SCI et assurance-vie : deux outils complémentaires pour transmettre (2026)
La SCI et l'assurance-vie sont souvent présentées comme concurrentes. Elles sont en réalité complémentaires. La SCI organise la détention et la transmission de l'immobilier, notamment par la donation de parts démembrées. L'assurance-vie transmet des capitaux hors succession, avec une fiscalité propre et des abattements qui se cumulent avec ceux des donations. Bien articulés, ces deux outils permettent de transmettre un patrimoine mixte — pierre et épargne financière — en réduisant fortement les droits. Dans les pages qui suivent, je détaille la fiscalité de l'assurance-vie au décès (articles 990 I et 757 B du CGI), le démembrement de la clause bénéficiaire et son mécanisme de quasi-usufruit, le cas — rare — où l'on loge des parts de SCI dans un contrat, et un exemple chiffré qui met les deux enveloppes côte à côte.
Rédigé par Quentin Hagnéré, fondateur de sci-ai.app, et vérifié contre les sources officielles (Code des assurances, Code civil, CGI, BOFiP). Mis à jour le 13 juillet 2026.
Sommaire
- Deux logiques de transmission complémentaires
- La fiscalité de l'assurance-vie au décès (990 I vs 757 B)
- Transmettre l'immobilier via des parts de SCI démembrées
- Le démembrement de la clause bénéficiaire
- Une assurance-vie peut-elle détenir des parts de SCI ?
- La stratégie combinée SCI + assurance-vie
- Exemple chiffré complet
- Arbitrage patrimonial : quand privilégier l'un ou l'autre
- Points de vigilance
- FAQ
1. Deux logiques de transmission complémentaires
Tout part d'une question simple : que transmet-on, et par quel canal juridique ? La SCI et l'assurance-vie n'y répondent pas de la même manière — et c'est précisément ce décalage qui les rend complémentaires plutôt que rivales.
Ce que transmet la SCI
La SCI détient de l'immobilier. Ce que l'on transmet, ce ne sont pas les immeubles directement, mais des parts sociales. Cette dématérialisation change tout par rapport à une détention en indivision :
- On transmet par fractions : chaque parent peut donner des parts à chaque enfant à hauteur de l'abattement de 100 000 euros (art. 779 du CGI), renouvelable tous les 15 ans en application du délai de rappel de l'art. 784 du CGI.
- On peut démembrer les parts : donner la nue-propriété aux enfants tout en conservant l'usufruit (les revenus et la gestion). La valeur taxable de la nue-propriété est réduite selon le barème de l'article 669 du CGI, fonction de l'âge de l'usufruitier.
- Les statuts organisent le pouvoir : le donateur reste gérant et garde la maîtrise, même après avoir donné la majorité des parts.
La SCI reste néanmoins soumise au droit des successions : les parts entrent dans l'actif successoral, la réserve héréditaire s'applique, et les donations passées se rapportent à la succession. Pour approfondir, voir nos guides donation de parts de SCI et démembrement en SCI.
Ce que transmet l'assurance-vie
L'assurance-vie transmet des capitaux (sommes d'argent, valeurs mobilières logées en unités de compte). Sa singularité juridique est décisive : le capital versé au bénéficiaire désigné est réputé ne pas faire partie de la succession du souscripteur (article L132-12 du Code des assurances). Il en résulte que l'assurance-vie :
- échappe, en principe, au partage successoral et à la réserve héréditaire (sous réserve des primes manifestement exagérées, art. L132-13) ;
- obéit à une fiscalité autonome (art. 990 I ou 757 B du CGI), distincte du barème des droits de succession ;
- permet de désigner librement le ou les bénéficiaires, y compris hors du cercle familial.
| Critère | SCI (parts) | Assurance-vie (capital) |
|---|---|---|
| Nature transmise | Immobilier (via parts) | Liquidités, valeurs financières |
| Entre dans la succession ? | Oui | Non (art. L132-12 C. assur.) |
| Réserve héréditaire | S'applique | Hors réserve (sauf primes excessives) |
| Abattement principal | 100 000 € / parent / enfant (art. 779) | 152 500 € / bénéficiaire (art. 990 I) |
| Démembrement | Parts démembrées (art. 669) | Clause bénéficiaire démembrée |
| Contrôle du donateur | Gérance + usufruit | Souscripteur libre jusqu'au décès |
On tient déjà le fil conducteur du guide : la SCI pour la pierre, l'assurance-vie pour l'épargne financière. Leurs abattements ne se disputent rien. Ils s'additionnent.
