frais d'acquisition de la section 7 ne figurent pas dans ce tableau : déduits en année 1, ils portent le déficit du premier exercice à 29 806 € et le cumul à cinq ans à 51 119 €.
Alors, combien l'amortissement fait-il gagner ?
C'est la question qui compte, et elle a une réponse en euros. Prenons l'année 1. Sans amortissement, le résultat serait de 18 000 − 4 200 − 8 266 = 5 534 €, taxés à 15 % : 830 € d'IS. Avec les 11 640 € d'amortissement, le résultat tombe à −6 106 € et l'IS à zéro.
L'amortissement a donc rapporté 830 € de trésorerie immédiate. Les 1 746 € qu'il vaut au taux réduit ne rentrent pas d'un coup, parce que la SCI n'avait que 5 534 € de bénéfice à effacer. Le solde, soit 6 106 €, ne disparaît pas pour autant : il devient un déficit reportable, une réserve de déduction utilisable sur les bénéfices futurs. Sa valeur réelle dépend du taux auquel il sera consommé plus tard, et c'est tout l'objet de la section 8.
7. Les frais d'acquisition : charge immédiate ou incorporation ?
Sur un achat à 300 000 € dans l'ancien, les frais dits « de notaire » se décomposent en trois postes. Les droits de mutation à titre onéreux (DMTO), 6,32 % depuis la majoration départementale ouverte par l'article 116 de la loi de finances pour 2025, soit 18 960 €. Une minorité de départements ne l'a pas votée et reste à 5,81 % : vérifiez sur votre acte. Le taux de 5,80 % que l'on lit encore souvent n'est plus le bon. Les émoluments du notaire, 3 353 € TTC. Les débours et formalités, 1 387 € : ce sont les sommes que le notaire avance pour votre compte, cadastre et publicité foncière en tête. Total : 23 700 €, soit 7,9 % du prix. Ces droits sont identiques en SCI et en nom propre.
L'article 38 quinquies de l'annexe III au CGI laisse le choix : soit ces frais grossissent le prix de revient de l'immeuble et suivent son amortissement, soit ils partent en charge sur l'exercice d'acquisition. Le choix engage plus loin qu'on ne le croit. Il n'est pas propre à un exercice : il est irrévocable et vaut pour toutes les immobilisations de la société, quelle que soit leur date d'achat. Choisir la déduction immédiate pour le premier immeuble, c'est la choisir pour le troisième, acheté huit ans plus tard.
Option A — déduction immédiate. 23 700 € en charge sur l'exercice 1. Le déficit de l'année passe de 6 106 € à 29 806 €. Aucun IS n'était dû de toute façon : le gain est intégralement reporté.
Option B — incorporation. Les 23 700 € se répartissent entre le terrain (20 %, soit 4 740 €, qui ne s'amortiront jamais) et la construction (18 960 €, répartis sur les cinq composants). Sur quinze ans, 11 898 € auront été amortis ; les 11 802 € restants viendront en déduction de la plus-value à la revente.
Impôt total sur quinze ans, revente comprise : 39 811 € dans les deux cas. À l'euro près.
Ce n'est pas un hasard : les deux options déduisent exactement les mêmes 23 700 €, à des dates différentes. Comme la SCI reste déficitaire pendant toute la détention, tout se dénoue au même moment — l'exercice de cession — et au même taux.
L'égalité disparaît dès que la SCI devient bénéficiaire tôt. Prenons une société taxée à 15 % dès l'année 1, qui revend au bout de quinze ans. La déduction immédiate lui rapporte 23 700 × 15 % = 3 555 € dès le premier exercice. L'incorporation, elle, se dénoue en deux temps. D'abord 11 898 € d'amortissements étalés sur quinze ans, déduits à 15 %, soit 1 785 €. Ensuite 11 802 € qui viennent réduire la plus-value de sortie. Celle-ci dépasse à elle seule le plafond de 42 500 €, elle est donc taxée à 25 % : 2 951 € d'impôt évité, mais l'année de la vente seulement. Total nominal : 4 736 €, donc davantage — mais encaissé bien plus tard.
Il faut donc ramener ces sommes à la même date, ce qu'on appelle actualiser : convertir un euro futur en euros d'aujourd'hui. À 3 % l'an, les flux de l'incorporation valent 3 347 €, contre 3 451 € pour la déduction immédiate. À 5 %, 2 700 € contre 3 386 €. La déduction immédiate l'emporte dans les deux cas, de 104 € puis de 686 €.
