SCI et IFI des non-résidents : une assiette limitée aux seuls biens français (2026)
Vous vivez à l'étranger, vous détenez de l'immobilier français dans une SCI, et vous vous demandez si l'IFI vous concerne. La réponse tient en une nuance que beaucoup ratent : le non-résident n'est imposé que sur ses biens et droits immobiliers situés en France. Le studio que la même SCI possède à Lisbonne ou à Genève ? Hors jeu. C'est là toute la différence avec un associé resté en France, taxé sur son patrimoine immobilier mondial. Dans ce guide, je détaille comment l'article 964 du CGI borne la territorialité de l'IFI, comment on isole la fraction française de vos parts, quelles dettes vous pouvez réellement déduire, et pourquoi la convention fiscale signée entre la France et votre pays de résidence tranche, en dernier ressort, tous les cas limites.
Rédigé par Quentin Hagnéré, fondateur de sci-ai.app, et vérifié contre les sources officielles (CGI, BOFiP, conventions fiscales publiées par la DGFiP). Mis à jour le 21 juillet 2026.
L'essentiel en une phrase
Pour un associé non-résident, l'IFI ne frappe que la fraction de la valeur des parts de SCI représentative d'immeubles situés en France ; tout le reste — placements financiers, immobilier étranger de la SCI — sort de l'assiette.
Sommaire
- La territorialité de l'IFI : résident vs non-résident
- Comment les parts de SCI entrent dans l'assiette
- Le coefficient immobilier français : la clé du calcul
- Seuil de 1,3 M€ et barème 2026
- Dettes déductibles et dispositifs anti-abus
- SCI détenant des biens France et étranger
- La primauté des conventions fiscales
- Cas chiffré : un non-résident associé de SCI
- Déclaration, calendrier et erreurs fréquentes
- FAQ
1. La territorialité de l'IFI : résident vs non-résident
L'impôt sur la fortune immobilière est régi par les articles 964 à 983 du CGI. Il a succédé à l'ISF le 1er janvier 2018, en abandonnant tout ce qui n'était pas de la pierre : plus d'actions, plus d'assurance-vie, plus de comptes en banque dans l'assiette, seulement l'immobilier. Et c'est l'article 964 du CGI qui pose la règle du jeu pour la territorialité. Deux mondes s'y opposent :
- Le redevable domicilié en France est imposé sur son patrimoine immobilier mondial : immeubles français et étrangers, détenus directement ou via des sociétés.
- Le redevable non domicilié en France (le non-résident) est imposé uniquement sur ses biens et droits immobiliers situés en France, ainsi que sur les parts de sociétés à hauteur de leur valeur représentative de ces mêmes immeubles français.
Cette frontière change tout. Prenez un même appartement à Barcelone, logé dans une même SCI : il gonfle l'assiette IFI de l'associé qui vit à Paris, et il ne pèse rien dans celle de son frère installé à Montréal. Voilà le sujet de ce guide. Si c'est le régime du résident qui vous intéresse — patrimoine mondial, biens professionnels, démembrement — c'est notre guide de l'IFI en SCI qu'il faut lire.
Qui est « non-résident » au sens fiscal ?
Tout part de l'article 4 B du CGI. Est domicilié en France celui qui y a son foyer ou son séjour principal, qui y travaille à titre principal, ou qui y a le centre de ses intérêts économiques. Un seul de ces critères suffit. Si aucun ne joue, vous êtes non-résident. Une réserve, et elle est de taille : cette qualification de droit interne peut sauter face à une convention fiscale bilatérale, dont les critères de résidence l'emportent toujours (j'y reviens au chapitre 7).
| Élément de patrimoine | Associé résident | Associé non-résident |
|---|---|---|
| Parts de SCI (immeuble en France) | Imposable | Imposable |
| Parts de SCI (immeuble à l'étranger) | Imposable | Hors assiette |
| Immeuble français détenu en direct | Imposable | Imposable |
| Placements financiers, actions cotées | Hors assiette | Hors assiette |
| Plafonnement IFI (art. 979) | Applicable | Non applicable |
2. Comment les parts de SCI entrent dans l'assiette
C'est l'article 965 du CGI qui dessine l'assiette. Il y range noir sur blanc « les parts ou actions des sociétés et organismes... à hauteur de la fraction de leur valeur représentative de biens ou droits immobiliers » situés — pour le non-résident — en France. La SCI, immobilière par vocation, coche évidemment la case : c'est le véhicule que ce mécanisme vise en premier.