2. La fiscalité de l'assurance-vie au décès (990 I vs 757 B)
La fiscalité successorale de l'assurance-vie dépend d'un seul critère : l'âge du souscripteur au moment du versement des primes, et non l'âge au décès. Deux régimes coexistent au sein d'un même contrat si des primes ont été versées avant et après 70 ans.
Primes versées avant 70 ans : l'article 990 I du CGI
C'est le régime le plus avantageux. Sur le capital transmis correspondant aux primes versées avant le 70e anniversaire du souscripteur :
- Abattement de 152 500 euros par bénéficiaire (et non par contrat). Cet abattement porte sur le capital transmis, primes et produits confondus.
- Au-delà, prélèvement de 20 % sur la part taxable jusqu'à 700 000 euros.
- 31,25 % sur la fraction de part taxable excédant 700 000 euros par bénéficiaire.
Ce prélèvement n'est pas un droit de succession classique : c'est un prélèvement sui generis, indépendant du lien de parenté. Un neveu, un ami ou un concubin bénéficie du même abattement de 152 500 euros et du même taux de 20 % — là où une transmission successorale ordinaire serait taxée à 55 % pour un neveu (parent jusqu'au 4e degré, art. 777 tableau III du CGI) et à 60 % pour un tiers non parent, comme un ami ou un concubin.
Primes versées après 70 ans : l'article 757 B du CGI
Le régime se durcit, mais reste intéressant. Sur les primes versées après le 70e anniversaire :
- Abattement global de 30 500 euros, tous bénéficiaires et tous contrats confondus sur la tête d'un même assuré. Il se répartit entre les bénéficiaires au prorata de leurs droits.
- Seul l'excédent des primes (au-delà de 30 500 euros) est réintégré à l'actif successoral et taxé aux droits de succession de droit commun, selon le lien de parenté.
- Le détail qui rattrape tout le reste : les produits et intérêts générés par le contrat restent totalement exonérés, y compris ceux issus des primes versées après 70 ans.
| Critère | Primes avant 70 ans (art. 990 I) | Primes après 70 ans (art. 757 B) |
|---|---|---|
| Abattement | 152 500 € par bénéficiaire | 30 500 € global (tous bénéficiaires) |
| Assiette taxable | Primes + produits | Primes seulement |
| Taxation au-delà | 20 % jusqu'à 700 000 €, puis 31,25 % | Droits de succession selon lien de parenté |
| Produits / intérêts | Inclus dans l'assiette | Exonérés |
| Rôle du lien de parenté | Indifférent | Déterminant |
Conjoint et PACS totalement exonérés. Le conjoint survivant et le partenaire de PACS bénéficiaires sont exonérés de tout prélèvement et de tous droits de succession sur l'assurance-vie (article 796-0 bis du CGI, loi TEPA de 2007), quel que soit l'âge aux versements. Cette exonération vaut aussi pour le reste de la succession.
3. Transmettre l'immobilier via des parts de SCI démembrées
Le pendant immobilier de cette stratégie est la donation de parts de SCI démembrées. Le principe : les parents donnent la nue-propriété des parts à leurs enfants, tout en conservant l'usufruit, c'est-à-dire les loyers et la gestion.
Le double effet du démembrement
- Base taxable réduite. On ne donne que la nue-propriété, dont la valeur fiscale est une fraction de la pleine propriété selon le barème de l'article 669 du CGI. Par exemple, pour un usufruitier de 61 à 70 ans, la nue-propriété vaut 60 % de la valeur des parts (usufruit 40 %).
- Reconstitution en franchise au décès. Au décès de l'usufruitier, l'usufruit s'éteint et rejoint la nue-propriété sans droits de succession supplémentaires (article 1133 du CGI). Les enfants deviennent pleins propriétaires des parts sans taxation additionnelle.
