Récupérer la TVA sur l'achat d'un local commercial neuf en SCI (2026)
Acheter un local commercial neuf via une SCI, c'est supporter 20 % de TVA sur le prix — mais aussi, dans les bonnes conditions, la récupérer intégralement. Sur un local à 300 000 € HT, cela représente 60 000 € que la SCI peut se faire rembourser par l'État. Encore faut-il devenir assujettie, opter pour la TVA sur le bail commercial et affecter le local à une activité taxée. Ce guide est un cas pratique chiffré, de l'acte d'achat au remboursement du crédit de TVA, sans oublier la régularisation par vingtièmes sur 20 ans.
Rédigé par Quentin Hagnéré, fondateur de sci-ai.app, et vérifié contre les sources officielles (CGI, annexe II au CGI, BOFiP). Mis à jour le 25 septembre 2026.
À lire d'abord : ce guide traite le cas pratique de la récupération de la TVA sur un local neuf. Pour le principe général de la TVA en SCI (option, taux, activités concernées), consultez notre guide dédié SCI et TVA.
Sommaire
- Pourquoi la TVA s'applique à un local neuf
- La SCI doit-elle opter à la TVA ?
- Les conditions pour récupérer la TVA
- La récupération en pratique : CA3, CA12 jusqu'à la dernière, crédit de TVA
- La livraison à soi-même (cas construction)
- La régularisation par vingtièmes sur 20 ans
- Exemple chiffré complet : local à 300 000 € HT
- Échéancier et calendrier des obligations
- Les erreurs fréquentes
- FAQ
1. Pourquoi la TVA s'applique à un local commercial neuf
Le point de départ n'est pas le choix de la SCI, mais la nature du bien. Un immeuble neuf est soumis de plein droit à la TVA au taux de 20 % lors de sa première cession après achèvement (article 257, I du CGI). Le vendeur ne peut pas y échapper, et l'acheteur non plus : cette TVA figure sur l'acte, un point c'est tout. Toute la question qui suit est de savoir si la SCI va la subir ou la récupérer.
Qu'est-ce qu'un immeuble « neuf » au sens fiscal ?
Un immeuble est fiscalement neuf lorsqu'il est achevé depuis moins de 5 ans. La qualification vise aussi les immeubles issus d'une rénovation lourde qui les rend « à l'état neuf » (surélévation, remise à neuf de la majorité des éléments de gros œuvre ou de second œuvre). Passé le délai de 5 ans, l'immeuble devient ancien : sa cession n'est plus soumise de plein droit à la TVA mais aux droits d'enregistrement, sauf option.
| Nature du bien | Régime à l'acquisition | TVA récupérable ? |
|---|---|---|
| Local neuf (< 5 ans) | TVA de plein droit à 20 % | Oui, si option TVA |
| Local ancien (> 5 ans) | Droits d'enregistrement | Pas de TVA d'acquisition à récupérer |
| VEFA (vente en l'état futur d'achèvement) | TVA de plein droit à 20 % | Oui, si option TVA |
Retenez donc que la récupération de la TVA d'acquisition ne concerne que les locaux neufs (ou en VEFA). Sur un local ancien acheté hors TVA, il n'y a tout simplement pas de TVA d'acquisition à récupérer. Je vois régulièrement des gérants espérer récupérer une TVA qui n'a jamais été payée sur un immeuble de 2010 : la question ne se pose même pas.
2. La SCI doit-elle opter à la TVA ?
C'est ici que se joue toute l'affaire. Payer la TVA sur l'achat ne donne, en soi, aucun droit à la récupérer. Pour déduire cette taxe, la SCI doit devenir assujettie et affecter le local à une activité soumise à la TVA. Or la location nue de locaux professionnels est exonérée de TVA par principe. Sans un geste volontaire du gérant, les 60 000 € restent donc dans la poche de l'État. Ce geste, c'est l'option.
L'option à la TVA sur le bail commercial (art. 260 2° CGI)
L'article 260, 2° du CGI permet aux personnes qui donnent en location des locaux nus à usage professionnel d'opter pour l'assujettissement à la TVA. En optant, la SCI :
- facture la TVA à 20 % sur les loyers de son bail commercial ;
- récupère la TVA qu'elle supporte sur ses dépenses, à commencer par le prix d'acquisition du local neuf ;
- déduit également la TVA sur les travaux, honoraires, charges et frais liés au local.