La conclusion est nette : loger un immeuble français dans une SCI plutôt que le détenir en nom propre ne vous fait pas sortir de l'IFI. Le législateur a fermé la porte à l'interposition. Nom propre, SCI, SCPI, société civile de placement, empilement de plusieurs sociétés : peu importe l'habillage, la valeur immobilière française finit par remonter jusqu'à l'associé.
Détention directe ou indirecte : même logique
Vous pouvez détenir la SCI directement — vous en êtes associé — ou indirectement — une société possède les parts, elle-même parfois détenue par une autre, sur deux ou trois étages. Peu importe : l'IFI traverse les murs. On remonte la chaîne de participations, palier après palier, jusqu'à retrouver la valeur des immeubles français au bout. Empiler une holding immobilière ne fait donc pas s'évaporer l'IFI sur la pierre française qui dort tout en bas de la structure.
Les exclusions : ce qui n'est pas imposable
Certains actifs immobiliers logés dans la société échappent à l'assiette, notamment :
- Les immeubles affectés à l'activité opérationnelle d'une société d'exploitation (art. 965 2° CGI), sous conditions strictes — rarement le cas d'une SCI patrimoniale de location nue.
- Les biens immobiliers détenus à l'étranger par la SCI, pour le seul associé non-résident.
- La quote-part de valeur des parts représentative d'actifs non immobiliers (trésorerie, mobilier, créances) de la SCI.
À retenir : l'IFI ne taxe pas la SCI elle-même, mais l'associé, sur la valeur immobilière française qui « transparaît » à travers ses parts. La SCI reste un contribuable transparent de ce point de vue.
3. Le coefficient immobilier français : la clé du calcul
Toute la mécanique tient dans un rapport, ce que j'appelle le coefficient immobilier français (on parle aussi de ratio d'imposition). Le calcul est plus simple qu'il n'en a l'air :
Formule
Coefficient = Valeur vénale des immeubles français de la SCI ÷ Valeur vénale totale de l'actif de la SCI
Fraction imposable des parts = Valeur des parts détenues × Coefficient
La photo se prend au 1er janvier de l'année d'imposition, pas à la date qui vous arrange. On part de l'actif net réévalué de la SCI — valeur vénale des immeubles moins les dettes sociales —, on applique les décotes justifiées s'il y en a, puis le coefficient immobilier français, et enfin votre quote-part d'associé. Quatre étapes, dans cet ordre.
Les décotes admises… et surveillées
La jurisprudence admet des décotes sur la valeur des parts de SCI, notamment :
- Une décote pour illiquidité (les parts d'une société civile non cotée sont difficiles à revendre).
- Une décote pour minorité lorsque l'associé ne contrôle pas la SCI.
- Une décote tenant compte de l'indisponibilité liée aux clauses statutaires (agrément, inaliénabilité temporaire).
Un mot d'ordre : ces décotes doivent rester raisonnables et défendables. Le fisc les regarde de près et n'hésite pas à requalifier un abattement gonflé. En pratique, on voit souvent des décotes globales de 10 à 20 %, mais rien n'est automatique : tout se joue sur les faits et sur la rédaction de vos statuts. Le démembrement des parts rebat encore les cartes. Le principe posé par l'article 968 du CGI est que l'usufruitier supporte l'IFI sur la valeur en pleine propriété — sauf dans les cas où la loi répartit la charge entre nu-propriétaire et usufruitier.