En combinant l'abattement de 100 000 euros par parent et par enfant (art. 779 du CGI), la décote de nue-propriété et le renouvellement tous les 15 ans (délai de rappel de l'art. 784 du CGI), on transmet un immeuble détenu en SCI à un coût fiscal très inférieur à une transmission au décès en pleine propriété.
| Âge de l'usufruitier | Valeur usufruit | Valeur nue-propriété |
|---|---|---|
| 51 à 60 ans | 50 % | 50 % |
| 61 à 70 ans | 40 % | 60 % |
| 71 à 80 ans | 30 % | 70 % |
| 81 à 90 ans | 20 % | 80 % |
Barème de l'usufruit — article 669 du CGI. Valeurs applicables à la transmission à titre gratuit.
Ce mécanisme est détaillé dans notre guide démembrement en SCI. L'assurance-vie vient compléter cette architecture pour la partie financière du patrimoine, que la SCI n'a pas vocation à héberger.
4. Le démembrement de la clause bénéficiaire
Le démembrement ne se limite pas aux parts de SCI. On peut l'appliquer aussi à la clause bénéficiaire de l'assurance-vie, et c'est l'un des montages qui revient le plus souvent quand il s'agit de faire passer un capital sur deux générations en une seule opération.
Le principe
La clause démembrée attribue :
- l'usufruit du capital décès à une personne, le plus souvent le conjoint survivant ;
- la nue-propriété à d'autres, généralement les enfants.
Le conjoint peut ainsi utiliser les fonds de son vivant, tandis que les enfants récupèrent le capital à son décès, sans nouvelle taxation.
Le quasi-usufruit (article 587 du Code civil)
Comme le capital décès est une somme d'argent, bien consomptible par nature, l'usufruitier ne reçoit pas un usufruit ordinaire mais un quasi-usufruit (article 587 du Code civil). Concrètement :
- l'usufruitier peut disposer librement des fonds (les dépenser, les réinvestir) ;
- en contrepartie, il doit une créance de restitution d'un montant équivalent aux nus-propriétaires, exigible à son propre décès ;
- cette créance constitue alors une dette de sa succession, en principe déductible de l'actif taxable transmis aux nus-propriétaires (art. 768 du CGI). L'article 774 bis du CGI (loi de finances 2024) prive de déduction les quasi-usufruits nés d'une donation de somme d'argent, mais ne vise pas le quasi-usufruit issu d'une clause bénéficiaire d'assurance-vie démembrée : celui-ci est hors de son champ, car l'usufruit n'a pas été réservé par le défunt mais reçu au dénouement du contrat (exclusion confirmée par le BOFiP du 26 septembre 2024). La déduction y demeure donc, à condition d'être établie par une convention probante et non fictive.
Établissez une convention de quasi-usufruit. Pour sécuriser la créance de restitution et sa déductibilité future, rédigez une convention écrite (acte notarié ou acte sous seing privé enregistré) précisant le montant, les pouvoirs de l'usufruitier et les modalités de restitution. Sans elle, l'administration peut contester la dette au décès de l'usufruitier.
La répartition de l'abattement 990 I
Usufruitier et nus-propriétaires sont considérés comme bénéficiaires ensemble : on retient un abattement de 152 500 euros par couple usufruitier / nu-propriétaire, réparti entre eux au prorata de leurs droits déterminés par le barème de l'usufruit de l'article 669 du CGI (BOI-TCAS-AUT-60, § 310). Chaque nu-propriétaire ne bénéficie donc que de sa fraction d'abattement.
Idée reçue à corriger. Lorsque l'usufruitier est le conjoint, exonéré (art. 796-0 bis CGI), la fraction d'abattement qui lui revient n'est pas reportée sur les nus-propriétaires : elle est simplement perdue (BOI-TCAS-AUT-60, § 310). Le démembrement de clause ne « transfère » donc aucun abattement supplémentaire aux enfants.
Le véritable intérêt du démembrement de clause n'est pas fiscal au premier décès, mais tient à la double transmission : le conjoint usufruitier dispose des fonds sa vie durant (quasi-usufruit), puis les enfants nus-propriétaires récupèrent le capital à son décès via la créance de restitution, sans nouvelle taxation et en franchise de droits (la créance étant déductible de la succession de l'usufruitier — voir plus haut, le quasi-usufruit d'assurance-vie restant hors du champ de l'art. 774 bis CGI).