L'option se matérialise par une déclaration adressée au service des impôts des entreprises, et par la mention expresse de la TVA dans le bail commercial. Sans option, la location reste exonérée : la SCI ne facture pas de TVA sur les loyers, mais elle ne peut pas non plus récupérer la TVA d'acquisition, qui reste alors un coût définitif de 60 000 € sur un local à 300 000 € HT.
Attention au locataire : l'option rend les loyers plus chers de 20 % pour le preneur. Si celui-ci est lui-même assujetti et récupère la TVA (commerce, profession libérale imposée), cela lui est neutre. En revanche, un locataire exonéré (profession de santé, banque, assurance) subit la TVA sans la récupérer : l'option se négocie alors dans le cadre du bail. Voir notre guide SCI et bail commercial.
3. Les conditions pour récupérer la TVA
Le droit à déduction de la TVA d'acquisition repose sur trois conditions cumulatives. Si l'une manque, le remboursement est bloqué.
| Condition | Ce que cela implique concrètement |
|---|---|
| 1. Être assujetti | La SCI doit avoir opté à la TVA et être immatriculée à la TVA (numéro de TVA intracommunautaire, déclarations de TVA : CA3 ou CA12 en 2026 ; CA3 pour la TVA exigible à compter du 1er janvier 2027 pour un exercice civil, après la clôture de l'exercice qui comprend le 31 décembre 2026 pour un exercice décalé). |
| 2. Affecter à une activité taxée | Le local doit servir à une opération soumise à la TVA — ici, une location commerciale avec TVA. La TVA d'un bien affecté à une activité exonérée n'est pas déductible. |
| 3. Détenir une facture / un acte conforme | La TVA doit figurer distinctement sur l'acte de vente ou la facture du promoteur, avec le montant HT, le taux et la TVA. Sans pièce justificative conforme, pas de déduction. |
Tout tient dans le lien avec une activité taxée. La déduction n'est légitime que parce que les loyers deviennent taxés : la SCI ne déduit la taxe d'amont que parce qu'elle collecte de la taxe d'aval. Cassez ce lien — local qui reste vacant des années, location basculée sans TVA — et l'administration remet le droit à déduction en cause. C'est le premier point qu'un inspecteur regarde en cas de contrôle d'un remboursement.
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4. La récupération en pratique : CA3, CA12 jusqu'à la dernière, crédit de TVA
Une fois assujettie, la SCI déclare sa TVA sur des formulaires normés. La TVA supportée à l'achat s'inscrit en TVA déductible. Et comme, le mois de l'acquisition, elle n'a encore collecté presque aucune TVA sur ses loyers, le solde s'inverse : la SCI dégage un crédit de TVA. Traduction concrète : c'est l'État qui lui doit de l'argent, et non l'inverse.
Régime réel normal : la CA3
Au régime réel normal, la SCI dépose en 2026 une déclaration CA3 mensuellement (ou trimestriellement si la TVA due annuelle est inférieure à 4 000 €) ; pour la TVA exigible à compter du 1er janvier 2027, la CA3 est trimestrielle de plein droit jusqu'à 1 000 000 € de chiffre d'affaires, mensuelle sur option. C'est le régime le plus favorable pour récupérer un gros crédit de TVA d'acquisition, car le remboursement peut être demandé en cours d'année :
- Remboursement en cours d'année dès que le crédit atteint 760 €, et une fois par an dès 150 € (articles 242-0 A et 242-0 C de l'annexe II au CGI) ;
- Demande via le formulaire 3519, jointe à la CA3 ;
- En 2026, une SCI qui dépose des CA3 mensuelles peut la joindre dès la CA3 du mois d'acquisition. À partir de 2027, une SCI trimestrielle devrait pouvoir la joindre à la CA3 du trimestre : c'est la lecture la plus probable, l'adaptation de l'article 242-0 C de l'annexe II à la réforme n'étant pas encore publiée ; l'option pour le dépôt mensuel permet d'aller plus vite ;
- Sur un crédit de 60 000 €, la SCI récupère donc sa trésorerie en quelques semaines à quelques mois après sa demande, une fois les justificatifs contrôlés par l'administration.
