Changement d'usage et meublé de tourisme en SCI (2026)
« On va mettre l'appart de la SCI sur Airbnb. » La phrase paraît anodine. Elle ouvre en réalité trois portes réglementaires que la plupart des gérants ne voient pas venir. Il faut souvent une autorisation de changement d'usage en mairie, parfois payée au prix fort par une compensation. Il faut déclarer le meublé et récupérer un numéro d'enregistrement. Et il faut surtout comprendre qu'une location saisonnière peut, à elle seule, faire basculer votre SCI à l'impôt sur les sociétés — de façon quasi définitive. Ce guide traite le volet urbanisme et conformité, celui qu'on oublie. Pour la fiscalité fine du meublé, j'ai écrit un guide dédié : SCI et location meublée.
Rédigé par Quentin Hagnéré, fondateur de sci-ai.app, et vérifié contre les sources officielles (Code de la construction et de l'habitation, Code du tourisme, Code de l'urbanisme, CGI, BOFiP). Mis à jour le 21 juillet 2026.
Sommaire
- Les trois réglementations à connaître
- Changement d'usage ou de destination : ne pas confondre
- L'autorisation de changement d'usage (L631-7 CCH)
- Le mécanisme de compensation
- Déclaration et numéro d'enregistrement
- La loi Le Meur du 19 novembre 2024
- Le risque de bascule à l'IS
- Sanctions et cas chiffré
- Checklist de conformité
- FAQ
1. Les trois réglementations à connaître
Le réflexe naturel, c'est de raisonner comme un particulier qui met sa chambre d'amis en location le week-end. Sauf qu'une SCI ne joue pas dans cette catégorie. Transformer durablement un logement en meublé de tourisme peut réveiller trois réglementations indépendantes, chacune pilotée par une administration différente, qui ne se parlent pas entre elles :
| Réglementation | Base légale | Enjeu |
|---|---|---|
| Changement d'usage | Art. L631-7 CCH | Autorisation mairie + compensation |
| Enregistrement du meublé | Art. L324-1-1 C. tourisme | Numéro obligatoire sur les annonces |
| Changement de destination | Art. R151-27/28 C. urbanisme | Déclaration préalable ou permis (parfois) |
| Fiscalité (bascule IS) | Art. 206-2 CGI | Perte possible du régime IR translucide |
Elles se cumulent sans se compenser. Un studio à Paris peut déclencher les quatre lignes du tableau d'un coup : autorisation, compensation, numéro d'enregistrement, IS. Un pavillon dans une commune rurale de 4 000 habitants n'en déclenchera peut-être que deux : l'enregistrement et le volet fiscal. Tout dépend d'où se trouve le bien. Avant de meubler quoi que ce soit, commencez donc par une question simple : qu'est-ce qui s'applique réellement dans ma commune ?
2. Changement d'usage ou de destination : ne pas confondre
Voici l'erreur que je vois revenir le plus souvent, y compris chez des professionnels de l'immobilier. On emploie « usage » et « destination » comme des synonymes. Ce sont deux notions juridiques distinctes, logées dans deux codes différents, avec deux guichets différents. Les confondre, c'est se tromper de dossier.
Le changement d'usage (Code de la construction et de l'habitation)
Une seule question ici : à quoi sert le local dans les faits ? À loger quelqu'un, ou à autre chose ? Louer un appartement à la semaine, toute l'année, à des touristes de passage, c'est le retirer du logement permanent. L'article L631-7 du CCH conditionne cette transformation à l'autorisation préalable du maire, là où le régime s'applique. La logique est celle d'une police de l'habitat : dans les villes où se loger devient un parcours du combattant, on ne laisse pas les logements filer vers le tourisme sans contrepartie.
Le changement de destination (Code de l'urbanisme)
Le changement de destination vise la catégorie du bâtiment au sens du droit des sols. Le Code de l'urbanisme distingue cinq destinations et une vingtaine de sous-destinations (art. R151-27 et R151-28) : habitation, commerce et activités de service (qui inclut notamment les sous-destinations « hôtels » et « autres hébergements touristiques » depuis les décrets n° 2020-78 et n° 2023-195), etc. Passer d'une sous-destination à une autre nécessite une déclaration préalable, ou un permis de construire si des travaux modifient les structures porteuses ou la façade.