5. Une assurance-vie peut-elle détenir des parts de SCI ?
C'est une question qu'on me pose presque à chaque rendez-vous : peut-on loger les parts de sa SCI dans son assurance-vie pour cumuler les avantages des deux enveloppes ? Oui, techniquement. Mais dans un cas de figure étroit, coûteux à mettre en place et réservé à quelques contrats haut de gamme.
Les contrats français classiques
Un contrat d'assurance-vie français de droit commun ne permet pas d'apporter directement des parts d'une SCI familiale non cotée en unités de compte. Les unités de compte accessibles sont limitées à la liste des supports référencés par l'assureur : OPCVM, SCPI, OPCI, ETF, parfois quelques SCI de rendement grand public — mais pas votre propre SCI patrimoniale.
Les contrats luxembourgeois (FID / FAS)
La voie technique existe via un contrat d'assurance-vie luxembourgeois doté d'un Fonds Interne Dédié (FID) ou d'un Fonds d'Assurance Spécialisé (FAS). Ces structures, en architecture ouverte, peuvent référencer des actifs non cotés, dont des parts de SCI, sous conditions strictes fixées par le Commissariat aux Assurances luxembourgeois. Ce montage s'adresse à des patrimoines importants (généralement plusieurs centaines de milliers d'euros minimum) et suppose un accompagnement spécialisé.
Attention à l'IFI. Loger de l'immobilier (parts de SCI, SCPI, OPCI) dans un contrat d'assurance-vie ne le fait pas sortir de l'assiette de l'IFI : la fraction représentative d'actifs immobiliers reste imposable (articles 972 et 972 bis du CGI). Voir notre guide SCI et IFI.
Dans l'immense majorité des situations, il est donc plus simple et plus efficace de détenir la SCI en direct (et de transmettre ses parts par donation démembrée) et de garder l'assurance-vie pour l'épargne financière. C'est cette complémentarité, et non la fusion des deux, qui produit le meilleur résultat pour la plupart des familles.
6. La stratégie combinée SCI + assurance-vie
L'idée n'est pas de trancher entre les deux, mais de répartir : chaque actif rejoint l'enveloppe qui le transmet au meilleur coût, et on laisse chacune faire ce qu'elle fait le mieux.
| Actif | Enveloppe | Canal de transmission |
|---|---|---|
| Immeubles locatifs | SCI | Donation de parts démembrées (art. 779 + 669) |
| Épargne financière, liquidités | Assurance-vie | Clause bénéficiaire (art. 990 I / 757 B) |
| Trésorerie excédentaire de la SCI IS | Distribution puis AV perso | Dividendes → versement sur contrat |
| Protection du conjoint | AV + usufruit parts | Clause démembrée / réserve d'usufruit |
Trois synergies concrètes
- Cumul des abattements. Les 100 000 euros de la donation de parts (art. 779) et les 152 500 euros de l'assurance-vie (art. 990 I) sont indépendants. Un parent peut mobiliser les deux enveloppes pour un même enfant.
- Financement croisé. Les revenus dégagés par la SCI, une fois distribués aux associés (dividendes en SCI à l'IS, résultat réparti en SCI à l'IR) ou retirés d'un compte courant d'associé créditeur, peuvent alimenter les versements d'assurance-vie.
- Équilibre entre héritiers. L'assurance-vie, souple et hors succession, permet de compenser un enfant à qui l'on ne transmet pas de parts de SCI, ou de gratifier un tiers (concubin, filleul) que la SCI ne peut pas avantager sans lourde fiscalité.
Structurez votre transmission sur des bases saines
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7. Exemple chiffré complet
Prenons une famille type pour mesurer l'effet combiné. Monsieur et Madame Martin, 65 ans, deux enfants. Patrimoine : un immeuble locatif de 800 000 euros détenu en SCI, et 400 000 euros d'épargne placée en assurance-vie (primes versées avant 70 ans).
Volet 1 — Donation de parts de SCI démembrées
Les parents donnent la nue-propriété des parts à leurs deux enfants et conservent l'usufruit. À 65 ans, la nue-propriété vaut 60 % (barème art. 669), soit une base taxable de 480 000 euros (800 000 × 60 %).
- Répartie entre 2 enfants et 2 parents donateurs, chaque lien parent-enfant porte sur 120 000 euros de nue-propriété.
- Abattement de 100 000 euros par parent et par enfant (art. 779) : base taxable résiduelle de 20 000 euros par lien.