Régime simplifié en 2026 : la CA12
En 2026, au régime simplifié d'imposition à la TVA (RSI), la SCI dépose une seule déclaration CA12 par an et verse deux acomptes semestriels. Le crédit de TVA de 2026 ressort de la dernière CA12 et devrait se rembourser par une demande 3517-DDR jointe (dès 150 €), le sort de ce dernier crédit n'étant pas encore précisé par les textes. Il existe toutefois une exception utile ici : lorsque le crédit provient de l'acquisition d'une immobilisation — c'est le cas d'un local —, la SCI au RSI peut en demander le remboursement en cours d'année, dès 760 €, par une demande 3519 déposée avec l'acompte de juillet ou de décembre. Malgré cette souplesse, le rythme reste plus lent que la CA3, et ce régime immobilise la trésorerie plus longtemps.
Conseil pratique : pour une acquisition réalisée en 2026, il est presque toujours préférable d'être au régime réel normal (CA3), afin de demander le remboursement dès la première CA3 qui suit l'achat. L'option pour le réel normal, ouverte même en dessous des seuils du régime simplifié, se notifie toutefois avant le 1er février de l'année pour laquelle elle vaut, ou, pour une SCI nouvelle, dans les trois mois du début de son activité (article 267 quinquies de l'annexe II au CGI). Une SCI déjà au régime simplifié en 2026 ne peut donc plus opter pour 2026 — le « mini-réel » d'une SCI à l'IS ne valait lui aussi pour 2026 que s'il était notifié avant la date limite de la déclaration annuelle déposée en 2026 (le 5 mai 2026 pour un exercice civil) — et demande le remboursement de la TVA sur l'immobilisation avec l'acompte de décembre (demande 3519). Pour une acquisition réalisée après la bascule — dès le 1er janvier 2027 pour un exercice civil, après la clôture de l'exercice qui comprend le 31 décembre 2026 pour un exercice décalé —, la question ne se pose plus : la TVA se déclare sur CA3.
| Critère | CA3 (réel normal) | CA12 (réel simplifié, jusqu'à la dernière, au titre de 2026) |
|---|---|---|
| Fréquence | Mensuelle en 2026 (trimestrielle admise sous 4 000 € de TVA par an) ; trimestrielle de plein droit dès 2027, mensuelle sur option | Annuelle + 2 acomptes (dernier acompte en décembre 2026 pour un exercice civil) |
| Remboursement du crédit | En cours d'année (mois ou trimestre, selon la périodicité) | Annuel, avec la CA12 ; immobilisations : avec l'acompte de juillet ou de décembre |
| Seuil de remboursement | 760 € en cours d'année, 150 € pour la demande annuelle | 150 € (annuel) — 760 € pour une immobilisation en cours d'année |
| Formulaire de remboursement | 3519 | 3517-DDR (avec la CA12) — 3519 pour une immobilisation |
Bon à savoir : l'article 38 de la loi de finances pour 2025 supprime le régime simplifié de TVA pour la TVA exigible à compter du 1er janvier 2027. La DGFiP opère une bascule automatique vers le réel normal, sans démarche : la TVA de 2027 se déclare sur des CA3 trimestrielles de plein droit tant que le chiffre d'affaires ne dépasse pas 1 000 000 € (mensuelles au-delà ou sur option), ce qui rapproche le remboursement du crédit de sa date de naissance. Une SCI qui dépose déjà des CA3 mensuelles le reste tant qu'elle ne demande pas le trimestriel à son service des impôts. Pour un exercice civil, le dernier acompte est celui de décembre 2026, la première CA3 trimestrielle se dépose en avril 2027 et la dernière CA12, au titre de 2026, au plus tard le 4 mai 2027 ; un crédit qu'elle fait apparaître devrait se rembourser par une demande 3517-DDR jointe, le sort de ce dernier crédit n'étant pas encore précisé par les textes. Un exercice décalé reste au régime simplifié jusqu'à la clôture de l'exercice qui comprend le 31 décembre 2026. Le régime simplifié d'imposition des bénéfices (liasse 2033 à l'IS) est, lui, maintenu.
5. La livraison à soi-même (cas construction)
Dans le cas le plus courant — l'achat clé en main auprès d'un promoteur — la TVA de 20 % figure sur l'acte, la SCI la déduit, et l'histoire s'arrête là. Les choses se corsent quand la SCI fait construire elle-même l'immeuble : elle achète un terrain, fait édifier le local, et entre alors dans le mécanisme de la livraison à soi-même (LASM). C'est le point sur lequel on me pose le plus de questions, souvent avec une bonne dose d'inquiétude injustifiée.