Point clé : le meublé de tourisme reste en général rattaché à la sous-destination « logement ». Il n'y a donc pas systématiquement de changement de destination. Mais si l'exploitation devient para-hôtelière (services, accueil, réception), la sous-destination peut basculer vers « autres hébergements touristiques » (destination « commerce et activités de service ») — et là, l'urbanisme s'ajoute au changement d'usage.
Retenez la hiérarchie : en grande ville, c'est le changement d'usage qui va vous bloquer, neuf fois sur dix. Le changement de destination ne surgit que si vous basculez dans l'hôtellerie caractérisée ou si vous ouvrez un chantier structurel. Deux problèmes de nature différente, qu'il ne faut ni mélanger, ni traiter au même guichet.
3. L'autorisation de changement d'usage (L631-7 CCH)
Où l'autorisation est-elle obligatoire ?
Le régime d'autorisation de l'article L631-7 du CCH s'applique de plein droit dans :
- les communes de plus de 200 000 habitants (Paris, Marseille, Lyon, Toulouse, Nice, Nantes, Montpellier, Strasbourg, Bordeaux, Lille) ;
- les trois départements de la petite couronne : Hauts-de-Seine (92), Seine-Saint-Denis (93), Val-de-Marne (94).
Partout ailleurs, le régime ne s'active que si la commune le décide, par délibération du conseil municipal (ou de l'EPCI), parfois après feu vert du préfet en zone tendue. Et elles sont légion à l'avoir fait : Biarritz, Annecy, Saint-Malo, La Rochelle, une bonne partie du littoral et des stations de montagne. Ne présumez jamais qu'une petite commune est « tranquille » sous prétexte qu'elle est petite. Un coup de fil au service urbanisme de la mairie règle la question en cinq minutes — et vous évite de découvrir le problème une fois le bien meublé.
Le cas particulier de la SCI
Voilà un point que les gérants sous-estiment presque toujours. Une SCI n'a pas, ne peut pas avoir, de « résidence principale ». Cette notion suppose une personne physique qui vit sur place au moins huit mois par an — une société, par définition, n'habite nulle part. Le bien détenu par la SCI est donc toujours un bien locatif ou une résidence secondaire. Conséquence directe : sa mise en meublé de tourisme est un changement d'usage permanent, le plus lourd, celui qui déclenche l'autorisation à plein régime (compensation comprise), sans aucune des souplesses que la loi réserve aux particuliers qui louent leur propre toit quelques semaines par an.
Autre subtilité : l'autorisation de changement d'usage est en principe accordée à titre personnel et cesse en cas de changement de propriétaire — sauf lorsqu'elle est assortie d'une compensation, auquel cas elle est réputée attachée au local (art. L631-7-1 CCH). Pour une SCI, cela mérite attention en cas de cession de parts ou de restructuration.
4. Le mécanisme de compensation
C'est ici que beaucoup de projets meurent, sur le tableur, avant même d'avoir commencé. Dans les villes les plus tendues, l'autorisation ne s'obtient pas d'un simple courrier : elle est conditionnée à une compensation. Le principe tient en une phrase, mais il coûte cher — pour sortir un logement du marché de l'habitation, vous devez en « rendre » un autre, de surface équivalente, ailleurs dans la ville. La mairie ne veut pas perdre de m² habitables ; elle vous demande donc d'en recréer autant.
Comment fonctionne la compensation ?
- La SCI doit transformer en habitation des locaux ayant jusque-là un autre usage (bureaux, commerce), pour une surface au moins équivalente à celle transformée en meublé de tourisme.
- Dans certains secteurs de Paris, la compensation est renforcée : deux mètres carrés reconstitués pour un mètre carré transformé.
- À défaut de posséder de tels locaux, la SCI doit acheter une « commercialité » (titre de compensation) sur un marché spécialisé — le prix atteint fréquemment plusieurs milliers d'euros par mètre carré dans la capitale.
Le chiffre qui refroidit : pour un studio parisien de 25 m², le prix de la commercialité peut à lui seul avaler plusieurs dizaines de milliers d'euros — avant le premier loyer perçu. Faites le calcul du rendement une fois cette somme intégrée : dans la majorité des cas, le projet Airbnb devient moins intéressant qu'une bonne vieille location nue. C'est précisément le résultat recherché par le législateur.