- Droits de donation sur cette fraction (barème de l'art. 777, ligne directe) : environ 2 200 euros par lien, soit près de 9 000 euros au total pour l'ensemble de la donation.
- Au décès des parents, l'usufruit s'éteint sans droits (art. 1133 CGI) : les enfants deviennent pleins propriétaires de 800 000 euros d'immobilier.
Volet 2 — Assurance-vie (400 000 euros, clause au profit des 2 enfants)
Au décès, chaque enfant reçoit 200 000 euros. Régime de l'article 990 I (primes avant 70 ans) :
- Abattement de 152 500 euros par enfant.
- Part taxable : 200 000 − 152 500 = 47 500 euros par enfant.
- Prélèvement de 20 % : 9 500 euros par enfant, soit 19 000 euros au total.
Comparaison avec une transmission « tout au décès » sans structuration
Si les mêmes 800 000 euros d'immobilier avaient été transmis en pleine propriété au décès, hors donation anticipée, chaque enfant aurait reçu 400 000 euros d'immobilier. En retenant l'hypothèse d'une transmission en un seul événement (bien propre d'un parent, ou décès rapproché des deux parents) et après l'abattement de 100 000 euros par enfant, la base taxable de 300 000 euros par enfant aurait généré des droits de succession de l'ordre de 58 000 euros par enfant (barème art. 777, ligne directe), soit environ 116 000 euros — contre environ 9 000 euros avec la donation démembrée anticipée. Étalée sur deux successions distinctes, chaque enfant mobiliserait deux abattements de 100 000 euros et la note s'allégerait nettement, sans jamais rejoindre le coût de la donation anticipée.
| Scénario | Immobilier (800 k€) | Épargne (400 k€) | Coût fiscal total |
|---|---|---|---|
| Structuré (SCI démembrée + AV) | ≈ 9 000 € | 19 000 € | ≈ 28 000 € |
| Non structuré (tout au décès) | ≈ 116 000 € | 19 000 € | ≈ 135 000 € |
Exemple indicatif et simplifié (droits arrondis, hors frais d'acte et particularités locales). Les montants réels dépendent de la valorisation retenue, du barème applicable et de la situation exacte. À faire chiffrer par un professionnel.
L'écart — plus de 100 000 euros — vient presque entièrement du volet immobilier structuré via la SCI démembrée. L'assurance-vie, elle, apporte une transmission de liquidités à coût maîtrisé et une souplesse que la pierre n'offre pas.
8. Arbitrage patrimonial : quand privilégier l'un ou l'autre
SCI et assurance-vie ne s'excluent pas, mais chaque objectif oriente vers l'un ou l'autre.
| Objectif | Plutôt SCI | Plutôt assurance-vie |
|---|---|---|
| Détenir et gérer de l'immobilier locatif | Oui | Non |
| Transmettre des liquidités hors succession | Non | Oui |
| Garder le contrôle après donation | Oui (gérance + usufruit) | Oui (souscripteur libre) |
| Gratifier un tiers hors famille | Coûteux (60 %) | Efficace (20 % via 990 I) |
| Réduire l'assiette taxable par décote | Oui (nue-propriété) | Non (valeur nominale) |
| Disponibilité immédiate des fonds | Faible (parts illiquides) | Forte (rachat possible) |
D'un dossier à l'autre, la répartition ne bouge pas beaucoup : la SCI pour la pierre, l'assurance-vie pour l'épargne. Forcer l'immobilier dans l'assurance-vie (contrats luxembourgeois) ou l'épargne financière dans la SCI (trésorerie excédentaire à placer) se rencontre, mais dans des situations bien précises — rarement pour un patrimoine familial classique. Sur le placement de la trésorerie d'une SCI, voir notre guide placer la trésorerie de sa SCI.
9. Points de vigilance
Primes manifestement exagérées (art. L132-13 C. assurances)
L'assurance-vie n'est pas un outil pour déshériter des héritiers réservataires. Si les primes versées sont manifestement exagérées au regard des facultés du souscripteur (âge, patrimoine, revenus, utilité de l'opération), les héritiers peuvent en demander la réintégration à la succession. Versez des montants cohérents avec votre situation.