Notre réponse, sur ce dossier : l'écart est dans le bruit, ne perdez pas une réunion dessus. Un seul cas tranche vraiment. Si la SCI n'a pas vocation à revendre — parce qu'elle transmettra les parts plutôt que le bien — l'incorporation ne se dénouera jamais et la déduction immédiate gagne sans discussion. Dans le doute, c'est celle-là qu'il faut prendre.
8. La contrepartie : ce que l'amortissement coûte à la revente
C'est la section qui décide de tout, et c'est celle qu'on lit le moins souvent. Chaque euro amorti réduit la valeur nette comptable du bien. Or, quand une société à l'IS vend un immeuble, sa plus-value professionnelle se calcule ainsi : prix de cession − valeur nette comptable. Il n'existe ni abattement pour durée de détention, ni exonération au bout de vingt-deux ou trente ans : ce sont des mécanismes réservés aux particuliers. La plus-value entre dans le résultat de l'exercice et supporte le taux normal de l'IS.
Traduction : ce que l'amortissement vous a fait économiser pendant la détention, la revente vous le redemande. Voyons combien, sur le même appartement.
Amortissements cumulés sur 15 ans : 32 400 (gros œuvre) + 9 600 (façades) + 12 600 (couverture) + 48 000 (installations) + 48 000 (agencements) = 150 600 €
Valeur nette comptable : 300 000 − 150 600 = 149 400 €
Prix de revente retenu : 380 000 € (soit environ +1,6 % par an)
Plus-value professionnelle : 380 000 − 149 400 = 230 600 €
Résultat courant de l'exercice 15 : +4 020 €
Déficit reportable accumulé, frais d'acquisition compris : 58 375 €
Base imposable : 230 600 + 4 020 − 58 375 = 176 245 €
IS : 42 500 × 15 % + 133 745 × 25 % = 6 375 + 33 436
Impôt payé pendant 15 ans de détention : 0 €
Impôt payé l'année de la vente : 39 811 €
Le solde sur quinze ans : gagnant ou perdant ?
Le seul moyen de le savoir est de refaire le même parcours sans lui. Si cette SCI n'avait rien amorti, elle aurait dégagé un petit bénéfice chaque année, taxé à 15 % puisqu'il reste très loin de 42 500 €, et sa plus-value de sortie n'aurait été que de 80 000 € (380 000 − 300 000). Le total de l'impôt sur quinze ans, cession comprise, s'élève alors à 31 273 €.
| Sur 15 ans, cession comprise | Avec amortissement | Sans amortissement |
|---|---|---|
| Base imposable totale | 176 245 € | 176 245 € |
| Base taxée au taux réduit de 15 % | 42 500 € | 127 885 € |
| IS total | 39 811 € | 31 273 € |
| Quand il se paie | Intégralement en année 15 | Étalé sur 12 exercices |
La base imposable totale est rigoureusement identique dans les deux colonnes : sur la durée de vie du montage, l'amortissement ne crée aucune déduction, il ne fait que la déplacer dans le temps. En revanche l'impôt, lui, diffère de 8 538 € — et pas en faveur de l'amortissement.
La raison n'est pas celle qu'on croit. Ce n'est pas « la reprise de l'amortissement » qui coûte : c'est le fait que le taux réduit de 15 % ne s'applique qu'à 42 500 € par exercice. En restant déficitaire douze ans, la SCI a laissé filer douze tranches à taux réduit, puis a concentré 176 245 € de base sur un seul exercice, dont 133 745 € au taux de 25 %. Le calcul de l'écart est direct : 127 885 − 42 500 = 85 385 € de base déplacés du taux de 15 % vers celui de 25 %, soit 8 538 € d'impôt supplémentaire.
Les trois situations où l'amortissement gagne franchement
- La SCI ne vend jamais l'immeuble. Elle transmet les parts par donation ou succession, ou vend les parts plutôt que le bien. La plus-value professionnelle n'est jamais déclenchée : les quinze années à zéro impôt sont acquises sans contrepartie. C'est le cas le plus fréquent en SCI familiale.
- La SCI dépasse durablement 42 500 € de bénéfice. On économise alors à 25 % et on rembourse à 25 % : l'opération devient un pur décalage, et le décalage a de la valeur.
- Le bien est conservé très longtemps. Plus la sortie est lointaine, plus l'impôt différé se déprécie. Sur trente ans plutôt que quinze, le même écart nominal pèse deux fois moins en euros d'aujourd'hui.