Aucune règle nationale uniforme, ici : chaque ville écrit la sienne par délibération. Taux de compensation, quartiers concernés, durée de l'autorisation (souvent temporaire, à renouveler)... tout varie. J'ai vu deux communes limitrophes appliquer des régimes qui n'avaient rien à voir. Le seul document qui fait foi, c'est le règlement municipal de changement d'usage de la commune du bien. Lisez-le en entier avant de signer quoi que ce soit.
5. Déclaration et numéro d'enregistrement
Indépendamment du changement d'usage, la mise en location d'un meublé de tourisme suppose une déclaration auprès de la commune et, de plus en plus, l'obtention d'un numéro d'enregistrement (art. L324-1-1 du Code du tourisme).
- La loi Le Meur a généralisé l'enregistrement avec numéro à l'ensemble des communes, via un téléservice national unique remplaçant les téléservices communaux.
- Le numéro d'enregistrement doit figurer sur chaque annonce (Airbnb, Booking, Abritel...). Les plateformes sont tenues de le vérifier et de retirer les annonces non conformes.
- L'absence de déclaration expose à une amende civile jusqu'à 10 000 €, prononcée par le président du tribunal judiciaire (art. L324-1-1 du Code du tourisme) ; le faux numéro ou la fausse déclaration relève, lui, d'une amende administrative jusqu'à 20 000 € prononcée par la commune (art. L324-2-1 du Code du tourisme, créé par la loi Le Meur).
Ne mélangez pas les deux guichets. Le numéro d'enregistrement peut vous être réclamé dans un village qui n'impose aucun changement d'usage ; et à l'inverse, une métropole vous demandera et l'autorisation de changement d'usage et le numéro. Deux démarches, deux administrations, à lancer de front. En avoir une en poche ne vous dispense jamais de l'autre.
6. La loi Le Meur du 19 novembre 2024
La loi n° 2024-1039 du 19 novembre 2024, dite loi Le Meur, « visant à renforcer les outils de régulation des meublés de tourisme à l'échelle locale », a profondément durci l'encadrement. Ses principales mesures :
| Mesure | Portée |
|---|---|
| Enregistrement généralisé | Numéro obligatoire dans toutes les communes (téléservice national) |
| Pouvoirs des maires | Quotas d'autorisations, zones réservées à la résidence principale au PLU |
| Limite résidence principale | Possibilité d'abaisser de 120 à 90 jours par an (délibération) |
| Performance énergétique | DPE exigé, exclusion progressive des passoires thermiques |
| Copropriété | Interdiction du meublé de tourisme votable, information du syndic |
| Abattements micro-BIC | 30 % (non classé, plafond 15 000 €) / 50 % (classé, plafond 77 700 €) |
Deux précisions importantes pour une SCI :
- La limite des 120 jours (portée à 90 par certaines communes) ne concerne que la résidence principale du loueur. Une SCI n'ayant pas de résidence principale, cette limite ne lui est pas applicable — mais elle relève du régime plus strict du changement d'usage permanent.
- Les abattements micro-BIC (30 % / 50 %) ne concernent que les personnes physiques imposées au micro-BIC (LMNP en direct). Une SCI ne relève jamais du micro-BIC : si elle bascule à l'IS, elle est au réel, avec amortissements. Ce point est développé dans notre guide SCI et location meublée.
La loi Le Meur a aussi renforcé la capacité des copropriétés à interdire la location de courte durée. Avant tout projet, la SCI doit vérifier le règlement de copropriété : une clause d'habitation bourgeoise exclusive ou une interdiction votée rend l'activité impossible, quelle que soit l'autorisation obtenue par ailleurs.
7. Le risque de bascule à l'IS
On a passé six chapitres sur l'urbanisme, et c'est justement là le piège : à force de courir après l'autorisation et le numéro, on oublie le sujet le plus lourd. Le voici. La location meublée est une activité commerciale au sens de l'article 35 du CGI. Or une SCI, elle, a un objet civil (art. 1845 du Code civil). Ces deux mondes ne cohabitent pas paisiblement.