4. Seuil de 1,3 M€ et barème 2026
Bonne nouvelle, le ticket d'entrée ne change pas selon l'endroit où vous vivez : résident comme non-résident, l'IFI se déclenche à 1 300 000 € de patrimoine immobilier net taxable au 1er janvier. La différence est ailleurs, dans ce qu'on met sur la balance. Pour le non-résident, on ne pèse que la valeur immobilière française : ses biens détenus en direct dans l'Hexagone, plus la fraction française de ses parts de SCI. Le reste ne compte même pas pour apprécier le seuil.
Attention au piège classique : une fois les 1 300 000 € franchis, on ne calcule pas l'impôt à partir de 1,3 M€, mais dès 800 000 €. Le seuil ouvre la porte, le barème, lui, commence plus bas :
| Fraction du patrimoine net taxable | Taux |
|---|---|
| Jusqu'à 800 000 € | 0 % |
| De 800 001 € à 1 300 000 € | 0,50 % |
| De 1 300 001 € à 2 570 000 € | 0,70 % |
| De 2 570 001 € à 5 000 000 € | 1,00 % |
| De 5 000 001 € à 10 000 000 € | 1,25 % |
| Au-delà de 10 000 000 € | 1,50 % |
La décote d'entrée : pour lisser le passage du seuil, un mécanisme de décote s'applique aux patrimoines compris entre 1 300 000 € et 1 400 000 €. La réduction d'impôt est égale à 17 500 € − 1,25 % du patrimoine net taxable. Elle s'annule à 1 400 000 €.
Point d'attention pour le non-résident : le plafonnement de l'IFI à 75 % des revenus (art. 979 CGI) est réservé aux résidents fiscaux français. Le non-résident ne peut pas s'en prévaloir, même s'il perçoit peu de revenus de source française. Sa charge d'IFI peut donc représenter une part importante de ses revenus français.
5. Dettes déductibles et dispositifs anti-abus
L'IFI frappe un patrimoine net : on retranche les dettes de l'assiette. Sur le papier, c'est confortable. Sauf que les articles 973 et 974 du CGI ont posé une série de garde-fous, pensés pour un objectif précis : empêcher qu'on gonfle artificiellement son endettement pour faire fondre l'impôt. Voici ce qui passe, et ce qui coince.
Le principe : dettes afférentes aux actifs imposables
Pour le non-résident, seules sont déductibles les dettes afférentes aux immeubles français imposables, existantes au 1er janvier, effectivement supportées par le redevable et justifiées (art. 974 I CGI). Sont notamment déductibles :
- Les emprunts d'acquisition ou de travaux relatifs à l'immeuble français.
- Les impôts dus à raison de la propriété du bien, au premier rang desquels la taxe foncière (en revanche, l'IFI lui-même et la taxe d'habitation ne sont pas déductibles).
- Les droits de succession ou de donation encore dus sur le bien.
Le revers de la médaille : la dette adossée à un immeuble étranger — que le non-résident ne déclare pas — n'est pas déductible non plus. C'est parfaitement logique. Pas d'actif dans l'assiette, pas de passif en face. On ne déduit pas la dette d'un bien qu'on n'a pas taxé.
Anti-abus n° 1 : les prêts in fine
Le prêt in fine — celui qu'on rembourse en un seul bloc à l'échéance — était l'outil favori des optimiseurs d'IFI : on emprunte, le capital reste dû en totalité pendant quinze ans, et l'assiette reste au plancher. L'article 974 II du CGI a coupé court. Désormais, la dette déductible n'est plus le capital réellement dû, mais un montant retraité — et attention, le mécanisme dépend du contrat. Quand le prêt in fine prévoit un terme (le cas de très loin le plus fréquent), la déduction est égale au montant total diminué chaque année d'une fraction égale à ce montant multiplié par le rapport entre les années écoulées et la durée totale du prêt. Autrement dit, un in fine sur 15 ans se réduit de 1/15 (environ 6,67 %) par an et n'est plus déductible au terme des 15 ans, pas au bout de 20. Ce n'est que pour l'in fine dont aucun terme n'est prévu au contrat que le texte impose le retrait d'un vingtième (5 %) par année écoulée depuis le versement — le seul cas où l'on arrive à zéro au bout de 20 ans. J'explique tout le mécanisme, chiffres à l'appui, dans notre guide dédié : le prêt in fine en SCI.