Le principe de la LASM
La livraison à soi-même consiste, pour la SCI, à se facturer à elle-même la TVA sur le coût de revient total de la construction (travaux, honoraires d'architecte, terrain le cas échéant selon les règles applicables). Cette TVA « auto-liquidée » est simultanément :
- collectée par la SCI (elle apparaît en TVA collectée sur la déclaration) ;
- déduite par la SCI (en TVA déductible), dans la mesure où le local est affecté à une activité taxée.
Important — la LASM a été largement supprimée : depuis la loi n° 2014-1545 du 20 décembre 2014, la livraison à soi-même d'un immeuble neuf n'est plus obligatoire que lorsque l'immeuble est affecté à une activité n'ouvrant pas droit à déduction complète de la TVA (article 257, II du CGI). Si la SCI affecte son local à 100 % à une activité taxée (location commerciale avec option), aucune LASM n'est exigée : la SCI déduit simplement la TVA sur chaque facture de travaux, au fil de l'eau, via ses CA3.
Lorsque la LASM reste applicable (affectation mixte ou partiellement exonérée), elle est neutre en trésorerie dans la mesure du coefficient de déduction : la TVA collectée est déduite à hauteur du droit à déduction. Sa liquidation peut être reportée jusqu'au 31 décembre de la deuxième année suivant l'achèvement (article 270, II du CGI). Elle sert alors à figer la base d'imposition et à faire courir la période de régularisation de 20 ans.
À retenir : pour un simple achat d'un local neuf déjà construit, oubliez la LASM — la TVA est directement sur l'acte. La LASM concerne les SCI qui construisent ou promeuvent leur propre immeuble.
6. La régularisation par vingtièmes sur 20 ans
Si vous ne devez retenir qu'un paragraphe de ce guide, c'est celui-ci. La TVA que la SCI récupère à l'achat n'est pas gravée dans le marbre le jour du remboursement. Pour les immeubles, elle reste susceptible d'être régularisée pendant 20 ans (article 207 de l'annexe II au CGI). Beaucoup de gérants encaissent les 60 000 € en pensant l'affaire close ; elle ne l'est qu'au bout de deux décennies.
Le principe des vingtièmes
La déduction initiale est réputée s'étaler sur une période de 20 années, à raison d'un vingtième par an. Chaque année écoulée où le local reste affecté à une activité taxée consolide définitivement le vingtième correspondant. Mais si, avant la fin des 20 ans, l'affectation du bien change dans un sens défavorable à la TVA, la SCI doit reverser les vingtièmes restant à courir.
Les événements qui déclenchent une régularisation
- Cession de l'immeuble sans TVA (revente exonérée, immeuble devenu ancien sans option) ;
- Changement d'affectation : le local passe à une location exonérée, ou à un usage privatif / habitation ;
- Abandon ou dénonciation de l'option TVA ;
- Cessation de l'activité taxée.
Le calcul du reversement tient sur une ligne : TVA initialement déduite × (nombre de vingtièmes restant à courir / 20). L'année de l'événement s'apprécie selon les règles applicables, mais la logique ne bouge pas : chaque année de détention en affectation taxée réduit d'autant la note de sortie. Autant dire que vendre au bout de trois ans coûte cher, et qu'au-delà de la vingtième année le sujet disparaît.
Cas inverse favorable : si la SCI revend le local en soumettant la cession à la TVA (immeuble encore neuf, ou option pour taxer la revente d'un immeuble ancien), aucune régularisation n'est due — la chaîne de TVA est préservée. La régularisation ne frappe que les sorties « hors TVA ».
7. Exemple chiffré complet : local à 300 000 € HT
Assez de théorie, déroulons un dossier complet. La SCI Meridien, à l'IS, achète en 2026 un local commercial neuf auprès d'un promoteur pour 300 000 € HT. Elle le destine à une enseigne de restauration, sous bail commercial. La SCI opte à la TVA (art. 260 2° CGI) et se place au régime réel normal (CA3). Côté résultat, le local sera par ailleurs amortissable — ne mélangez pas les deux, l'amortissement n'a rien à voir avec la TVA.