Lorsqu'une société civile exerce une activité commerciale, elle devient passible de l'impôt sur les sociétés de plein droit en application de l'article 206-2 du CGI. L'administration admet toutefois une tolérance : tant que les recettes commerciales n'excèdent pas, sur un exercice, environ 10 % du total des recettes hors taxes de la société (appréciation annuelle ; le lissage sur quatre ans n'est qu'une tolérance secondaire destinée à neutraliser un dépassement occasionnel — BOI-IS-CHAMP-10-30-20, § 320 et 330), la SCI conserve le régime de l'IR.
| Part des recettes meublées | Régime de la SCI |
|---|---|
| ≤ 10 % des recettes totales HT (accessoire) | IR conservé (translucidité) |
| > 10 % des recettes totales HT (significatif) | IS de plein droit, quasi irréversible |
Et cette bascule n'a rien d'anodin. Fiscalement, le passage à l'IS est traité comme une cessation d'entreprise (art. 202 ter du CGI) : il peut faire tomber l'imposition immédiate des plus-values latentes sur vos immeubles, alors même que vous n'avez rien vendu. Il change aussi la donne pour la revente future — vous passez de la plus-value des particuliers à la plus-value professionnelle, avec réintégration de tous les amortissements pratiqués. Autrement dit : une décision quasi irréversible, qui se pèse avant de meubler le bien, jamais dans l'affolement d'un contrôle.
Le raisonnement pratique est simple. Un meublé saisonnier accessoire — un studio loué six semaines l'été, à côté de trois appartements loués nus à l'année — reste sous le seuil, et la SCI garde son IR. Mais si l'Airbnb devient le cœur du projet, oubliez la tolérance : vous franchirez le seuil, c'est mathématique. Dans ce cas, la vraie question n'est plus « comment rester en SCI à l'IR », mais « la SCI est-elle seulement le bon véhicule ? ». Comparez froidement avec le LMNP en direct ou la SARL de famille. J'ai détaillé toute cette arithmétique dans le guide SCI et location saisonnière.
8. Sanctions et cas chiffré
Les sanctions du changement d'usage illicite
On pourrait croire que le pire risque, c'est un simple rappel à l'ordre de la mairie. C'est très en dessous de la réalité. Les sanctions civiles de l'article L651-2 du CCH font mal, et la loi Le Meur les a alourdies :
- Amende civile jusqu'à 100 000 € par local irrégulièrement transformé (montant doublé, de 50 000 à 100 000 €, par la loi Le Meur du 19 novembre 2024), prononcée par le président du tribunal judiciaire à la demande de la commune ou du ministère public.
- Retour forcé à l'usage d'habitation sous astreinte (jusqu'à 1 000 € par jour et par mètre carré utile jusqu'à régularisation).
- À cela s'ajoutent une amende civile jusqu'à 10 000 € pour défaut de numéro d'enregistrement (art. L324-1-1) et une amende administrative jusqu'à 20 000 € en cas de faux numéro, prononcée par la commune (art. L324-2-1 du Code du tourisme).
Cas chiffré : un studio parisien mal préparé
| Poste | Montant estimé |
|---|---|
| Amende changement d'usage illicite (art. L651-2 CCH) | jusqu'à 100 000 € |
| Amende défaut d'enregistrement (civile, art. L324-1-1) / faux numéro (administrative, art. L324-2-1) | jusqu'à 10 000 € / 20 000 € |
| Astreinte de remise en habitation | jusqu'à 1 000 € / jour / m² utile |
| Redressement fiscal si bascule IS non déclarée | majorations 10 à 80 % (art. 1728-1729 CGI) |
Additionnez : le gérant qui « teste juste pour voir » l'Airbnb sur son studio parisien, sans autorisation, sans numéro, sans avoir regardé sa fiscalité, peut se retrouver avec l'amende de changement d'usage, celle du numéro manquant, l'astreinte quotidienne qui court pendant qu'il régularise, et un redressement au titre de l'IS non déclaré. On parle vite de plusieurs dizaines de milliers d'euros. La conformité n'est pas la paperasse qu'on règle après : c'est le projet lui-même.