Anti-abus n° 2 : comptes courants d'associé et prêts familiaux
L'article 973 II du CGI interdit ou encadre la déduction, pour la valorisation des parts, de certaines dettes contractées par la SCI :
- Dettes contractées auprès de l'associé lui-même ou de son foyer (compte courant d'associé finançant l'acquisition du bien imposable).
- Dettes contractées auprès d'un membre du groupe familial (ascendants, descendants, frères et sœurs).
- Dettes contractées auprès d'une société contrôlée par le groupe familial.
Ces dettes-là ne viennent réduire la valeur des parts qu'à une condition : que vous prouviez que le prêt tient debout — un terme fixé, un taux de marché, des remboursements qui ont réellement lieu. Le compte courant d'associé qui traîne depuis dix ans, sans échéance ni remboursement, est exactement le cas que l'administration regarde de travers. Elle le réintègre dans l'assiette sans état d'âme.
| Type de dette | Déductible ? | Base |
|---|---|---|
| Emprunt bancaire amortissable (immeuble FR) | Oui | Art. 974 I CGI |
| Prêt in fine (immeuble FR) | Oui, retraité (décote proportionnelle à la durée ; 1/20 par an si sans terme) | Art. 974 II CGI |
| Compte courant d'associé | Sous condition de normalité | Art. 973 II CGI |
| Prêt familial (ascendant/descendant) | Sous condition de normalité | Art. 973 II CGI |
| Dette liée à un immeuble étranger de la SCI | Non (non-résident) | Art. 974 I CGI |
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6. SCI détenant des biens France et étranger
Voici le cas le plus parlant, et le plus avantageux quand on vit hors de France. Une SCI possède un immeuble à Bordeaux et un autre à Bruxelles ? L'associé non-résident ne sera imposé que sur la part bordelaise de ses parts. Le bien belge, lui, reste entièrement à l'écart de l'IFI français.
Le mécanisme d'isolement de la valeur française
On procède en trois temps :
- On identifie la valeur vénale de l'immeuble français détenu par la SCI.
- On la rapporte à la valeur totale de l'actif de la SCI (immeuble français + immeuble étranger + autres actifs) pour obtenir le coefficient immobilier français.
- On applique ce coefficient à la valeur des parts de l'associé non-résident.
Le résultat tombe tout seul : l'immeuble étranger disparaît de l'assiette du non-résident, alors qu'il aurait été taxé rubis sur l'ongle chez un associé resté en France. Cette asymétrie n'est pas un détail. Quand un associé s'apprête à partir vivre à l'étranger, la répartition des biens dans la SCI se réfléchit en amont, pas après coup. Sur la stratégie patrimoniale de l'investisseur expatrié dans son ensemble, jetez un œil à notre guide de la SCI pour non-résident.
Attention aux biens situés dans un État tiers via la France
Retenez une chose : ce qui compte, c'est où se trouve la brique, pas la nationalité de la société. Une SCI bien française qui détient un appartement à Séville ne rend pas cet appartement imposable à l'IFI pour son associé non-résident. Et inversement, une société civile de droit luxembourgeois qui possède un immeuble rue de Rivoli fait entrer cette valeur dans l'assiette de ses associés non-résidents (toujours sous réserve de la convention). Le lieu de l'immeuble commande, jamais l'adresse du siège social.
7. La primauté des conventions fiscales
C'est l'angle mort de beaucoup de contribuables, et parfois de leurs conseils : la convention fiscale bilatérale prime sur le CGI (article 55 de la Constitution). Avant même d'ouvrir le code des impôts, on lit la convention signée entre la France et le pays où réside l'associé. Toujours dans cet ordre, jamais l'inverse.
La règle habituelle : imposition dans l'État de situation
Dans l'immense majorité des cas, la convention suit le modèle OCDE et confie le droit d'imposer la fortune immobilière à l'État où se trouve l'immeuble. Pour la pierre française, la France garde donc la main sur l'IFI — y compris quand le bien est logé dans des parts de société à prépondérance immobilière. Autrement dit, dans le scénario le plus courant, la convention ne vous sauve pas : elle confirme l'imposition française.