Étape 1 — L'acquisition
| Élément | Montant |
|---|---|
| Prix du local (HT) | 300 000 € |
| TVA à 20 % | 60 000 € |
| Prix payé au promoteur (TTC) | 360 000 € |
| TVA déductible portée sur la CA3 | 60 000 € |
Étape 2 — Le crédit de TVA et son remboursement
Le mois de l'acquisition, en 2026, la SCI Meridien n'a encore rien collecté, ou presque. Au réel normal, elle dépose en 2026 des CA3 mensuelles, le dépôt trimestriel n'étant qu'une faculté réservée aux SCI dont la TVA annuelle reste sous 4 000 €. Sa CA3 affiche un crédit de TVA de 60 000 €. Elle joint une demande de remboursement (formulaire 3519) — inutile de tergiverser, le crédit écrase le seuil de 760 €. Le SIE contrôle l'acte de vente, vérifie que l'option est bien formalisée, puis rembourse les 60 000 €. Résultat net : le local aura coûté 300 000 € et non 360 000 €, la TVA n'étant qu'un aller-retour de trésorerie. Pour une acquisition réalisée à partir de 2027, la même demande devrait pouvoir être jointe à la CA3 trimestrielle de la période d'acquisition (lecture la plus probable, l'adaptation de l'article 242-0 C de l'annexe II à la réforme n'étant pas encore publiée), ou à la CA3 du mois si la SCI a opté pour le dépôt mensuel.
Étape 3 — L'exploitation : la TVA sur les loyers
La SCI facture désormais la TVA sur ses loyers. Pour un loyer de 2 500 € HT/mois :
| Élément | Mensuel | Annuel |
|---|---|---|
| Loyer HT | 2 500 € | 30 000 € |
| TVA collectée à 20 % | 500 € | 6 000 € |
| Loyer encaissé TTC | 3 000 € | 36 000 € |
Chaque année, la SCI reverse à l'État les 6 000 € de TVA collectée sur les loyers (diminués de la TVA déductible sur ses charges courantes). C'est la contrepartie de la déduction initiale de 60 000 €.
Étape 4 — Une revente au bout de 12 ans
Imaginons que la SCI revende le local 12 ans après l'acquisition, à un acquéreur qui exploite lui-même le local. Deux scénarios :
- Revente soumise à la TVA (option) : aucune régularisation. La chaîne de TVA continue chez l'acquéreur.
- Revente exonérée (immeuble ancien, sans option) : la SCI doit reverser les vingtièmes restants. Sur 20 ans, 12 années sont acquises ; il reste 8 vingtièmes à régulariser : 60 000 € × 8/20 = 24 000 € à reverser.
Leçon de l'exemple : récupérer 60 000 € de TVA à l'achat est un vrai gain de trésorerie, mais il s'accompagne d'un engagement de 20 ans. Anticipez la stratégie de sortie (revente sous TVA, conservation longue) dès l'acquisition pour éviter un reversement surprise. Pour la fiscalité de la plus-value à la revente, voir plus-value en SCI à l'IS.
8. Échéancier et calendrier des obligations
La récupération ne tient pas au hasard : elle repose sur un enchaînement précis entre l'acquisition, l'option et les déclarations. Prenez l'habitude de dérouler ces étapes dans l'ordre — une seule inversée, et le remboursement traîne des mois.
| Étape | Action | Moment |
|---|---|---|
| 1 | Immatriculation à la TVA + option (art. 260 2°) | Avant ou au moment de l'acquisition |
| 2 | Signature de l'acte, TVA de 20 % payée au promoteur | Jour de l'achat |
| 3 | CA3 de la période d'acquisition (mois ou trimestre, selon la périodicité) : TVA déductible de 60 000 € | Mois qui suit cette période |
| 4 | Demande de remboursement du crédit (formulaire 3519) | Avec la CA3 |
| 5 | Instruction, justificatifs, remboursement par le SIE | Quelques semaines à quelques mois |
| 6 | Facturation de la TVA sur les loyers, CA3 périodiques | Pendant toute l'exploitation |
| 7 | Suivi de la période de régularisation | Pendant 20 ans |
Le piège du timing : si l'option et l'immatriculation à la TVA sont formalisées trop tard après l'acquisition, le remboursement se complique. Idéalement, la SCI doit être assujettie dès l'entrée du bien dans son patrimoine.
9. Les erreurs fréquentes
Erreur 1 : Croire que la TVA se récupère automatiquement
Payer la TVA sur l'acte ne donne aucun droit en soi. Sans option à la TVA et sans affectation à une activité taxée, les 60 000 € restent un coût sec. La récupération est une démarche active, pas un automatisme.