Reste la comparaison qui intéresse vraiment : et en SCI à l'IR ? Sur ce même dossier, les loyers auraient supporté chaque année l'impôt sur le revenu au taux marginal des associés plus 17,2 % de prélèvements sociaux. La contribution sur les revenus locatifs, elle, tombe : elle n'est due que par les sociétés à l'IS. Le revenu foncier imposable cumulé est donc de 15 × (18 000 − 3 750) − 87 056 € d'intérêts = 126 694 €. À une tranche marginale de 30 %, prélèvements sociaux compris, cela fait 126 694 × 47,2 % = 59 800 € d'impôt sur quinze ans. Il faut y ajouter la plus-value de particulier. Prix d'acquisition majoré du forfait de 7,5 % de frais et de 15 % de travaux : 367 500 €. Plus-value : 12 500 €. Après 60 % d'abattement à l'impôt sur le revenu et 16,5 % aux prélèvements sociaux, l'addition est de 950 + 1 795 = 2 745 €. Soit environ 62 500 € au total, contre 39 811 € à l'IS avec amortissement. L'IS reste gagnant d'environ 22 700 € sur cette configuration, et l'amortissement y est pour beaucoup. Il ne s'agit donc pas de renoncer à l'amortissement, mais de savoir ce qu'il fait et ce qu'il ne fait pas. Les deux régimes de plus-value sont détaillés dans plus-value en SCI à l'IS et plus-value en SCI ; la mécanique de la vente elle-même dans vendre un immeuble détenu en SCI.
9. Le déficit créé par l'amortissement : ce qu'on en fait vraiment
Le déficit d'une SCI à l'IS ne remonte jamais chez les associés. Il reste dans la société et s'impute sur ses bénéfices futurs, sans limite de durée : c'est le report en avant du I de l'article 209 du CGI. La seule limite est de montant, et elle joue par exercice : l'imputation est plafonnée à 1 million d'euros, majoré de 50 % de la fraction du bénéfice qui dépasse ce million.
Un exemple, parce que la formule seule est illisible. Une SCI porte 1 500 000 € de déficit reportable et réalise 1 400 000 € de bénéfice. Elle peut imputer 1 000 000 € + 50 % × 400 000 € = 1 200 000 €. Il reste 200 000 € imposables, et 300 000 € de déficit qui se reportent sur l'exercice suivant. Sur notre appartement à 300 000 €, le plafond ne joue évidemment jamais : les 58 375 € de déficit s'imputent d'un bloc.
Il existe une seconde voie : le report en arrière de l'article 220 quinquies. La SCI impute alors son déficit sur le bénéfice du seul exercice précédent, dans la limite d'un million d'euros. Elle obtient une créance sur le Trésor plutôt qu'une déduction future. C'est une option, à formuler dans le délai de dépôt de la déclaration de résultats. Le mécanisme complet est traité dans déficit reportable en SCI à l'IS.
Un mot enfin sur les amortissements réputés différés en période déficitaire, ou ARD, que l'on croise encore dans des modèles de plan. Ce régime permettait d'isoler la part d'amortissement d'un exercice déficitaire pour la reporter sans limite de temps. Il a été supprimé pour les exercices ouverts à compter du 1er janvier 2004, par l'article 89 de la loi de finances pour 2004 (loi n° 2003-1311 du 30 décembre 2003). C'est le texte même qui a rendu illimité le report en avant de droit commun : les ARD n'ont plus d'objet depuis. Ne pas le confondre avec l'amortissement dérogatoire, qui existe toujours mais qui est une écriture purement fiscale, sans lien avec l'usure du bien.
10. Composant ou provision pour gros entretien ?
Deux outils voisins que l'on confond souvent, alors qu'ils se placent à des moments opposés. Le composant immobilise une dépense déjà engagée et l'étale ensuite. La provision pour gros entretien fait l'inverse : elle constitue la charge par avance, avant que les travaux ne soient payés, à condition qu'ils s'inscrivent dans un programme pluriannuel identifié.
En provision pour gros entretien : 3 000 € déduits chaque année pendant 10 ans, dès aujourd'hui. Quand les travaux sont payés, la provision est reprise et la dépense passe en charge : l'effet net de l'année 10 est nul.
En composant : rien avant l'année 10. Les 30 000 € entrent alors à l'actif et s'amortissent sur 15 ans, soit 2 000 € par an jusqu'à l'année 25.
Même dépense, même déduction totale de 30 000 € — mais dix ans d'écart sur la première déduction.