Les exceptions et pièges conventionnels
Certaines conventions présentent des particularités décisives :
- Absence de clause « fortune » : quelques conventions ne traitent pas de l'impôt sur la fortune. Le droit interne s'applique alors sans limitation conventionnelle.
- Traitement spécifique des parts de sociétés : certaines conventions ne considèrent comme immobilières que les sociétés dont l'actif est immobilier au-delà d'un certain seuil, ce qui peut modifier l'imposition des parts de SCI.
- Élimination de la double imposition : la convention prévoit un crédit d'impôt ou une exonération dans l'État de résidence pour éviter que le même patrimoine ne soit taxé deux fois.
Méthode : face à un associé non-résident, on lit d'abord la convention France–État de résidence (article « Fortune » ou « Capital »), puis on applique le CGI dans les limites qu'elle autorise. Ne jamais raisonner uniquement en droit interne. En matière successorale internationale, la logique est comparable : voir notre guide de la succession internationale en SCI.
8. Cas chiffré : un non-résident associé de SCI
Rien ne vaut un exemple pour ancrer tout ça. Julien a posé ses valises à Lisbonne, où il est désormais résident fiscal. Il détient 50 % d'une SCI familiale à l'IR, restée en France. Cette SCI possède deux biens : un immeuble de rapport à Lyon et un appartement, justement, à Lisbonne. Voici la photo au 1er janvier 2026 :
| Poste | Montant |
|---|---|
| Immeuble à Lyon (France) | 3 000 000 € |
| Appartement à Lisbonne (étranger) | 1 000 000 € |
| Trésorerie de la SCI | 0 € (négligée) |
| Emprunt bancaire amortissable (bien de Lyon) | − 1 200 000 € |
| Emprunt (bien de Lisbonne) | − 400 000 € |
Étape 1 — Coefficient immobilier français. Sur un actif immobilier total de 4 000 000 €, la part française est de 3 000 000 €, soit un coefficient de 75 %.
Étape 2 — Valeur des parts de Julien. Actif net de la SCI = 4 000 000 € − 1 600 000 € de dettes = 2 400 000 €. Julien détient 50 %, soit une valeur brute de parts de 1 200 000 € (avant décote éventuelle, ici écartée pour la clarté).
Étape 3 — Isolement de la fraction française. On ne retient que la valeur nette rattachable au bien français. Immeuble de Lyon 3 000 000 € − emprunt français déductible 1 200 000 € = 1 800 000 € de valeur nette française pour la SCI. Quote-part de Julien (50 %) = 900 000 €. L'emprunt de Lisbonne n'est pas déductible car il se rapporte à un bien étranger hors assiette.
Résultat
Patrimoine immobilier français net taxable de Julien = 900 000 €.
900 000 € < 1 300 000 € → Julien ne paie pas un euro d'IFI.
Et s'il était resté en France ? Son assiette engloberait aussi la valeur nette de l'appartement de Lisbonne — 600 000 € après emprunt, dont la moitié lui revient, soit 300 000 €. Son patrimoine immobilier net taxable grimperait à 1 200 000 €. Toujours sous le seuil, certes, mais l'écart de 300 000 € entre les deux situations, c'est très exactement l'immobilier étranger que la qualité de non-résident met hors d'atteinte du fisc français.
Variante : si l'immeuble de Lyon valait 5 000 000 € et l'emprunt français 1 000 000 €, la valeur nette française de la SCI serait de 4 000 000 €, la quote-part de Julien de 2 000 000 €. Il franchirait alors le seuil de 1,3 M€ et serait imposable. Le calcul de l'IFI se ferait selon le barème : 0,50 % sur la tranche 800 000–1 300 000 € (2 500 €) + 0,70 % sur la tranche 1 300 000–2 000 000 € (4 900 €) = 7 400 € d'IFI (avant application éventuelle de la convention franco-portugaise).