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9. Checklist de conformité avant de se lancer
Avant de transformer un logement de votre SCI en meublé de tourisme, enchaînez ces vérifications dans l'ordre :
- Copropriété — le règlement autorise-t-il la location de courte durée ? Une clause d'habitation bourgeoise exclusive ou une interdiction votée bloque tout.
- Changement d'usage — la commune impose-t-elle une autorisation (art. L631-7 CCH) ? Une compensation est-elle exigée, et à quel coût ?
- Changement de destination — l'exploitation devient-elle para-hôtelière, imposant une autorisation d'urbanisme ?
- Enregistrement — un numéro d'enregistrement est-il requis ? Le demander via le téléservice et le porter sur les annonces.
- Objet social — les statuts autorisent-ils la location meublée ? Sinon, modification en AGE. Voir modifier l'objet social.
- Fiscalité — la part de recettes meublées dépasse-t-elle 10 % ? Si oui, anticiper l'IS ou choisir un autre véhicule.
- DPE et assurance — le logement respecte-t-il les exigences énergétiques ? L'assurance couvre-t-elle la location saisonnière ?
Prenez ces sept points dans l'ordre. Le premier « non » franc — une copropriété qui interdit, une compensation hors de prix — arrête souvent le projet net, et c'est très bien : mieux vaut le savoir avant d'avoir acheté les meubles. Chacun de ces trois univers (urbanisme, copropriété, fiscalité) peut à lui seul faire capoter l'opération. Un projet solide, c'est un projet qui a dit oui aux trois.
10. FAQ — Changement d'usage et meublé de tourisme en SCI
Ma SCI doit-elle une autorisation pour transformer un logement en meublé de tourisme ?
Cela dépend de la commune. L'autorisation de changement d'usage (art. L631-7 CCH) est de droit dans les communes de plus de 200 000 habitants et la petite couronne parisienne (92, 93, 94). Ailleurs, elle s'applique sur délibération. Comme une SCI ne loue jamais sa résidence principale, la transformation est un changement d'usage permanent : l'autorisation est requise là où le régime existe.
Quelle différence entre changement d'usage et changement de destination ?
Le changement d'usage (art. L631-7 CCH) vise l'usage de fait du local et se gère en mairie au titre de la police de l'habitat. Le changement de destination (art. R151-27/28 du Code de l'urbanisme) vise la catégorie du bâtiment au sens du droit des sols et nécessite une déclaration préalable ou un permis. Un projet peut exiger les deux, notamment en cas d'exploitation para-hôtelière.
Qu'est-ce que la compensation ?
Dans les villes tendues, l'autorisation peut être subordonnée à la transformation en habitation d'une surface équivalente de locaux ayant un autre usage (parfois le double à Paris). À défaut, il faut acheter une « commercialité » sur un marché spécialisé, ce qui coûte souvent plusieurs milliers d'euros par mètre carré. C'est fréquemment ce qui rend le projet non rentable.
Faut-il un numéro d'enregistrement ?
Oui. Depuis la généralisation issue de la loi Le Meur (art. L324-1-1 du Code du tourisme), la déclaration avec numéro d'enregistrement devient obligatoire dans toutes les communes via un téléservice national, au plus tard le 20 mai 2026. Le numéro doit figurer sur chaque annonce et les plateformes le contrôlent. L'absence de déclaration expose à une amende civile jusqu'à 10 000 € (président du tribunal judiciaire, art. L324-1-1), tandis qu'un faux numéro relève d'une amende administrative jusqu'à 20 000 € prononcée par la commune (art. L324-2-1 du Code du tourisme).
Louer en meublé de tourisme fait-il basculer ma SCI à l'IS ?
Oui, c'est le risque majeur. La location meublée est une activité commerciale (art. 35 CGI), et une SCI qui exerce une activité commerciale devient passible de l'IS de plein droit (art. 206-2 CGI). La tolérance administrative maintient l'IR tant que les recettes commerciales restent, sur un exercice, sous environ 10 % du total (appréciation annuelle, avec une tolérance de lissage sur quatre ans — BOI-IS-CHAMP-10-30-20). Au-delà, la bascule est automatique et quasi irréversible.
La limite des 120 jours s'applique-t-elle à une SCI ?