Une règle simple gouverne le choix : on ne peut pas faire les deux pour la même dépense. Si un composant « ravalement » a été identifié à l'origine et qu'il s'amortit, il n'y a rien à provisionner ; la provision n'est ouverte que pour les dépenses de gros entretien qui n'ont pas été traitées en composant. Entre les deux, le composant se défend plus facilement : il s'appuie sur une dépense déjà payée, facture à l'appui. La provision, elle, suppose de prouver un programme de travaux à venir, et c'est ce point-là qui se discute en contrôle. Les conditions de déduction, plus exigeantes qu'il n'y paraît, sont détaillées dans provision pour gros entretien en SCI. La frontière entre travaux déductibles et travaux à immobiliser, elle, est traitée dans travaux en SCI : charge ou immobilisation.
11. Les erreurs d'amortissement qui coûtent, avec leur prix
Les montants ci-dessous sont calculés sur l'appartement à 300 000 € du fil rouge, pour rendre l'ordre de grandeur tangible. Ils changent avec le dossier, pas la nature de l'erreur. Sauf mention contraire, les coûts sont chiffrés au taux de 25 %, en supposant la SCI redevenue bénéficiaire au-delà de 42 500 € ; au taux réduit de 15 %, divisez-les par 1,67.
| L'erreur | Ce qu'il se passe | Coût estimé |
|---|---|---|
| Amortir le terrain | 60 000 € de base indue, 2 910 € d'amortissement rejeté par exercice sur les trois exercices vérifiables | ≈ 2 180 € d'IS au taux de 25 %, plus 40 % de majoration en cas de manquement délibéré et 0,20 %/mois d'intérêts |
| Oublier un exercice de dotation | Le cumul passe sous le minimum de l'article 39 B : la fraction manquante est perdue, sans rattrapage possible | 11 640 € de base, soit 2 910 € d'IS au taux de 25 % |
| Amortir globalement « sur 30 ans » | 8 000 €/an au lieu de 11 640 € : 30 600 € de base non consommée au bout de 15 ans | Décalage, pas perte — mais 4 590 € d'impôt payés d'avance au taux réduit |
| Amortir un composant sur 1 an parce qu'il est « en fin de vie » | Durée indéfendable si le bien continue d'être loué en l'état : réintégration quasi certaine | 48 000 € réintégrés, soit 12 000 € d'IS à 25 %, plus 40 % de majoration si le manquement est jugé délibéré |
| Changer de traitement des frais d'acquisition d'un achat à l'autre | Le premier traitement retenu s'impose à tous les achats suivants : le second est rejeté, l'option étant irrévocable | 23 700 € de base rejetée, soit 5 925 € d'IS à 25 % |
| Ne conserver aucune pièce de ventilation | L'administration retient sa propre ventilation, systématiquement plus favorable au terrain | 2 182 € d'amortissement perdus par an si le service retient 35 % de terrain au lieu de 20 %, soit ≈ 1 640 € d'IS sur les trois exercices vérifiables |
Ce que fait un vérificateur dans un dossier de SCI, dans quel ordre et sur quelle période, est décrit dans notre guide contrôle fiscal d'une SCI.
12. Questions fréquentes sur l'amortissement en SCI
Sources officielles
- Article 31 du CGI, i et j du 1° du I — la déduction au titre de l'amortissement du statut du bailleur privé. Créée par l'article 47 de la loi n° 2026-103 du 19 février 2026 (Légifrance, version en vigueur depuis le 21 février 2026).
- Article 15 bis de l'annexe II au CGI — définition du composant et obligation de décomposition (Légifrance, version en vigueur depuis le 25 novembre 2005).
- Article 39 B du CGI — obligation de constater un amortissement minimal et perte définitive de la fraction différée (Légifrance).
- Article 38 quinquies de l'annexe III au CGI — option irrévocable sur les frais d'acquisition (Légifrance, version en vigueur depuis le 19 avril 2007).
- BOI-ANNX-000115 — tableau des quatre catégories de composants et de leurs fourchettes (BOFiP, mis à jour le 13 octobre 2014).
- BOI-BIC-AMT-10-40-10, nos 130 et 140 — durée d'usage de la structure et exclusion des immeubles de placement (BOFiP, mis à jour le 16 décembre 2013).
- BOI-BIC-AMT-20-40-10-10, n° 30 — les sociétés ayant opté pour l'IS échappent au plafonnement de l'article 39 C (BOFiP, mis à jour le 12 septembre 2012).
- BOI-BIC-PROV-40-10-20-10 — définition de l'immeuble de placement, exclusion des immeubles loués à des entreprises liées et extension au contrôle par une même personne physique, § 180 et 190 (BOFiP, mis à jour le 16 décembre 2013).
- Base DVF — demandes de valeurs foncières — les ventes réellement enregistrées, pour justifier la ventilation du terrain (data.gouv.fr).
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