9. Déclaration, calendrier et erreurs fréquentes
Comment déclarer
L'IFI n'a pas de formulaire à lui : il voyage avec votre déclaration de revenus, sur l'annexe n° 2042-IFI. Le non-résident adresse le tout au Service des impôts des particuliers non-résidents (le SIPNR, à Noisy-le-Grand). Et attention à ce réflexe : même si vous n'avez aucun revenu de source française à déclarer cette année-là, dès lors que vous êtes redevable de l'IFI, vous devez déposer cette déclaration pour y porter votre patrimoine immobilier français. Pas de revenu ne veut pas dire pas de déclaration.
Calendrier 2026
La date limite suit celle de la déclaration de revenus, en mai-juin 2026 selon la zone et le mode de dépôt (papier ou en ligne). Les non-résidents relèvent en pratique d'une échéance en ligne alignée sur le calendrier national de télédéclaration. Pour ne rien oublier des obligations annuelles de la structure, consultez le calendrier fiscal de la SCI.
Les erreurs fréquentes
- Croire que la détention via SCI « efface » l'IFI. Faux : l'IFI traverse la société. L'immobilier français reste taxable, en direct comme en SCI.
- Oublier d'exclure l'immobilier étranger. Un non-résident qui déclare la valeur mondiale de ses parts se surtaxe : seule la fraction française compte.
- Déduire une dette liée à un bien étranger. Interdit pour le non-résident (pas d'actif dans l'assiette, pas de passif déductible).
- Ignorer le retraitement des prêts in fine. La déduction diminue chaque année, contrairement au capital restant dû réel.
- Ne pas lire la convention fiscale. Elle prime sur le CGI et peut modifier — rarement supprimer — l'imposition française.
- Confondre IFI et taxe de 3 %. Ce sont deux impôts distincts qui peuvent se cumuler sur une même SCI.
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Cet article est informatif et ne remplace pas un conseil personnalisé. La fiscalité internationale dépend étroitement de la convention applicable et de votre situation individuelle ; faites valider votre cas par un professionnel avant toute décision.
FAQ — SCI et IFI des non-résidents
Un non-résident détenant de l'immobilier français via une SCI est-il redevable de l'IFI ?
Oui, potentiellement. En vertu de l'article 964 du CGI, le non-résident est imposable à l'IFI sur ses seuls biens et droits immobiliers situés en France. Les parts de SCI entrent dans l'assiette à hauteur de la fraction de leur valeur représentative d'immeubles français. Il devient effectivement redevable si ce patrimoine immobilier français net taxable atteint 1 300 000 €.
Quelle différence d'IFI entre un résident et un non-résident associé de SCI ?
Le résident est imposé sur son patrimoine immobilier mondial. Le non-résident n'est imposé que sur ses biens et droits immobiliers situés en France. Un immeuble détenu par la SCI à l'étranger n'entre donc pas dans l'assiette IFI d'un associé non-résident, alors qu'il y entrerait pour un associé résident.
Comment calcule-t-on la fraction imposable des parts de SCI ?
On applique un coefficient immobilier français : rapport entre la valeur vénale des immeubles français de la SCI et la valeur totale de son actif. Ce coefficient est appliqué à la valeur des parts. Exemple : une SCI dont l'actif est composé à 100 % d'un immeuble parisien rend les parts imposables à 100 % de leur valeur.
À partir de quel montant paie-t-on l'IFI ?
Le seuil d'entrée est de 1 300 000 € de patrimoine immobilier net taxable, identique pour résidents et non-résidents. Pour le non-résident, seule la fraction française compte. Une fois le seuil franchi, le barème s'applique dès 800 000 €, avec une décote lissée entre 1 300 000 € et 1 400 000 €.
Quelles dettes un non-résident peut-il déduire ?
Seules les dettes afférentes aux immeubles français imposables et effectivement supportées (art. 974 CGI) : emprunt d'acquisition, travaux, taxe foncière, droits de succession. Une dette liée à un immeuble étranger, hors assiette pour le non-résident, n'est pas déductible.
Un prêt in fine est-il pleinement déductible ?