Non. La limite de 120 jours (art. L324-1-1 du Code du tourisme), que la loi Le Meur permet d'abaisser à 90 jours, ne concerne que la résidence principale du loueur. Une SCI n'a pas de résidence principale : cette limite ne lui est pas applicable. En contrepartie, elle relève du régime plus strict du changement d'usage permanent.
Quelles sanctions en cas de changement d'usage sans autorisation ?
L'article L651-2 du CCH prévoit une amende civile jusqu'à 100 000 € par local irrégulièrement transformé (montant doublé par la loi Le Meur), et le retour forcé à l'habitation sous astreinte (jusqu'à 1 000 € par jour et par m² utile). S'y ajoutent une amende civile jusqu'à 10 000 € pour défaut de numéro d'enregistrement (art. L324-1-1) et une amende administrative jusqu'à 20 000 € en cas de faux numéro (art. L324-2-1), ainsi que le risque de redressement fiscal en cas de bascule à l'IS non déclarée.
Faut-il modifier l'objet social de la SCI ?
C'est vivement recommandé. Une SCI a un objet civil (art. 1845 du Code civil) ; ajouter une activité de location meublée saisonnière suppose une modification de l'objet social en AGE, puis publication. Attention : élargir l'objet ne neutralise pas la commercialité fiscale — la SCI reste passible de l'IS si l'activité dépasse la tolérance. Voir notre guide sur la modification de l'objet social.
La copropriété peut-elle interdire le meublé de tourisme ?
Oui, de plus en plus. La loi Le Meur a facilité l'interdiction du meublé de tourisme par le règlement de copropriété, votable à une majorité renforcée. Une clause d'habitation bourgeoise exclusive est également souvent opposable. Avant tout projet, la SCI doit vérifier le règlement : une interdiction rend l'activité impossible, quelle que soit l'autorisation d'urbanisme.
Le meublé de tourisme change-t-il la destination du logement ?
Pas toujours. Le meublé de tourisme reste en principe rattaché à la sous-destination « logement » (art. R151-28 du Code de l'urbanisme), sauf exploitation para-hôtelière caractérisée, qui peut imposer un changement vers la sous-destination « autres hébergements touristiques » avec déclaration préalable ou permis. La qualification dépend des faits ; un certificat d'urbanisme lève le doute.
L'autorisation est-elle attachée au bien ou au propriétaire ?
En principe, l'autorisation de changement d'usage est personnelle et cesse en cas de cession du local — sauf lorsqu'elle est assortie d'une compensation, auquel cas elle est réputée attachée au local (art. L631-7-1 CCH). Pour une SCI, c'est un point de vigilance en cas de cession de parts ou de restructuration.
Le changement d'usage concerne-t-il les petites communes ?
Pas automatiquement. Le régime s'applique de plein droit dans les communes de plus de 200 000 habitants et la petite couronne. Ailleurs, il faut une délibération du conseil municipal, sur autorisation du préfet en zone tendue. De nombreuses communes touristiques l'ont adopté. Il faut toujours vérifier auprès du service urbanisme de la mairie.
Une SCI familiale peut-elle faire du meublé de tourisme ?
Juridiquement oui, si l'objet social le permet. Mais les mêmes règles s'appliquent : autorisation de changement d'usage, numéro d'enregistrement, et risque de bascule à l'IS. Pour une SCI familiale de transmission, faire de l'Airbnb à titre principal est rarement judicieux : cela expose le patrimoine aux contraintes de l'IS et de la plus-value professionnelle.
Le DPE est-il obligatoire pour un meublé de tourisme ?
La loi Le Meur a introduit une exigence progressive de performance énergétique pour les meublés de tourisme, avec exclusion à terme des passoires thermiques dans les zones concernées. Le calendrier exact d'entrée en vigueur doit être vérifié dans les textes d'application. Pour les logements loués de la SCI, voir notre guide dédié au DPE et aux passoires thermiques.
Comment vérifier si mon projet est conforme ?
Enchaînez quatre vérifications : le règlement de copropriété, l'autorisation de changement d'usage (et la compensation), le numéro d'enregistrement, et l'impact fiscal (franchissement du seuil de 10 % déclenchant l'IS). SCI-AI cadre le volet fiscal et comptable ; le service instructeur de la mairie reste l'interlocuteur pour l'urbanisme. Cet article est informatif et ne remplace pas un conseil personnalisé.
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