Rédaction de la clause bénéficiaire
Une clause mal rédigée ruine la stratégie. Nommez précisément les bénéficiaires, prévoyez les cas de prédécès (« à défaut, mes enfants nés ou à naître, vivants ou représentés, à défaut mes héritiers »), et pensez au démembrement si vous voulez protéger le conjoint tout en transmettant aux enfants. Faites-la valider par un professionnel.
Convention de quasi-usufruit
En clause démembrée, l'absence de convention de quasi-usufruit écrite fragilise la déductibilité de la créance de restitution au décès de l'usufruitier. L'article 774 bis du CGI (loi de finances 2024) exclut la déduction pour les quasi-usufruits issus d'une donation de somme d'argent, mais ne s'applique pas au quasi-usufruit d'assurance-vie, hors de son champ car non réservé par le défunt (exclusion confirmée par le BOFiP du 26 septembre 2024) ; sa déductibilité demeure, à condition qu'il soit dûment formalisé et non fictif. Formalisez la convention (acte notarié ou sous seing privé enregistré) dès le dénouement du contrat.
IFI
Les parts de SCI (détenues en direct ou via un contrat) restent, à hauteur de leur valeur immobilière, dans l'assiette de l'IFI si votre patrimoine immobilier net taxable dépasse 1,3 million d'euros. L'assurance-vie ne gomme pas cette imposition pour sa fraction immobilière (art. 972 et 972 bis CGI). Voir SCI et IFI.
Cohérence avec le régime de la SCI
La valorisation des parts, base de toute donation, dépend de comptes tenus rigoureusement. Une SCI à l'IS amortit ses immeubles et peut présenter une valeur nette comptable très différente de la valeur vénale ; une SCI à l'IR raisonne autrement. Sur ce choix, voir SCI à l'IS ou à l'IR. Une comptabilité à jour est le préalable de toute transmission chiffrée.
10. FAQ — SCI et assurance-vie
L'assurance-vie fait-elle partie de la succession ?
Non au sens civil. Le capital versé au bénéficiaire désigné est réputé ne pas faire partie de la succession (art. L132-12 du Code des assurances) : il échappe au partage et, en principe, à la réserve héréditaire. Fiscalement, il suit un régime propre (art. 990 I ou 757 B du CGI). Les parts de SCI, elles, entrent dans l'actif successoral et se transmettent par donation ou héritage.
Quelle est la fiscalité de l'assurance-vie au décès en 2026 ?
Primes avant 70 ans (art. 990 I) : abattement de 152 500 € par bénéficiaire, puis 20 % jusqu'à 700 000 € de part taxable et 31,25 % au-delà. Primes après 70 ans (art. 757 B) : abattement global de 30 500 €, seul l'excédent des primes étant taxé aux droits de succession selon le lien de parenté ; les produits restent exonérés.
Peut-on loger des parts de SCI dans une assurance-vie ?
Rarement. Un contrat français classique ne l'autorise pas pour une SCI non cotée. La voie technique passe par un contrat luxembourgeois via un Fonds Interne Dédié (FID) ou un Fonds d'Assurance Spécialisé (FAS), réservé aux gros patrimoines. La fraction immobilière reste imposable à l'IFI (art. 972 et 972 bis CGI). Détenir la SCI en direct et garder l'assurance-vie pour l'épargne reste le montage le plus simple.
Comment protéger mon conjoint avec ces deux outils ?
Deux leviers se combinent : réserver l'usufruit des parts de SCI lors de la donation de nue-propriété aux enfants (le conjoint conserve loyers et gestion via la gérance) et démembrer la clause bénéficiaire de l'assurance-vie au profit du conjoint usufruitier (quasi-usufruit, art. 587 C. civ.), enfants nus-propriétaires. Le conjoint, exonéré (art. 796-0 bis CGI), transmet ensuite sans nouvelle taxation.
Les abattements SCI et assurance-vie se cumulent-ils ?
Oui, ce sont des enveloppes indépendantes. La donation de parts de SCI mobilise l'abattement de 100 000 € par parent et par enfant (art. 779 CGI), renouvelable tous les 15 ans au titre du délai de rappel de l'art. 784 CGI. L'assurance-vie ajoute 152 500 € par bénéficiaire pour les primes versées avant 70 ans (art. 990 I). Un même parent peut donc utiliser les deux pour un même enfant.
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Pour aller plus loin
Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil personnalisé ; vérifiez votre situation auprès d'un professionnel.