Non. L'article 974 II du CGI retraite les prêts in fine. Si un terme est prévu (le cas standard), la dette déductible est le montant emprunté diminué chaque année d'une fraction proportionnelle à la durée du prêt (1/15 par an pour un in fine sur 15 ans, plus rien au terme). Ce n'est que pour un in fine sans terme prévu que la décote se fait par vingtièmes (5 % par an). Ce dispositif anti-abus neutralise l'optimisation par emprunt sans amortissement.
Le compte courant d'associé est-il déductible ?
C'est encadré. Les dettes contractées par la SCI auprès d'un associé ou de son groupe familial (art. 973 II CGI) ne réduisent la valeur des parts que si le redevable prouve le caractère normal du prêt : terme, taux de marché, remboursements effectifs. À défaut, elles sont réintégrées.
Les conventions fiscales peuvent-elles supprimer l'IFI du non-résident ?
Elles priment sur le droit interne. La plupart attribuent l'imposition de la fortune immobilière à l'État de situation de l'immeuble — la France conserve donc le droit d'imposer l'immobilier français. Certaines conventions spécifiques peuvent toutefois limiter ce droit : il faut toujours lire la convention applicable.
Un non-résident bénéficie-t-il du plafonnement à 75 % ?
Non. Le plafonnement de l'article 979 du CGI est réservé aux redevables domiciliés fiscalement en France. Le non-résident ne peut pas l'invoquer, ce qui peut alourdir sa charge relative lorsqu'il perçoit peu de revenus de source française.
Une SCI avec un bien français et un bien étranger : comment ça marche ?
On isole la valeur des immeubles français pour calculer le coefficient immobilier français. Seule la fraction des parts représentative de l'immeuble français entre dans l'assiette du non-résident. Le bien étranger est neutralisé, contrairement au traitement d'un associé résident.
Un non-résident doit-il déclarer l'IFI sans immeuble détenu en direct ?
Oui, si la valeur de ses parts de SCI représentative d'immeubles français atteint 1 300 000 €. La détention indirecte via une société civile n'exonère pas : l'IFI vise autant l'immobilier détenu directement que celui logé dans une SCI, une SCPI ou toute société à prépondérance immobilière.
Quel formulaire et quelle date pour déclarer en 2026 ?
L'IFI se déclare via l'annexe 2042-IFI jointe à la déclaration de revenus, auprès du Service des impôts des particuliers non-résidents. La date limite suit le calendrier de la déclaration de revenus (mai-juin 2026 selon le mode de dépôt).
Peut-on appliquer une décote sur la valeur des parts ?
Oui, une décote pour illiquidité ou pour minorité peut être appliquée sur la valeur vénale des parts au 1er janvier. Elle doit toutefois être justifiée et raisonnable — l'administration fiscale la contrôle et refuse les abattements excessifs.
L'IFI concerne-t-il aussi les SCI étrangères à prépondérance immobilière française ?
Oui. Une société civile ou structure étrangère détenant de l'immobilier en France est concernée dès lors que ses titres sont représentatifs d'immeubles français. Le non-résident associé est imposable sur la fraction française, sous réserve de la convention fiscale applicable. C'est le lieu de l'immeuble qui commande, pas le siège social.
Quelle différence entre l'IFI et la taxe de 3 % pour un non-résident via SCI ?
Deux impositions distinctes. L'IFI (art. 964 s. CGI) frappe le patrimoine immobilier net du redevable au-delà de 1,3 M€. La taxe annuelle de 3 % (art. 990 D CGI) vise la valeur vénale des immeubles français détenus par certaines entités, avec exonérations (art. 990 E) sous condition de déclaration n° 2746 révélant les associés. Une SCI peut être concernée par les deux.
Le passage de résident à non-résident change-t-il l'assiette IFI ?
Oui, radicalement. En devenant non-résident, l'associé sort de l'assiette tout son immobilier étranger, y compris celui logé dans la SCI. Seule subsiste la fraction française. La date d'appréciation étant le 1er janvier, le statut de résidence à cette date détermine l'étendue de l'assiette pour toute l'année.
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