Erreur 2 : Rester au régime simplifié en 2026 pour un gros crédit
En 2026, au RSI (CA12), le crédit né de l'acquisition ne se rembourse en cours d'année que par une demande 3519 déposée avec l'acompte de juillet ou de décembre ; le reste attend la CA12. Pour récupérer vite 60 000 € sur une acquisition de 2026, le régime réel normal (CA3) est presque toujours préférable. Pour la TVA exigible à compter du 1er janvier 2027, le régime simplifié de TVA est supprimé : la SCI dépose des CA3.
Erreur 3 : Louer sans TVA après avoir déduit
Déduire la TVA d'achat puis donner le local en location exonérée (ou à un usage privatif) est incohérent : cela déclenche une régularisation par vingtièmes. L'affectation doit rester taxée pendant toute la période de 20 ans.
Erreur 4 : Oublier la régularisation à la revente
Revendre le local exonéré de TVA avant 20 ans oblige à reverser les vingtièmes restants. Beaucoup de gérants découvrent ce reversement au moment de la vente, sans l'avoir provisionné.
Erreur 5 : Confondre local neuf et local ancien
Il n'y a de TVA d'acquisition à récupérer que sur un immeuble neuf (moins de 5 ans) ou une VEFA. Sur un local ancien acheté aux droits d'enregistrement, il n'y a tout simplement pas de TVA d'acquisition — la question de la récupération ne se pose pas.
10. FAQ — TVA sur un local neuf en SCI
Une SCI à l'IR peut-elle récupérer la TVA sur un local neuf ?
Oui. Le régime de TVA est indépendant du régime d'imposition des bénéfices. Une SCI à l'IR qui loue un local nu professionnel peut opter à la TVA (art. 260 2° du CGI) et récupérer la TVA d'acquisition, exactement comme une SCI à l'IS. L'IR ou l'IS ne concerne que l'imposition du résultat : voir SCI à l'IS ou à l'IR.
Combien de temps pour être remboursé des 60 000 € ?
Au régime réel normal (CA3), la demande de remboursement (formulaire 3519) peut être déposée avec la CA3 de la période d'acquisition, le crédit dépassant le seuil de 760 € : celle du mois en 2026 pour une SCI mensuelle ; à partir de 2027, celle du trimestre pour une SCI trimestrielle, selon la lecture la plus probable, l'adaptation de l'article 242-0 C de l'annexe II à la réforme n'étant pas encore publiée. L'administration instruit la demande, souvent après un contrôle des justificatifs (acte, factures) : comptez de quelques semaines à quelques mois selon les cas.
Faut-il facturer la TVA à mon locataire ?
Oui, c'est la contrepartie de la déduction. Après l'option, la SCI facture 20 % de TVA sur les loyers du bail commercial et la reverse à l'État. Si le locataire est lui-même assujetti, il récupère cette TVA : l'option lui est neutre. S'il est exonéré (santé, banque, assurance), la TVA renchérit son loyer — à négocier dans le bail.
Puis-je aussi récupérer la TVA sur les travaux et les honoraires ?
Oui. Dès lors que la SCI est assujettie et affecte le local à une activité taxée, elle récupère la TVA sur l'ensemble des dépenses liées au local : travaux d'aménagement, honoraires, frais de notaire soumis à TVA, charges d'exploitation. Ces dépenses viennent alimenter le crédit de TVA. Voir aussi les charges déductibles en SCI.
Que se passe-t-il si je revends le local dans 12 ans sans TVA ?
La période de régularisation étant de 20 ans, 12 années sont acquises et il reste 8 vingtièmes à reverser. Sur une déduction de 60 000 €, le reversement s'élève à 60 000 € × 8/20 = 24 000 €. En revanche, si vous soumettez la revente à la TVA, aucune régularisation n'est due (art. 207 de l'annexe II au CGI).
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Cet article a une vocation strictement informative et pédagogique. Il ne constitue pas un conseil fiscal ou juridique personnalisé et ne remplace pas l'analyse d'un professionnel au regard de votre situation. Les montants et exemples sont donnés à titre illustratif. Sources : Code général des impôts (art. 257 I et II, 260 2°, 270 II), annexe II au CGI (art. 207), BOFiP. À noter : à compter du 1er janvier 2027 (date d'abord fixée au 1er septembre 2026, reportée par l'ordonnance n° 2026-671 du 27 juillet 2026), les dispositions TVA du CGI sont reprises, à droit constant, dans le Code des impositions sur les biens et services (CIBS) — la règle de fond reste identique, seule la numérotation évolue. Vérifiez toujours les règles applicables à la date de votre opération.